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Définition de : DIALECTIQUE

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Article publié par Encyclopaedia Universalis DIALECTIQUE Un art du dialogue Pour Platon, la dialectique se caractérise par un jeu alterné de questions et de réponses qui conduit à découvrir la vérité. Elle relève à la fois d'un art du dialogue et d'une maïeutique des idées visant à atteindre le vrai, qui permet en retour de légitimer les éléments du monde sensible. C'est en ce sens qu'il est possible d'affirmer que la dialectique platonicienne correspond à un mouvement bilatéral : d'abord ascendant, puisqu'il part des choses et des sujets ordinaires pour s'élever aux Idées, c'est-à-dire aux choses en soi, à leur vérité ; ensuite descendant, dans la mesure où les Idées permettent de revenir aux choses et de mieux les comprendre telles qu'elles sont dans le monde commun. Cette accessibilité aux Idées mène selon Platon (Cratyle, 390-385 av. J.-C.) aux Idées fondamentales et premières du Bien et du Juste. C'est à partir de l'expérience du monde et des choses que ce processus dialectique est possible et peut mener à la réalité intelligible et supérieure. En ce sens, la dialectique correspond à la création d'une unité des choses (c'est- à-dire au moyen de comprendre leur essence) à partir de leur apparence. Seul le philosophe, parce qu'il est doué de raison, est capable de mettre à profit ce mouvement et peut se dire dialecticien, comme le montre Platon dans Le Sophiste (370-347 av. J.-C.
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DIALECTIQUE

La dialectique se conçoit, à l'origine, comme art du dialogue, c'est-à-dire comme mise en œuvre d'un dialogue effectif devant aboutir à un accord entre les interlocuteurs. Le but de cette entreprise est de parvenir au vrai, grâce à une mise à l'épreuve des arguments en présence. Comme l'exprime son étymologie grecque, qui associe les notions de discernement et d'échange à travers la discussion, la dialectique consiste dans la mise en commun avec autrui de ce logos qui est à la fois « discours » et « raison ». Si l'on remonte à la Grèce antique, notamment à Platon (428 env.-347 av. J.-C.), ainsi qu'au Moyen Âge, avec Pierre Abélard (1079-1142) et l'école scolastique, on remarque une assimilation des termes logique et dialectique : pour Platon, la dialectique correspond à ce que nous entendons aujourd'hui par logique, à savoir l'étude des conditions formelles du discours qui lui donnent une valeur de vérité ; ultérieurement, alors que, à la suite de Platon, Aristote a établi une distinction entre raisonnement dialectique et raisonnement logique, les philosophes stoïciens médiévaux rejettent, quant à eux, le terme logique au profit de celui de dialectique, qui correspond en fait au procédé logique de formation d'une argumentation. Aujourd'hui, la dialectique entre dans le champ de la communication interpersonnelle et se comprend comme la construction dialogique d'une relation. La multiplicité de ces acceptions, qui correspond sans doute à l'évolution de l'usage du terme au cours de l'histoire et des pratiques philosophiques, montre combien la compréhension de la notion de dialectique est complexe et nécessite d'être sortie de son ambiguïté.

Un art du dialogue

Pour Platon, la dialectique se caractérise par un jeu alterné de questions et de réponses qui conduit à découvrir la vérité. Elle relève à la fois d'un art du dialogue et d'une maïeutique des idées visant à atteindre le vrai, qui permet en retour de légitimer les éléments du monde sensible. C'est en ce sens qu'il est possible d'affirmer que la dialectique platonicienne correspond à un mouvement bilatéral : d'abord ascendant, puisqu'il part des choses et des sujets ordinaires pour s'élever aux Idées, c'est-à-dire aux choses en soi, à leur vérité ; ensuite descendant, dans la mesure où les Idées permettent de revenir aux choses et de mieux les comprendre telles qu'elles sont dans le monde commun. Cette accessibilité aux Idées mène selon Platon (Cratyle, 390-385 av. J.-C.) aux Idées fondamentales et premières du Bien et du Juste. C'est à partir de l'expérience du monde et des choses que ce processus dialectique est possible et peut mener à la réalité intelligible et supérieure. En ce sens, la dialectique correspond à la création d'une unité des choses (c'est-à-dire au moyen de comprendre leur essence) à partir de leur apparence. Seul le philosophe, parce qu'il est doué de raison, est capable de mettre à profit ce mouvement et peut se dire dialecticien, comme le montre Platon dans Le Sophiste (370-347 av. J.-C.), lorsqu'il précise que la dialectique n'est pas la possession du savoir en lui-même, mais le cheminement qui mène à lui. La dialectique platonicienne est le moyen de rétablir une ontologie fondée sur la vérité, qui permette de fournir des justifications irréfutables des choses.

