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Définition de : FÉODALITÉ

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Article publié par Encyclopaedia Universalis FÉODALITÉ La féodalité, comprise comme institution caractéristique de l'Occident e e médiéval entre le ix et le xv siècle, constitue un ordre socio-économique et politique centré sur le fief, domaine concédé par un seigneur à un vassal en échange d'une sujétion marquée par un engagement personnel de fidélité, des services rendus, notamment sur le plan militaire, et des redevances. À e partir du début du II millénaire, le fief devint transmissible par héritage. La relation féodo-vassalique pouvait se hiérarchiser, le vassal sous-inféodant une partie des fiefs qu'il détenait. L'apogée de la féodalité, marquée par des e rites complexes, se situe au xii siècle. Seigneurie ou féodalité ?Seigneurie ou féodalité ? Cette description, malgré sa simplicité, doit se discuter. En effet, l'institution féodale ne fait l'objet d'aucune codification d'époque. Ce qu'on appelle le droit e féodal n'est qu'une construction tardive (milieu du xii siècle) due à des juristes italiens. La notion abstraite de féodalité n'est élaborée qu'au e xviii siècle comme repoussoir de la modernité, définie comme principe de liberté, de propriété et de respect de la chose publique. Les juristes et philosophes des Lumières incorporent dans le régime féodal tout un ensemble de privilèges, de redevances et de droits qui caractérisent encore une domination seigneuriale, en un temps où les notions de fief ou de vassalité avaient perdu tout sens.
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FÉODALITÉ

La féodalité, comprise comme institution caractéristique de l'Occident médiéval entre le ixe et le xve siècle, constitue un ordre socio-économique et politique centré sur le fief, domaine concédé par un seigneur à un vassal en échange d'une sujétion marquée par un engagement personnel de fidélité, des services rendus, notamment sur le plan militaire, et des redevances. À partir du début du IIe millénaire, le fief devint transmissible par héritage. La relation féodo-vassalique pouvait se hiérarchiser, le vassal sous-inféodant une partie des fiefs qu'il détenait. L'apogée de la féodalité, marquée par des rites complexes, se situe au xiie siècle.

Seigneurie ou féodalité ?

Cette description, malgré sa simplicité, doit se discuter. En effet, l'institution féodale ne fait l'objet d'aucune codification d'époque. Ce qu'on appelle le droit féodal n'est qu'une construction tardive (milieu du xiie siècle) due à des juristes italiens. La notion abstraite de féodalité n'est élaborée qu'au xviiie siècle comme repoussoir de la modernité, définie comme principe de liberté, de propriété et de respect de la chose publique. Les juristes et philosophes des Lumières incorporent dans le régime féodal tout un ensemble de privilèges, de redevances et de droits qui caractérisent encore une domination seigneuriale, en un temps où les notions de fief ou de vassalité avaient perdu tout sens. Or cette interprétation, hors de son contexte et confortée d'arguments nouveaux, a gardé sa vigueur de nos jours. Pour certains historiens comme Robert Boutruche, les relations féodo-vassaliques, limitées au monde aristocratique et guerrier, ne constitueraient qu'une occurrence d'un régime général, la seigneurie, diffusé dans toute la société. Le seigneur exerce une domination globale sur des dépendants, qu'ils soient aristocrates, chevaliers, paysans libres ou serfs. En effet, la domination s'exerce aussi bien sur les personnes que sur les terres, aussi bien en matière de possession foncière que de justice et de fiscalité. Dans ce cadre interprétatif, la notion de féodalité pourrait être étendue à d'autres aires géographiques, connexes ou lointaines, comme le Japon.

On a donc affaire à un modèle social de longue durée et, pour certains historiens marxistes, on peut parler d'un mode de production féodal, ou de féodalisme, sur une très longue durée, qui irait de la fin de l'esclavage antique et de l'instauration du colonat (ive-ve siècle) au capitalisme moderne (xviiie siècle). L'unité de la période proviendrait d'un primat des revenus agraires, l'artisanat et le commerce ne jouant qu'un rôle marginal dans l'économie médiévale. La domination seigneuriale, sous ses diverses formes, viserait essentiellement à fixer au sol la masse des paysans. De nos jours, le langage courant étend le mot de féodalité à toute emprise des puissants sur des intérêts collectifs, ou à toute domination foncière exercée sans contrôle (y compris dans le cadre des vastes domaines, ce qui n'est guère acceptable car l'économie seigneuriale suppose un domaine de taille limitée et une présence proche du seigneur).

