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Définition de : DHARMA

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Article publié par Encyclopaedia Universalis DHARMA En sanskrit, le mot dharma, qui a pour racine dhr signifiant « porter », « tenir », est synonyme d'étaiement et de maintien, désignant ainsi la Règle e qui fixe la conduite des êtres. Dans la période védique (II millénaire avant J.- C.), dharma a plusieurs sens : il est le résultat de l'acte de « soutenir » ou de « tenir ferme » ; ou bien l'assurance de la cohérence du monde dans sa totalité (c'est-à-dire le rapport harmonieux entre les dieux, les hommes, les animaux et les esprits infernaux, ainsi que l'équilibre de tout le cosmos) ; ou encore une sorte de loi éternelle, de principe constant régissant l'agencement et l'harmonie des choses impermanentes et multiples. La norme de l'harmonie à maintenir ou à restaurer étant le dharma, il importait de connaître celui-ci, notamment en maîtrisant les textes et les rituels : le définir, c'était définir à la fois l'ordre cosmique et l'organisation de la vie sociale. Relecture bouddhique e Le terme est repris par le Bouddha (v siècle avant J.-C.), qui lui donne un sens nouveau. Dharma devient un terme générique désignant toute expérience et tout ce qui existe : aussi bien les expériences multiples et contingentes que celles qui conduisent à la délivrance et au nirvāna. Le dharma tel que le présente le Bouddha apparaît avant tout comme une expérience authentique, une vision claire et juste de la réalité.
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DHARMA

En sanskrit, le mot dharma, qui a pour racine dhṛ signifiant « porter », « tenir », est synonyme d'étaiement et de maintien, désignant ainsi la Règle qui fixe la conduite des êtres. Dans la période védique (IIe millénaire avant J.-C.), dharma a plusieurs sens : il est le résultat de l'acte de « soutenir » ou de « tenir ferme » ; ou bien l'assurance de la cohérence du monde dans sa totalité (c'est-à-dire le rapport harmonieux entre les dieux, les hommes, les animaux et les esprits infernaux, ainsi que l'équilibre de tout le cosmos) ; ou encore une sorte de loi éternelle, de principe constant régissant l'agencement et l'harmonie des choses impermanentes et multiples.

La norme de l'harmonie à maintenir ou à restaurer étant le dharma, il importait de connaître celui-ci, notamment en maîtrisant les textes et les rituels : le définir, c'était définir à la fois l'ordre cosmique et l'organisation de la vie sociale.

Relecture bouddhique

Le terme est repris par le Bouddha (ve siècle avant J.-C.), qui lui donne un sens nouveau. Dharma devient un terme générique désignant toute expérience et tout ce qui existe : aussi bien les expériences multiples et contingentes que celles qui conduisent à la délivrance et au nirvāṇa. Le dharma tel que le présente le Bouddha apparaît avant tout comme une expérience authentique, une vision claire et juste de la réalité. Cette expérience s'impose comme une intuition soudaine de l'esprit qui voit la réalité telle qu'elle est, une vision libératrice de la Loi universelle, unique et transcendante. Le Bouddha est le premier à avoir pris conscience de cette loi fondamentale qui régit l'agencement des multiples dharma, pris aux sens de phénomènes et d'expériences particulières, et qui décrit les connexions (nidana) enchaînant les choses les unes aux autres. La connaître permet de rompre les faux agencements des structures mentales, puisque l'homme inverse la réalité en s'abandonnant à la croyance en la permanence, en l'autosuffisance, en l'existence d'un Soi, en l'unité, alors que, par nature, tout est multiple. Tout cela est résumé dans la notion des Quatre Sceaux » (caturlakṣaṇa) admis par l'ensemble des courants bouddhiques : tous les phénomènes composés sont impermanents ; tout ce qui est composé et conditionné est souffrance ; tous les phénomènes sont dépourvus de Soi ; le nirvāṇa est paix, au-delà de la souffrance. Depuis que le Bouddha a fait lui-même l'expérience du chemin qui conduit à la cessation de la douleur et à l'affranchissement de la soif et de la convoitise, tous les hommes peuvent à leur tour se libérer de tous les liens qui les enchaînent au cycle des renaissances (saṃsāra), à condition de suivre la Loi (Dharma), synonyme de voie du milieu (madhyāma-pratipad, ou en pali majjhima-paṭipadā). L'enseignement du Bouddha est alors reconnu comme la Loi. Voilà pourquoi ce dharma est immuable et se trouve placé au centre des Trois Refuges (śarana-gamana) qui fondent tout le bouddhisme et en constituent parallèlement les Trois Joyaux (triratna) : Buddha (Éveillé), Dharma (Loi), Saṃgha (communauté), dans lesquels tout bouddhiste prend refuge.

