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Définition de : FÊTE, arts et architecture

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Article publié par Encyclopaedia Universalis FÊTE, arts et architecture Dans ses Fastes, Ovide, le maître de l'amour, mais aussi le plus religieux des poètes latins, fait se répondre l'immutabilité de la cérémonie et la permanence du mythe qui en est souvent le prétexte. La fête constitue presque toujours la répétition d'une autre fête. C'est un arrêt du temps, mais elle suit le temps. L'étymologie latine du mot renvoie aux jours festi ou feriati, décrétés par les pontifes, auteurs du calendrier, réservés aux dieux et obligatoirement chômés. On dit aussi qu'ils sont « néfastes », car non propices aux activités humaines. Le christianisme reprend cette distinction en la fusionnant avec le sabbat biblique, et enrobe la vie entière de l'homme dans un réseau de fêtes fixes et mobiles. Distinctes d'une province à l'autre, elles figurent dans les calendriers et dans les livres d'heures, marquées comme simples ou doubles selon qu'elles ont plus ou moins de solennité, et que l'interdiction d'un travail profane est plus ou moins étendue. La fête de l'Ancien Régime relevait d'un art total. L'unité du pouvoir, dans le système de l'absolutisme d'État, appelait le concours de tous les talents pour rendre les actions du souverain parfaites. Célébrées en public, les fêtes se manifestent par un faisceau d'initiatives coordonnées qui tendent à justifier la participation du peuple aux événements touchant ceux qui sont au faîte du pouvoir.
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FÊTE, arts et architecture

Dans ses Fastes, Ovide, le maître de l'amour, mais aussi le plus religieux des poètes latins, fait se répondre l'immutabilité de la cérémonie et la permanence du mythe qui en est souvent le prétexte. La fête constitue presque toujours la répétition d'une autre fête. C'est un arrêt du temps, mais elle suit le temps. L'étymologie latine du mot renvoie aux jours festi ou feriati, décrétés par les pontifes, auteurs du calendrier, réservés aux dieux et obligatoirement chômés. On dit aussi qu'ils sont « néfastes », car non propices aux activités humaines. Le christianisme reprend cette distinction en la fusionnant avec le sabbat biblique, et enrobe la vie entière de l'homme dans un réseau de fêtes fixes et mobiles. Distinctes d'une province à l'autre, elles figurent dans les calendriers et dans les livres d'heures, marquées comme simples ou doubles selon qu'elles ont plus ou moins de solennité, et que l'interdiction d'un travail profane est plus ou moins étendue.

La fête de l'Ancien Régime relevait d'un art total. L'unité du pouvoir, dans le système de l'absolutisme d'État, appelait le concours de tous les talents pour rendre les actions du souverain parfaites. Célébrées en public, les fêtes se manifestent par un faisceau d'initiatives coordonnées qui tendent à justifier la participation du peuple aux événements touchant ceux qui sont au faîte du pouvoir. Les sciences, les arts et métiers en festonnent le déroulement, dispensant leurs bienfaits pour harmoniser les sentiments des gouvernés et des gouvernants. La fête, qui occupe toujours un groupe, fait intervenir organisateurs, invités et spectateurs. Être invité suppose d'être participant (lors d'un bal, danser). Dans L'Univers du baroque (1959, trad. franç., 1964), Richard Alewyn a mis en valeur la rencontre réciproque du peuple et des nobles, ceux-ci tenant à amuser celui-là pour le distraire et le subjuguer, mais n'hésitant pas à participer à ses jeux et à lui emprunter la plupart de ses danses. La période la plus abondante de la bibliographie relative aux fêtes s'étend du xvie siècle au xviiie, et voit se développer le genre du Livre de fête illustré, commémorant ces solennités publiques et en amplifiant l'effet de propagande.

