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Définition de : ÉQUILIBRE ÉCONOMIQUE

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Article publié par Encyclopaedia Universalis ÉQUILIBRE ÉCONOMIQUE La notion d'équilibre est généralement associée, y compris en économie, à l'idée d'une « situation où rien ne bouge ». L'équilibre, dans cette perspective, n'a de sens que si on envisage, par opposition, des scènes animées par ce que l'on a l'habitude d'appeler des forces. En matière d'économie, la métaphore la plus répandue à ce propos est celle de l'équilibre où les forces de l'offre et de la demande se compensent (on dit aussi qu'il y a équilibre entre l'offre et la demande). Reste à donner un contenu précis à cette métaphore. D'où proviennent les offres et les demandes ? Sur quelle base sont-elles établies ? Comment leur action conduit-elle à l'équilibre, si elle y conduit ? Les réponses à ces questions dépendent du modèle théorique choisi, ainsi que de la forme du processus dont l'équilibre est ou peut être un aboutissement. Équilibre et processus Imaginons, pour commencer, des personnes détenant des biens différents qu'elles cherchent à échanger (il y a à la fois des offreurs et des demandeurs de ces biens). Elles vont donc négocier entre elles, notamment à propos des taux d'échange entre les biens (chacune essayant d'imposer celui qui lui est le plus favorable) ; si, au bout d'un certain temps, les marchandages s'arrêtent, on pourra dire qu'un équilibre a été atteint. Mais y aura-t-il pour autant égalité de l'offre et de la demande ?
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ÉQUILIBRE ÉCONOMIQUE

La notion d'équilibre est généralement associée, y compris en économie, à l'idée d'une « situation où rien ne bouge ». L'équilibre, dans cette perspective, n'a de sens que si on envisage, par opposition, des scènes animées par ce que l'on a l'habitude d'appeler des forces. En matière d'économie, la métaphore la plus répandue à ce propos est celle de l'équilibre où les forces de l'offre et de la demande se compensent (on dit aussi qu'il y a équilibre entre l'offre et la demande). Reste à donner un contenu précis à cette métaphore. D'où proviennent les offres et les demandes ? Sur quelle base sont-elles établies ? Comment leur action conduit-elle à l'équilibre, si elle y conduit ?

Les réponses à ces questions dépendent du modèle théorique choisi, ainsi que de la forme du processus dont l'équilibre est ou peut être un aboutissement.

Équilibre et processus

Imaginons, pour commencer, des personnes détenant des biens différents qu'elles cherchent à échanger (il y a à la fois des offreurs et des demandeurs de ces biens). Elles vont donc négocier entre elles, notamment à propos des taux d'échange entre les biens (chacune essayant d'imposer celui qui lui est le plus favorable) ; si, au bout d'un certain temps, les marchandages s'arrêtent, on pourra dire qu'un équilibre a été atteint. Mais y aura-t-il pour autant égalité de l'offre et de la demande ? Cela n'est pas sûr : il se peut qu'il subsiste des personnes qui auraient intérêt à faire des échanges, mais qui ne le savent pas – elles n'ont pas (ou pas eu) l'occasion de se rencontrer. L'équilibre est alors sous-optimal, ou non efficient, car il y subsiste des possibilités d'échanges mutuellement avantageux – s'il n'en subsistait pas, on dirait que l'équilibre est un « optimum de Pareto », où l'on ne peut améliorer la situation d'un seul sans détériorer celle d'un autre. On remarquera que, dans l'un et l'autre cas, l'équilibre dépend de ce qui se passe lors du processus (les rencontres successives et les marchandages entre les parties) qui permet de l'atteindre : il est dépendant du chemin qui mène à lui. Ce qui est peu satisfaisant pour le théoricien, tellement l'ordre des rencontres et les résultats des marchandages peuvent prendre des formes différentes, et donc imprévisibles. La tentation est alors grande d'établir des taux d'échange, sous forme de prix, puis de définir les offres et les demandes à partir de ces prix et, enfin, de supposer qu'il y a confrontation globale entre elles – l'équilibre étant donné par le système de prix qui égalise la somme des offres à celle des demandes. Cet équilibre, dit de concurrence parfaite, où chacun prend les prix comme donnés, occupe une place privilégiée dans les réflexions de la majorité des économistes. Il est présenté comme une sorte de version idéalisée de la loi de l'offre et de la demande (processus dans lequel le prix d'un bien augmente lorsque sa demande est supérieure à l'offre et diminue dans le cas contraire). Ce processus suppose toutefois une forme très centralisée d'organisation des échanges, qui fait de l'équilibre de concurrence parfaite une notion dont il est difficile de justifier la pertinence économique.