Les Quatre Nobles Vérités

Selon une tradition ancienne, le Bouddha aurait enseigné pour la première fois l'essentiel du Dharma lors du Sermon de Bénarès au cours duquel il énuméra les Quatre Nobles Vérités » (catvāri ārya-satyāni) auxquelles adhèrent toutes les traditions bouddhiques. Ces vérités s'énoncent ainsi :

– tout est insatisfaction ou souffrance (duḥkha), puisque tout est soumis à l'impermanence ;

– la soif (tṛṣnā) et la convoitise (lhoba), qui suscitent la réexistence et le redevenir dans le cycle des renaissances (saṃsāra), entraînent l'apparition de l'insatisfaction et de la souffrance ;

– la cessation (nirodha) de la soif et de la souffrance suscite l'extinction (nirvāṇa) du cycle des renaissances ;

– l'octuple voie du milieu conduit à l'Éveil (bodhi) et donne la certitude d'atteindre le nirvāṇa.

Dès qu'ils eurent entendu cet enseignement, les cinq premiers compagnons du Bouddha eurent aussitôt la claire vision des choses, et formèrent la première communauté bouddhique (saṃgha) qui, très vite, sera composée de moines (bhikṣu) et de laïcs, hommes (upāsaka) ou femmes (upāsikā), s'entraînant avec émulation à la mise en pratique de l'Octuple Chemin, à la conduite pure et à la pensée juste pour réaliser l'état d'arhat, l'état de « celui qui ne revient plus », qui sort définitivement du cycle des renaissances.

Suivant la formulation la plus répandue dans les textes et les diverses traditions, le contenu des Quatre Nobles Vérités qui constituent le Dharma s'ouvre sur le constat que « tout est souffrance », si l'on se conforme à la traduction banalisée de duḥkha, bien que ce concept signifie littéralement « insatisfaction », « déséquilibre » ou encore « non-satiété ». La doctrine du Bouddha repose en effet sur l'expérience de l'insatisfaction, de l'impermanence universelle que, par un aveuglement volontaire, chacun refuse pour mieux s'accrocher à l'illusion d'un Soi (ātman) autonome, un et permanent, alors que l'individu (pudgala) est composé de cinq agrégats (skandha) changeants. Pour parvenir à l'acceptation de l'absolue contingence du monde et de tous les êtres, l'homme doit détruire en lui l'ignorance qui sous-tend son désir d'existence (bhava) ou de non-existence (vibhava). Ce faisant, il se soustrait à la nocivité et à l'influence des Trois Poisons (trı̄ṇy akuśala mūlāni) dont il est imprégné : la convoitise (lobha), la haine (dveṣa) et l'erreur (moha). Sous l'effet conjugué de ces Trois Poisons, il est en effet poussé à l'acte (karman). Or il est un principe incontesté : tout acte produit un fruit (phala) dont la durée de maturation (vipāka) se mesure à court, moyen et long terme. Explicitant, à partir de l'enseignement initial du Bouddha, comment l'homme arrive à l'existence et comment il est poussé à l'acte, les textes ont développé la Loi de coproduction conditionnée ou en dépendance (pratı̄tya-samutpāda) régissant les douze liens ou connexions (nidāna) qui créent son entité apparente. Dès lors que l'individu agit sous l'effet de son désir d'existence ou de non-existence, il est assujetti à cette loi. Entraîné ainsi à renaître, il doit assumer la rétribution de ses actes. Il est soumis au cycle des renaissances aussi longtemps qu'il n'est pas « entré dans le courant », c'est-à-dire dans la Voie qui conduit à l'élimination des Trois Poisons.