La représentation des fêtes est aussi un sujet favori des artistes. Ces moments joyeux sont prétexte à la figuration du mouvement avec la danse, de l'ordre avec les processions et réceptions, comme de réalités variées, telles qu'objets de luxe, boissons et aliments, ainsi que de lieux plaisants : vastes paysages, places de ville ou intérieurs décorés. Les tombeaux égyptiens en offrent de nombreux exemples, rappelant dans la mort les moments intenses de la vie. L'atelier de Phidias a éternisé la procession des Panathénées ; les athlètes vainqueurs de jeux, tel l'Aurige de Delphes, sont devenus des classiques de nos musées. À la fin du Moyen Âge, les représentations se mutiplient, avec, parmi les cycles de miniatures, les Grandes Chroniques de France enluminées par Jean Fouquet, où figure L'Entrée de l'empereur Charles IV à Paris. Mais c'est à l'époque moderne que la fête devient réellement un genre dans le domaine des arts plastiques. En peinture, les « fêtes champêtres » nées sans doute des « jardins d'amour » gothiques, se développent chez Titien, Rubens et Poussin, avant de se renouveler en « fêtes galantes » avec Watteau. À Venise, l'essence même de la fête, ses couleurs, son désordre dans l'ordre, son luxe et son frémissement de volupté alimentent une galerie de chefs-d'œuvre où se succèdent les Noces de Cana de Véronèse, les carnavals et les régates de Canaletto et Guardi. Dans le Nord sont représentées les fêtes bourgeoises et populaires, noces de Brueghel, banquets de corporation, fête des rois de Jordaens. Au xixe siècle, la fête est souvent transportée dans le monde antique ou exotique, par exemple avec Laurence Alma-Tadema. Elle est ensuite souvent représentée par allusion, comme le 14-Juillet par les impressionnistes et les fauves, avant Nicolas de Staël, tandis que Matisse ou Picasso stylisent des bacchanales.

Habillée de vent, nourrie d'éphémère, comment la fête nous est-elle perceptible et qu'en reste-t-il après qu'elle a eu lieu ? Certains décors peuvent être construits en dur, et faire désormais partie du paysage. À Rome, les arcs de triomphe commémorent le retour de vainqueurs comme Titus ou Septime Sévère ; à l'époque moderne, celui construit à Florence pour l'entrée du grand-duc François de Lorraine, en 1739, a subsisté. Quant à la tour Eiffel, elle est le reste de l'Exposition universelle de 1889, fête commémorative de la Révolution française.

Ce sont naturellement surtout les constructions de l'esprit qui subsistent : Dom Juan, L'Impromptu de Versailles, Tartuffe furent écrits par Molière pour des fêtes de Louis XIV, de même que bien des opéras baroques.

Alors que l'on se fait de la fête l'idée d'une grande dépense dissipée en un moment, Marcel Mauss (Essai sur le don, 1924) a prouvé que le potlatch, cette ritualisation des rapports sociaux des Indiens Kwakiutl, marquait un changement de statut de son organisateur. Il en a été de même dans les somptueuses dépenses faites par les royautés et féodalités d'Europe pour fêter l'accès au pouvoir ou à un nouveau statut familial, politique ou religieux de leurs dynastes. Un des combats les plus virulents contre la perte d'argent (et de temps) que constitueraient les fêtes est celui mené dans l'Encyclopédie de Diderot et d'Alembert par Faiguet. L'article « Fêtes des chrétiens » démontre que la suppression des vingt-quatre fêtes chômées, en dehors des dimanches, produirait 96 millions de livres de bénéfices. Au contraire, Georges Bataille (La Part maudite, 1970, précédé de La Notion de dépense, 1933) puis Jean Duvignaud (Fêtes et civilisations, 1974) n'hésitent pas à mettre en valeur les avantages qu'offrent les fêtes pour la société, la liberté, la créativité, le défoulement par l'inversion des valeurs et surtout la sociabilité qui s'y rattachent – malgré le risque d'aboutir à une logique de consommation.

Auteur: Georges FRÉCHET
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