Dans le cas où les prix donnés ne sont pas (momentanément) modifiés sans constituer pour autant des prix d'équilibre de concurrence parfaite, les agents économiques subissent des rationnements : la demande de certains n'est pas satisfaite, l'offre d'autres ne trouve pas preneur. D'où un processus complexe, puisque le fait de ne pas pouvoir vendre (son travail, par exemple) se répercute sur la demande (de biens de consommation, par exemple), dans une sorte de cercle vicieux, qui peut s'achever par un équilibre, dit à prix fixes, où les rationnements peuvent être importants. Ceux-ci ne disparaissent pas d'ailleurs si les prix varient : ils ne font que se modifier avec eux, jusqu'à ce qu'un nouvel équilibre, avec ou sans rationnement, soit éventuellement atteint. Les règles de rationnement sont ici un élément essentiel dans la caractérisation des équilibres.

Équilibre et anticipations

À la différence de la physique, par exemple, l'économie a affaire à des personnes qui cherchent, par leurs actions, à modifier leur environnement. Comme ce dernier dépend des actions de ces personnes, chacune d'entre elles va chercher à anticiper les décisions des autres avant de prendre sa propre décision. L'habitude a été prise, en théorie économique, d'appeler équilibre toute situation où chacun a pris sa décision en anticipant correctement les décisions des autres. Comme dans la version précédente de l'équilibre, chacun maximise ses gains, compte tenu de ce que les autres font. Mais, ici, l'équilibre n'est pas conçu comme l'aboutissement d'un processus : il est une condition de compatibilité (ou de cohérence) imposée aux anticipations des agents. Tel est le cas, notamment, de l'« équilibre de Nash », concept central de la théorie des jeux, défini comme un ensemble de décisions (choix d'une stratégie) simultanées tel que chacun prévoit correctement le choix des autres.

L'équilibre devient, dans cette perspective, une notion où la subjectivité des membres de la société (leurs croyances) occupe une place essentielle : il y a autant de formes, ou de types, d'équilibre que de formes de croyances (donc, une infinité). Pour faire ressortir cet aspect de l'équilibre économique, on dit de lui qu'il est autoréalisateur : les personnes provoquent par leurs décisions la situation à laquelle elles s'attendent au moment de décider. La théorie reste cependant muette sur la façon dont peuvent se former ces croyances qui conduisent à l'autoréalisation ; elle ne fait que constater que celle-ci est possible.

Parmi les équilibres où les croyances jouent un rôle très important, il y a l'« équilibre du monopole », où une entreprise cherche à anticiper la fonction de demande qui s'adresse à elle de la part d'agents « preneurs de prix » ; l'« équilibre de Cournot », où une entreprise fait, en outre, une offre en anticipant la décision prise par les entreprises qui produisent le même bien qu'elle ; l'« équilibre de Bertrand », où les entreprises affichent des prix plutôt que de proposer des quantités de biens. Les équilibres de ces modèles sont, en règle générale, très différents les uns des autres, même si les entreprises et les fonctions de demande sont du même type – seules les croyances diffèrent. Le statut de ces équilibres est cependant très particulier : ils ne sont pas, en effet, des prédictions de la théorie (aucune des entreprises n'a le moyen de prévoir ce que l'autre va faire) ; ils ne sont que des situations où les décisions sont en quelque sorte cohérentes – ce qui est peut-être satisfaisant pour le théoricien, mais ne suffit pas à justifier la place privilégiée qu'il donne aux équilibres dans ses analyses.

Auteur: Bernard GUERRIEN
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