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Définition de : ÉTHIQUE

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Article publié par Encyclopaedia Universalis É T H I Q U E L'éthique est la partie de la philosophie qui étudie la morale, c'est-à-dire ce qui est relatif aux mœurs. En ce sens, éthique et morale ne diffèrent pas et doivent déterminer les règles de notre conduite au travers d'une réflexion sur le « genre de vie » que l'on doit mener, et le genre de personne que l'on doit être pour s'y conformer. On a coutume de voir dans l'éthique une réflexion spécifique sur le caractère, qui inclut une dimension affective, tandis que la morale est entendue plutôt comme un ensemble de prescriptions. Dans son acception courante actuelle, le terme semble même faire signe vers des problèmes qui constituent autant de défis pour la morale (comités d'éthique, bioéthique, etc.). En réalité, la philosophie s'est toujours présentée comme une remise en question des morales constituées. L'interrogation socratique est profondément éthique dans la mesure où elle ébranle les fausses certitudes et se place sous le signe de l'examen de soi (« connais-toi toi-même »). Telle qu'elle apparaît chez Platon, elle revient à se demander quel genre de vie mérite d'être adopté, à quoi le Gorgias (390-385 av. J.-C.) répond nettement : une vie consacrée à la quête de la vérité et de la justice, plutôt qu'à celle du plaisir et du pouvoir.
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ÉTHIQUE

L'éthique est la partie de la philosophie qui étudie la morale, c'est-à-dire ce qui est relatif aux mœurs. En ce sens, éthique et morale ne diffèrent pas et doivent déterminer les règles de notre conduite au travers d'une réflexion sur le « genre de vie » que l'on doit mener, et le genre de personne que l'on doit être pour s'y conformer. On a coutume de voir dans l'éthique une réflexion spécifique sur le caractère, qui inclut une dimension affective, tandis que la morale est entendue plutôt comme un ensemble de prescriptions. Dans son acception courante actuelle, le terme semble même faire signe vers des problèmes qui constituent autant de défis pour la morale (comités d'éthique, bioéthique, etc.).

En réalité, la philosophie s'est toujours présentée comme une remise en question des morales constituées. L'interrogation socratique est profondément éthique dans la mesure où elle ébranle les fausses certitudes et se place sous le signe de l'examen de soi (« connais-toi toi-même »). Telle qu'elle apparaît chez Platon, elle revient à se demander quel genre de vie mérite d'être adopté, à quoi le Gorgias (390-385 av. J.-C.) répond nettement : une vie consacrée à la quête de la vérité et de la justice, plutôt qu'à celle du plaisir et du pouvoir. Loin de devoir en conclure que le souci éthique confine d'emblée à l'ascétisme, on doit distinguer ici un trait fondamental de la pensée grecque : l'éthique est surtout une réflexion sur les moyens de parvenir au bonheur. Selon Platon, la vérité est l'objet qui convient à l'âme, qu'elle désire fondamentalement et qui lui procure, lorsqu'elle le possède, un plaisir pur, c'est-à-dire exempt de toute douleur (Philèbe). Quant à la justice, n'étant rien d'autre que l'harmonie dans l'âme, elle s'identifie à son bonheur.

L'éthique est donc l'étude des moyens de parvenir à la paix de l'âme (ataraxie). C'est pourquoi le principe en est, nous dit Aristote (385 env.-322 av. J.-C.), la « mesure » ou la « modération » (Éthique à Nicomaque), parce que l'excès est toujours le signe d'une démesure (hubris) qui mène l'âme au malheur en lui faisant perdre le sens de ce qu'il convient de faire. Que la conduite convenable nous soit fournie par l'exemple du sage, ou qu'on puisse en déterminer soi-même les modalités par la connaissance du vrai et du juste, en sachant tenir compte de la diversité des circonstances, elle n'est désirable que parce qu'elle représente l'idéal de l'accomplissement humain dans la possession indissociable de la vertu et du bonheur.

Cette figure du sage se retrouve à l'époque moderne dans la Correspondance de Descartes avec la princesse Élisabeth, où celui-ci infléchit cependant la problématique dans le sens d'un examen de l'intention qui préside à l'acte. La vertu consiste à avoir une volonté ferme et constante de réaliser le meilleur, et à employer toute la force de notre entendement à en bien juger. Bref, la question éthique se résume ainsi : juger de son mieux pour faire de son mieux. L'examen de conscience se perpétue donc aussi et permet d'atteindre le contentement de soi lorsqu'on n'a pas failli, même s'il s'avère par la suite qu'on s'est trompé : nous ne pouvons répondre que de nos pensées.

