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Définition de : DOGME

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Article publié par Encyclopaedia Universalis DOGME La notion de dogme est principalement associée au christianisme, et en particulier à l'Église catholique. Elle illustre bien le fait qu'un concept est d'abord élaboré pour une langue et une culture et qu'il en est profondément marqué. On peut cependant, de façon extensive, la trouver dans d'autres religions, comme l'islam. Étymologiquement, le terme vient du grec dogma. Il désigne, dans un premier temps, une opinion, un principe ou encore un décret, une décision qui semblent juste à beaucoup, voire à tous. Dans la Bible, il est utilisé dans ce sens juridique. Au cours des premiers siècles du christianisme, il est appliqué à ce qui relève des contenus de foi évangéliques et des prescriptions ecclésiastiques. Mais sa définition va peu à peu évoluer pour devenir un point considéré comme fondamental et incontestable d'une doctrine religieuse, ayant un aspect indiscutable, intangible, imposé. Formulé avec autorité, il devient une vérité et il a valeur de loi ; il est surtout utilisé dans cette e acception depuis le xix siècle, le premier concile du Vatican (1869-1870) ayant souligné son caractère de vérité révélée officiellement proclamée. L'énonciation du dogme correspond également à une volonté de l'Église de fixer les croyances chrétiennes et d'en donner des formulations théologiques. L'adhésion aux dogmes est une condition requise pour être membre de l'Église.
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DOGME

La notion de dogme est principalement associée au christianisme, et en particulier à l'Église catholique. Elle illustre bien le fait qu'un concept est d'abord élaboré pour une langue et une culture et qu'il en est profondément marqué. On peut cependant, de façon extensive, la trouver dans d'autres religions, comme l'islam.

Étymologiquement, le terme vient du grec dogma. Il désigne, dans un premier temps, une opinion, un principe ou encore un décret, une décision qui semblent juste à beaucoup, voire à tous. Dans la Bible, il est utilisé dans ce sens juridique. Au cours des premiers siècles du christianisme, il est appliqué à ce qui relève des contenus de foi évangéliques et des prescriptions ecclésiastiques. Mais sa définition va peu à peu évoluer pour devenir un point considéré comme fondamental et incontestable d'une doctrine religieuse, ayant un aspect indiscutable, intangible, imposé. Formulé avec autorité, il devient une vérité et il a valeur de loi ; il est surtout utilisé dans cette acception depuis le xixe siècle, le premier concile du Vatican (1869-1870) ayant souligné son caractère de vérité révélée officiellement proclamée.

L'énonciation du dogme correspond également à une volonté de l'Église de fixer les croyances chrétiennes et d'en donner des formulations théologiques. L'adhésion aux dogmes est une condition requise pour être membre de l'Église.

Les premiers dogmes chrétiens

On ne peut dissocier l'émergence des premiers dogmes chrétiens du contexte des débats théologiques très vifs des premiers siècles (dès le iie siècle) autour de deux principales questions. La première est celle de la Trinité : quelle est la nature des relations entre les trois hypostases ? sont-elles égales entre elles ou existe-t-il une préséance ? La seconde, qui lui est liée, est celle de la nature du Christ : est-il simplement un homme (ébionisme) ou bien est-il entièrement de nature divine (apollinarisme) ou encore son corps n'était-il qu'une apparence (docétisme) ? L'Église est amenée à préciser ses positions en faisant des choix et à énoncer une vérité, une orthodoxie face à ce qu'elle considère comme des erreurs et des hérésies, ce dernier mot désignant l'étude d'une doctrine philosophique librement choisie. C'est donc l'existence de ces dernières qui l'amène à formuler des dogmes.

C'est à partir du premier concile œcuménique de Nicée, en 325, qu'est considérée comme dogme une croyance définie par voie conciliaire. Elle devient l'orthodoxie officielle, par une décision ecclésiale et collective.

Dans un contexte de vives controverses théologiques, les premiers conciles œcuméniques permettent de préciser le dogme de la Trinité, avec le Père créateur, le Fils sauveur et le Saint-Esprit animateur, trois personnes divines et non trois dieux, constituant pourtant un monothéisme. De la même façon, les débats christologiques aboutissent, lors du concile de Chalcédoine, en 451, à définir la double nature du Christ, humaine et divine, en proclamant l'« union des deux natures sans confusion ni division en la personne du Christ » : c'est le dogme de l'Incarnation.

