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Définition de : FILIÈRE D'ENSEIGNEMENT

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Article publié par Encyclopaedia Universalis FILIÈRE D'ENSEIGNEMENT Dans le système éducatif français, il existe un ensemble de filières d'enseignement qui correspondent à différentes spécialités de formation. Ces filières définissent des parcours spécifiques après un enseignement commun de l'école primaire jusqu'à la fin de la scolarité au collège, dans la perspective de donner à tous le socle de connaissances nécessaires à la vie en société. Les filières n'apparaissent donc qu'à partir du lycée, même si une minorité d'élèves, scolairement les plus faibles, est orientée vers l'enseignement professionnel dès la fin de la classe de cinquième. Deux grands paliers d'orientation existent aujourd'hui. Le premier intervient à la fin de la scolarité au collège. Les élèves s'orientent alors soit vers une formation professionnelle (menant à un C.A.P., un B.E.P. ou encore à un baccalauréat professionnel), soit vers les matières technologiques (spécialités industrielles ou tertiaires), soit dans l'enseignement général avec les filières L (littéraire), S (scientifique) ou ES (économique et sociale). Le second palier se situe après le baccalauréat. Outre les différentes disciplines, l'enseignement supérieur français se décline en deux grands types d'institutions : celles qui sélectionnent les candidats à l'entrée, de façon plus ou moins malthusienne, comme les classes préparatoires aux grandes écoles, les I.U.T. (instituts universitaires de technologie), B.T.S.
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FILIÈRE D'ENSEIGNEMENT

Dans le système éducatif français, il existe un ensemble de filières d'enseignement qui correspondent à différentes spécialités de formation. Ces filières définissent des parcours spécifiques après un enseignement commun de l'école primaire jusqu'à la fin de la scolarité au collège, dans la perspective de donner à tous le socle de connaissances nécessaires à la vie en société. Les filières n'apparaissent donc qu'à partir du lycée, même si une minorité d'élèves, scolairement les plus faibles, est orientée vers l'enseignement professionnel dès la fin de la classe de cinquième.

Deux grands paliers d'orientation existent aujourd'hui. Le premier intervient à la fin de la scolarité au collège. Les élèves s'orientent alors soit vers une formation professionnelle (menant à un C.A.P., un B.E.P. ou encore à un baccalauréat professionnel), soit vers les matières technologiques (spécialités industrielles ou tertiaires), soit dans l'enseignement général avec les filières L (littéraire), S (scientifique) ou ES (économique et sociale). Le second palier se situe après le baccalauréat. Outre les différentes disciplines, l'enseignement supérieur français se décline en deux grands types d'institutions : celles qui sélectionnent les candidats à l'entrée, de façon plus ou moins malthusienne, comme les classes préparatoires aux grandes écoles, les I.U.T. (instituts universitaires de technologie), B.T.S. (brevet de technicien supérieur) ; et la filière universitaire, dont le droit d'entrée est donné par le seul baccalauréat.

Logique fonctionnelle et capital humain

À quoi correspond cette différenciation progressive de l'enseignement ? On peut l'analyser comme une logique fonctionnelle de division du travail et de production de capital humain. Dans une société différenciée et hiérarchisée, où la segmentation du travail est de plus en plus poussée et les connaissances placées au centre du processus de production, il est indispensable de former les jeunes générations aux différents domaines de la production économique. Il est donc vital de donner à tous des connaissances de base, puis de distinguer les parcours en fonction des compétences de chacun. Dans ce cadre, la différenciation des filières de formation se fait l'écho de la diversité sociale qui nécessite des niveaux de qualification eux-mêmes diversifiés et différenciés. La création des baccalauréats professionnels est un exemple de développement « vers le haut » d'une filière à partir d'une demande de qualification ouvrière de plus en plus poussée. De même, dans le supérieur, la création des I.U.T. à la fin des années 1960 et leur développement considérable jusqu'à aujourd'hui répondent simultanément à une demande sociale de formation professionnelle postbaccalauréat et à l'évolution de la structure des emplois dans le monde économique.

Toute la question est pourtant de savoir quand et comment opérer cette différenciation des parcours. Si produire du capital humain est une des fonctions essentielles de l'éducation, l'école a aussi une mission de justice sociale et d'égalité dans nos sociétés démocratiques. Il devient alors important de comprendre comment s'organise l'orientation dans les différentes filières, et de raisonner sur la relation entre filière de formation et origine sociale des individus.

Des filières hiérarchisées : inégalités scolaires et inégalités sociales

En effet, cette logique fonctionnelle n'est pas la seule à l'œuvre dans la création des filières d'enseignement. Elle s'ajoute à une logique de séparation des populations scolaires en fonction d'aptitudes personnelles qui sont trop souvent le fruit d'appartenances sociales. Dans ce cadre, les filières posent la question de l'égalité des chances. Dans l'enseignement secondaire, l'historien de l'éducation Antoine Prost a montré que le système français qui prévalait jusqu'aux années 1960 définissait des filières étanches et très marquées socialement. D'un côté, l'« école du peuple » était constituée par l'enseignement primaire et décernait à une infime minorité d'élèves de milieu modeste le certificat d'étude ; de l'autre, l'« école des notables » scolarisait dès le plus jeune âge les enfants de familles aisées dans les « petits lycées » et permettait ainsi un accès au baccalauréat et à l'enseignement supérieur. Il s'agit là d'un état antérieur de notre système d'éducation, qui n'a pas résisté au mouvement de démocratisation de l'enseignement et à l'émergence de classes moyennes. Mais l'école actuelle porte encore les traces de son histoire. Certes, les filières ne sont plus aussi étanches qu'auparavant, et la démocratisation scolaire est aujourd'hui indiscutable. Mais les filières du secondaire, comme celles du supérieur, sont aussi socialement définies au sens ou elles scolarisent des auditoires socialement typés. Les enfants de cadres supérieurs et d'enseignants forment la majorité du public des filières générales et des classes préparatoires aux grandes écoles, alors que les enfants de milieux modestes sont les plus nombreux dans les filières technologiques et professionnelles. Dans la perspective de définir l'éducation comme un outil d'émancipation des individus, et les filières d'enseignement comme un espace d'opportunités, cela pose un réel problème de justice sociale. Certes, l'école d'aujourd'hui n'est plus celle que les historiens ont décrite : elle propose à tous une instruction commune jusqu'en classe de troisième et conduit 65 p. 100 d'une génération au baccalauréat. Mais, dans ce contexte, les filières reproduisent les contours des inégalités sociales. Comme si la démocratisation de l'enseignement avait renforcé la différenciation sociale des filières, recréant ainsi au sein de l'école les inégalités existant dans la société.

Différencier et unifier

Les filières sont en définitive des réponses au problème de la double fonction de l'enseignement. La première est celle d'unifier les individus en leur donnant une formation commune et en leur permettant d'accéder à un certain niveau de diplôme. La seconde est une fonction différenciatrice, car l'école doit sélectionner, orienter et distinguer les meilleurs des moins bons. Créer des filières d'enseignement permet de résoudre ce paradoxe apparent en favorisant l'accès à l'instruction et aux diplômes du plus grand nombre, tout en proposant des parcours de formation qui privilégient des compétences et des savoirs différents, comme le montre l'exemple du baccalauréat : ce n'est qu'au prix de la création et du développement des baccalauréats technologiques et professionnels que l'on a pu atteindre 65 p. 100 de bacheliers dans une génération.

Auteur: Georges FELOUZIS
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