Critiquant ce point de vue, Aristote (385 env.-322 av. J.-C.) considère que Platon confond dialectique et logique. C'est la logique qui s'applique véritablement à rechercher la vérité. La dialectique ne mène en revanche à aucune certitude, et correspond davantage à la construction d'un accord résultant de la confrontation d'opinions conflictuelles. De ce fait, la dialectique n'est pas une science, comme le prétend Platon, mais une sous-partie de la logique, qui n'est elle-même qu'un outil (organon) pour la science, raison pour laquelle Aristote l'exclut de la tripartition du savoir. Alors que la logique étudie les raisonnements syllogistiques pour en déterminer la vérité formelle, la dialectique ne concerne que les raisonnements dont les valeurs sont simplement probables. Elle ne repose pas sur la présence d'axiomes, dont la vérité est évidente et ne nécessite pas d'être démontrée, mais s'appuie seulement sur des prémisses possibles.

Emmanuel Kant, dans la Critique de la raison pure (1781), prolonge les propos d'Aristote et envisage la dialectique comme une analyse critique de l'illusion. Il étudie l'usage fait par l'intellect des concepts et des principes a priori, liés à l'intuition, et les examine dans une perspective transcendantale. Pour ce philosophe, la dialectique correspond à une logique de l'apparence qui produit des « affirmations objectives », même si celles-ci ne le sont que vraisemblablement. La dialectique transcendantale met au jour que, « au nom de la raison », nous parvenons à attribuer une valeur objective à des éléments dépourvus d'objectivité, et qu'il est possible de démontrer avec exactitude des propos totalement opposés, ce qui mène évidemment à des contradictions, puisque tout se révèle valide, une chose aussi bien que son contraire. La dialectique transcendantale vise à prévenir de l'aspect trompeur des apparences en redonnant toute sa force à la fonction supérieure de la raison, seule capable d'objectivité réelle si elle reste critique.

Une saisie de la réalité

Si la dialectique affirme dès lors sa singularité vis-à-vis de la logique, c'est surtout avec Georg Wilhelm Friedrich Hegel qu'elle prend son réel essor (Phénoménologie de l'esprit, 1807 ; Science de la logique, 1812). Hegel cherche à comprendre la réalité ; et il conçoit la dialectique comme le mouvement constitutif de cette réalité. Si Hegel s'attache à l'idée de « mouvement dialectique », c'est parce qu'il considère la dialectique comme une synthèse compréhensive des relations conflictuelles et contradictoires. La dialectique hégélienne recherche l'unité, la conciliation entre les opposés. Mais elle ne se réduit pas à la synthèse d'une conjonction disjonctive, qui formaliserait des catégories extrinsèques à la réalité étudiée. Le mouvement dialectique part de la réalité, opère en elle, en considérant ses changements ; il est son intelligibilité. La dialectique de Hegel rend compte d'une mise en relation de soi avec le monde et avec l'autre, qui permet de se déterminer soi-même dans un rapport réfléchi à eux ; elle est constitutive de la raison, qui s'accomplit dans la réalité ; elle est le mouvement du réel lui-même. La dialectique de Karl Marx se présente comme le « contraire direct » de celle de Hegel, ne s'attachant plus à découvrir l'idée ou le concept mais son devenir au sein même du réel.

Friedrich Daniel Ernst Schleiermacher propose néanmoins, dans sa Dialectique (1836), une vision davantage tournée vers la construction d'une communauté, par un partage du discours grâce au langage. Il envisage la dialectique comme structure relationnelle du langage, qui permet un accès au savoir par l'activité philosophique. Un tel cheminement n'est possible que si la dialectique est envisagée dans un processus dialogique du savoir, qui repose sur la communication, c'est-à-dire sur un dialogue, où les échanges règlent les conflits, qui sont le point de départ du processus dialectique. La vérité recherchée initialement par l'application dialectique du langage se change alors en rationalité communicationnelle. La dialectique s'ouvre ainsi à un dialogue fécond, et plus particulièrement au dialogisme.

Si la dialectique est art du dialogue, elle peut effectivement être saisie dans un contexte communicationnel et requérir des modalités de co-construction d'arguments. La fondation de la raison, visée par la dialectique, peut engendrer une « raison communicationnelle », comme l'entend Jürgen Habermas dans sa Théorie de l'agir communicationnel (1981), et reposer sur une reconnaissance « entre nous », constituée en commun.

Développant cette construction duale, Francis Jacques fonde une théorie du dialogisme, qui revisite les fondements platoniciens de la dialectique et trouve sa source dans la compétence interrogative de chacun des interlocuteurs en présence. La construction du dialogue n'est plus ici au service de la vérité absolue, comme le préconise Platon dans le Plilèbe. Francis Jacques donne toute sa force à une interrogation qui procède avant tout d'un « nous » de réciprocité co-construit, féconde le dialogue et favorise l'innovation sémantique, comme il l'indique dans « Entre conflit et dialogue ? » (1988). Il prolonge ainsi la question de Platon concernant la plénitude du sens que la dialectique s'applique à trouver et précise que « l'idée d'une rationalité linguistique et communicationnelle a perdu la conviction d'un logos unique ». L'art du dialogue devient celui de co-référer pour créer du sens ensemble, en commun, en favorisant le passage de l'intersubjectivité à l'interlocution.

Auteur: Marie GAUTIER
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