Les trois piliers de la voie spirituelle

La quatrième Noble Vérité enseignée par le Bouddha décrit la voie à suivre pour parvenir à l'Éveil (bodhi), supprimer l'énergie des passions et de l'ignorance, voir la vraie réalité des choses après être entré dans la quiétude mentale. Cette voie, couramment appelée Octuple Chemin, compte huit éléments indissociables : trois d'entre eux entrent dans le champ de la moralité (sı̄la), trois dans celui de la discipline mentale ou fixation de l'esprit (samādhi), et deux dans celui de la sagesse (prajñā). Ainsi répartis, ils définissent ce que le bouddhisme ancien nomme les trois piliers de toute voie spirituelle. La moralité, la discipline mentale et la sagesse sont toujours données dans cet ordre, bien que ces trois piliers soient en concomitance. En effet, la tradition considère que, pour obtenir la claire vision des choses, il est plus aisé d'éliminer les fautes commises sous l'effet de la convoitise et de la haine, qui trouvent leur application directe dans les sens, que celles relevant de l'ignorance et de l'erreur qui, enracinées dans l'esprit, requièrent un long processus de méditation pour calmer ce dernier et le disposer à la sagesse, à la vue de la réalité fondamentale.

Tout d'abord, la moralité (sı̄la) consiste à s'abstenir consciemment de tout acte, qu'il soit exprimé au moyen du corps et de la parole, ou en gestation et en intention dans l'esprit. Ces trois instruments de l'acte sont couverts par les trois éléments de l'Octuple Chemin : action, parole, et moyens d'existence justes. Au corps sont rattachés le meurtre, le vol et la luxure ; à la parole, sont associés le mensonge, la médisance, l'injure et la parole oiseuse ; dans l'esprit sont enracinées la convoitise, la haine et l'erreur, ou vue fausse. Les dix fautes à éviter, ainsi énumérées, traduisent clairement la nécessité de ne pas nuire à autrui. Il importe donc de favoriser une existence heureuse et harmonieuse pour tous les individus et pour la société, en pratiquant les six perfections (don, moralité, patience, énergie, concentration et sagesse) et les quatre sentiments incommensurables (bienveillance, compassion, joie et équanimité).

Si la moralité supprime les fièvres qui nous affectent, elle n'est qu'un premier pas vers le nirvāṇa et l'Éveil. Il reste à purifier, par la pratique de la discipline mentale (samādhi), le cœur et l'esprit, sources d'ignorance, d'illusion et de vouloir existence ou non-existence. Cette concentration conduit à un état où se vérifient l'effort ou énergie juste, l'attention juste et la concentration juste, trois des huit éléments de l'Octuple Chemin. Elle consiste à fixer l'esprit, de manière à échapper aux mouvements de pensée qui l'agitent en tous sens et le distraient de la réalité fondamentale des choses. En s'exerçant, l'individu acquiert peu à peu la quiétude mentale (śamatha), il parvient à libérer son esprit de toute illusion d'ordre matériel ou immatériel. Il s'engage à faire obstacle aux mauvais états mentaux qui l'habitent ou le menacent, à développer ceux qui sont bons, à contrôler consciemment les activités du corps, de l'esprit et de l'ensemble des sensations. Il lui reste ensuite à se concentrer, à se soustraire aux mécanismes de la conscience et des sensations. Alors seulement seront éradiquées les passions. Cette désappropriation ou sortie des limites du soi prédispose à l'illumination, ou Éveil. Celui qui entre dans la méditation ne doit jamais oublier que la vision (vipaśyanā) demeure intrinsèquement le seul accès direct à une telle expérience.

Enfin, la sagesse (prajñā) consiste en une compréhension et une pensée justes des choses qui, en définitive, se résument en une claire vision des Quatre Nobles Vérités. Elle s'acquiert de différentes manières, par l'enseignement, la réflexion, la contemplation. Ainsi, la sagesse suprême, ou sapience, se confond avec l'Éveil. Celui qui parvient à l'Éveil n'est plus appelé à renaître puisqu'il a épuisé en lui tous les germes d'existence. Il est libéré et éveillé. Il a la certitude d'avoir épuisé et éteint (nirvāna) définitivement toutes les énergies qui poussaient aux actes et à leurs conséquences.

Auteur: Paul MAGNIN
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