En revanche, les historiens qui, à la suite de Marc Bloch, maintiennent l'idée d'une société féodale s'en tiennent à une chronologie plus courte, fondée sur des critères plus sociopolitiques qu'économiques. Les monarchies occidentales, à l'inverse des gouvernements byzantins et musulmans, n'usaient ni de mercenaires ni de fonctionnaires rétribués. Le service public de la guerre et de l'administration reposait donc sur la fidélité personnelle, récompensée et stimulée par l'octroi de terres, les bénéfices, accordés à titre précaire. Le moment féodal correspondrait au déclin de la puissance publique, à partir de la fin du pouvoir carolingien (ixe siècle). Le morcellement des grands domaines et la faiblesse des pouvoirs monarchiques ou princiers conduisirent à la « privatisation » des bénéfices, qui devinrent graduellement des fiefs héréditaires. L'affaiblissement de la justice et de l'administration publiques (la prétendue « anarchie féodale » des manuels) entraîna la constitution de seigneuries banales, dotées du pouvoir de commander, de contraindre et de punir. La fin de la société féodale, progressive, correspondrait à la renaissance des monarchies, à partir de la fin du xiie siècle.

Cette conception de la féodalité repose, en partie, sur la lecture du passé médiéval par les historiens du xixe siècle (François Guizot, Augustin Thierry), attentifs à un progrès constant de l'humanité sous la houlette de pouvoirs centraux forts et éclairés. La fin véritable de la féodalité serait constituée par l'alliance des pouvoirs publics renaissants et des bourgeoisies urbaines, prototype de la monarchie parlementaire.

La féodalité en contexte

Depuis une vingtaine d'années, l'importance spécifique de la féodalité a été relativisée. En premier lieu, le système féodo-vassalique est loin de recouvrir la totalité de l'espace médiéval européen. La féodalité – au sens strict – a sa géographie, qui privilégie l'Angleterre, la Normandie, l'Italie du Sud – en laissant à part l'Italie du Nord –, l'Espagne, la France du Centre et du Sud, où les terres libres d'inféodation (les alleux) sont nombreuses. Les amples terres de l'Église constituaient un autre écart, même si elles ne sauraient être placées hors de la sphère seigneuriale. Cette géographie contrastée met à mal le schéma politique de l'anarchie féodale ; en Angleterre, on trouve à la fois un réseau féodal dense et la monarchie la plus forte de l'Europe médiévale avant le xive siècle.

En deuxième lieu, l'historiographie de la féodalité, attachée à la verticalité hiérarchique de la dépendance, a largement minoré l'importance des relations horizontales des collectivités qui se multiplient à partir des débuts du IIe millénaire. La seigneurie, renforcée par l'encellulement ou l'incastellamento (création de bourgades fortifiées, mise en évidence par Robert Fossier et Pierre Toubert), ne serait alors qu'une des multiples formes de socialisation, à côté de la paroisse, du village, de la commune rurale, avant que n'apparaissent les communes urbaines, les confréries, les corps de métiers.

Cependant, la féodalité a peut-être une pertinence, spécifique à l'Occident médiéval, non plus comme forme politique (l'anarchie), ni comme figure de domination sociale, mais comme principe original de gestion de la terre. En effet, ce qui disparaît dans l'organisation féodale, c'est le principe même de la propriété individuelle ou collective. Les fiefs et les biens en général font l'objet d'une tenure, mot vague désignant une possession, un usage qui peut être partiel et divisé. Ces modes de possession font partie des diverses tractations qui entourent les promesses de fidélité ou les concessions de biens. La concentration de l'habitat, la création d'entités collectives multiples et concurrentes, la souplesse des modes d'usage de la terre accompagnent, comme causes ou conséquences, l'extraordinaire développement du tournant de l'an mille, qui constitue une véritable révolution agraire (débuts d'une agriculture qui vise à dégager des profits, au-delà de la simple autosubsistance). En ce sens, la féodalité, entendue comme structure de neutralisation de la propriété au profit du développement économique, constituerait bien une spécificité de l'Occident médiéval, et la ritualité de l'engagement féodo-vassalique n'en serait que la transposition symbolique.

Auteur: Alain BOUREAU
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