Les quatre premiers conciles (Nicée en 325, Constantinople en 381, Éphèse en 431 et Chalcédoine en 451) font autorité et ont formalisé les points essentiels de la doctrine chrétienne.

Les principaux dogmes chrétiens sont contenus dans le texte du Symbole de Nicée : Dieu unique Père créateur, Jésus-Christ le Fils « Dieu né de Dieu » qui s'est incarné pour le salut des hommes, crucifié et ressuscité et qui présidera au Jugement dernier, Dieu Esprit-Saint, Église, baptême pour le pardon des péchés, résurrection des morts et promesse de la vie éternelle.

Néanmoins, dès le ve siècle, les Églises qui n'ont pas reconnu la définition conciliaire du Christ, font scission. Appelées monophysites car elles privilégient la nature divine du Christ sur sa nature humaine, elles ont perduré, dans l'Orient chrétien, jusqu'à nos jours dans l'Église orthodoxe copte d'Égypte, l'Église apostolique arménienne ou l'Église syrienne orthodoxe d'Orient.

La définition dogmatique se fonde sur l'Écriture comme révélation de la Parole de Dieu et sur la Tradition comme explicitation et interprétation de cette parole, en s'appuyant sur la notion de succession apostolique afin d'éclairer la communauté chrétienne. Les décisions sont prises par le magistère ordinaire (collège épiscopal) ou extraordinaire (conciles œcuméniques ou pape pour les catholiques).

Il existe une certaine hiérarchie des vérités de foi, les formulations les plus importantes étant celles qui ont trait à la figure de Jésus-Christ ; mais, pour certains d'entre eux, ces énoncés, très marqués par leur contexte historique et culturel d'élaboration, ne sont pas forcément immuables dans leur expression à condition cependant de rester fidèles à leur sens. Il est vrai que les premiers dogmes ont emprunté aux catégories de la pensée grecque pour se définir et certains, comme le savant allemand luthérien Adolf von Harnack, ont pu considérer que l'Église s'éloignait de sa foi primitive et du message évangélique (L'Essence du christianisme, 1900).

Diversité des dogmes

Des divergences, voire des dissensions, entre les différentes Églises chrétiennes sont également apparues. Ainsi, les protestants, qui se réfèrent à l'autorité des Écritures et considèrent la Parole de Dieu comme la référence suprême, s'ils acceptent les décisions des premiers conciles, parleront plus volontiers d'articles de foi que de dogmes. De leur côté, les orthodoxes préfèrent à l'énoncé dogmatique l'expérience de la vie spirituelle et liturgique du fidèle qui lui donne tout son sens.

L'Église catholique, pour sa part, est restée très attachée à la promulgation des dogmes par les conciles ou par le pape. Des dogmes nouveaux sont apparus. En 1854, celui de l'Immaculée Conception de la Vierge affirme que Marie, considérée déjà comme la « Mère de Dieu » depuis le concile d'Éphèse en 431, a été conçue sans le péché originel.

Le premier concile du Vatican, en 1869-1870, précise le dogme de l'infaillibilité pontificale : le pape peut, ex cathedra, définir une doctrine concernant une question de foi ou de mœurs et faire appel à son infaillibilité, bénéficiant de l'aide divine et parlant au nom de toute l'Église. Elle n'a été utilisée qu'une seule fois, en 1950, pour le dogme de l'« Assomption au Ciel » de la Vierge Marie, proclamé par le pape Pie XII, affirmant que, à la fin de sa vie, elle a été élevée corps et âme au ciel.

L'islam connaît également des formulations de type dogmatique. Ainsi, la profession de foi ou shahāda (« J'atteste que Dieu est unique et que Mohammed est son envoyé ») constitue le cœur de la foi musulmane en proclamant l'unicité rigoureuse de Dieu et le rôle essentiel de Mohammed comme envoyé de Dieu et sceau des prophètes. La reconnaissance du caractère de parole d'origine divine du Coran, la croyance dans les anges et dans les fins dernières (résurrection, jugement divin, paradis ou enfer) constituent également des croyances obligatoires.

Le danger de dogmatisme ou de crispation sur ce qui est considéré comme une vérité, condamnant par là même tout autre discours et toute critique, existe bien dans les différentes religions.

Auteur: Mireille ESTIVALEZES