Néanmoins, l'éthique ne saurait éviter, comme dans la tradition aristotélicienne, une réflexion sur les conditions concrètes de la mise en œuvre de la vertu. En l'occurrence, il semble nécessaire d'inscrire dans les habitudes du corps la vertu qui caractérise l'âme : Aristote insiste sur l'importance de la disposition corporelle (hexis), suivi en cela par la scolastique (habitus). Descartes s'inscrit dans cette tradition et fait même d'une passion, la générosité – dont les traits rappellent expressément la magnanimité aristotélicienne – le maître mot de sa morale (Les Passions de l'âme, 1649).

La modernité naissante concentre la réflexion éthique sur la question du rôle des affects, et les traités des passions foisonnent, témoignant d'une volonté de porter sur elles un jugement plus scientifique que moralisateur. L'œuvre de Spinoza en est très représentative, notamment dans son Éthique démontrée suivant l'ordre géométrique et divisée en cinq parties (1677), dont deux parties centrales traitent de la nature, de l'origine et de la force des « affections ». L'éthique est une question relative non pas aux valeurs, qui ne sont que des chimères formées par l'imagination, mais à la puissance d'agir. L'accomplissement de la béatitude et de la vertu se présente comme une libération de la puissance d'agir par l'accroissement de la puissance de connaître.

Mais la remise en cause du point de vue moralisateur est plus souvent le fait d'un rejet du stoïcisme, qui se serait rendu coupable d'insensibilité à l'égard des passions, alors que celles-ci peuvent s'avérer vertueuses. Jean-Jacques Rousseau met ainsi en avant la pitié, ou répugnance naturelle et innée à voir souffrir son semblable et d'une manière générale tout être sensible, comme seul sentiment propre à modifier l'amour de soi dans un sens éthique (Discours sur l'origine et les fondements de l'inégalité parmi les hommes, 1755). David Hume tente également de montrer que la morale ne saurait découler de la raison, attendu que celle-ci n'est que représentative : seules les passions sont dynamiques, et la concorde entre les hommes ne peut donc reposer que sur la bienveillance ou sympathie (Traité de la nature humaine, 1739-1740).

C'est probablement avec Emmanuel Kant et la Critique de la raison pratique (1788) que s'amorce le tournant décisif de la modernité concernant l'éthique. D'une part, et comme cela a souvent été remarqué, il ne s'agit plus de décrire les modalités d'une « vie bonne », mais d'établir les conditions de possibilité d'une intention morale. L'impératif catégorique (et son critère, l'universalisation) livre dès lors la formule de la moralité, dans une loi qui s'impose de manière absolument nécessaire à tous les êtres raisonnables. Par là, Kant rompt avec toutes les approches théoriques de l'éthique qui posent que bien agir suppose une connaissance précise de ce que nous sommes ou de la perfection de ce qui doit être. D'autre part et surtout, il défait l'unité entre éthique et vie en dissociant vertu et bonheur. L'obéissance au devoir se voit en effet désolidarisée de toute espèce de satisfaction : elle est un absolu vécu comme une contrainte, et dont le succès peut seulement être l'objet d'une espérance dont la sphère excède celle de la moralité.

Les perspectives contemporaines sur l'éthique se situent toutes par rapport à cette réforme kantienne et à son insistance sur la notion d'obligation. C'est pourquoi on a coutume de distinguer une perspective strictement éthique qui privilégie la visée d'une vie accomplie et une perspective plus résolument morale qui subordonne cette visée à la considération de normes universelles. Ce débat entre éthique téléologique et morale déontologique, dont les termes sont sans doute moins tranchés qu'il n'y paraît, a déjà reçu une forme de résolution dans l'immédiat postkantisme, en particulier à travers le concept hégélien d'« éthicité » (Sittlichkeit). Il s'agit bien pour Hegel de tenter une réconciliation entre le point de vue normatif de la conscience morale et l'exigence d'institutionnalisation de ce point de vue subjectif dans un projet de vie communautaire. C'est pourquoi, rejoignant les intuitions d'Aristote, il considère qu'une éthique accomplie est indissociable d'une dimension politique : l'État moderne est précisément ce lieu où la norme peut à nouveau être vécue comme l'instrument d'un accomplissement.

Reste que cette synthèse hégélienne, historiquement au moins, est demeurée fragile, comme l'atteste l'actualité de l'opposition entre éthiques téléologiques et morales déontologiques. Dans Soi-même comme un autre (1990), Paul Ricœur restitue bien les termes de cette opposition dans le souci de mieux articuler désir et norme, visée de la vie bonne et formalisme de la loi. C'est que l'éthique ne peut être envisagée à part de ces deux dimensions, elle qui repose tout entière sur l'équivocité du terme de « bien » qui est à la fois la finalité de toute existence et la limite morale de l'action.

Auteur: Michaël FOESSEL
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