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Définition de : GAMME

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Article publié par Encyclopaedia Universalis G A M M E Une gamme est une succession de notes conjointes, que ces dernières appartiennent à une échelle ou à un mode. L'usage français confond souvent les termes gamme et mode (gamme majeure et mode majeur, par exemple), comme les termes gamme et échelle (gamme chromatique et échelle chromatique), parfois même les trois à la fois (gamme, mode et échelle pentatoniques). En principe, on inclut la gamme dans une octave délimitée par une tonique, tandis que l'échelle est illimitée. Ces réserves étant posées, on distinguera six types de gammes : majeure, mineure, pentatonique, par tons, chromatique et défective. La gamme majeure est formée d'intervalles majeurs ou justes par rapport à la tonique. Elle possède cinq tons et deux demi-tons, répartis dans l'ordre suivant : deux tons, un demi-ton diatonique, trois tons, un demi-ton diatonique. Les deux tétracordes qui la forment (en do majeur : do-ré-mi-fa et sol-la-si-do) sont séparés par un ton (fa-sol) et se terminent par un demi-ton à résolution ascendante (mi-fa et si-do). La gamme possède deux piliers fondamentaux : la tonique (le premier degré, qui lui donne son nom) et la dominante (le cinquième degré). Tonique (I), dominante (V) et sous-dominante (IV) sont appelés degrés forts ou tonals. Les autres degrés sont dits faibles ou modaux : il s'agit de la médiante (III) et de la sus-dominante (VI). La sensible (VII) se trouve à un demi- ton de la tonique et est attirée par elle.
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GAMME

Une gamme est une succession de notes conjointes, que ces dernières appartiennent à une échelle ou à un mode. L'usage français confond souvent les termes gamme et mode (gamme majeure et mode majeur, par exemple), comme les termes gamme et échelle (gamme chromatique et échelle chromatique), parfois même les trois à la fois (gamme, mode et échelle pentatoniques). En principe, on inclut la gamme dans une octave délimitée par une tonique, tandis que l'échelle est illimitée. Ces réserves étant posées, on distinguera six types de gammes : majeure, mineure, pentatonique, par tons, chromatique et défective.

La gamme majeure est formée d'intervalles majeurs ou justes par rapport à la tonique. Elle possède cinq tons et deux demi-tons, répartis dans l'ordre suivant : deux tons, un demi-ton diatonique, trois tons, un demi-ton diatonique. Les deux tétracordes qui la forment (en do majeur : do--mi-fa et sol-la-si-do) sont séparés par un ton (fa-sol) et se terminent par un demi-ton à résolution ascendante (mi-fa et si-do). La gamme possède deux piliers fondamentaux : la tonique (le premier degré, qui lui donne son nom) et la dominante (le cinquième degré). Tonique (I), dominante (V) et sous-dominante (IV) sont appelés degrés forts ou tonals. Les autres degrés sont dits faibles ou modaux : il s'agit de la médiante (III) et de la sus-dominante (VI). La sensible (VII) se trouve à un demi-ton de la tonique et est attirée par elle. La gamme majeure peut se transposer sur tous les degrés. Sans altération à la clé en do majeur (ce qui correspond aux touches blanches du piano), son armure varie d'un à sept dièses (de sol à do dièse majeur), et d'un à sept bémols (de fa à do bémol majeur). Le cycle ascendant des quintes (do, sol, , la...) ajoute un dièse à la clé à chaque tonalité (do majeur : rien ; sol majeur : 1 dièse ; majeur : 2...). Le cycle descendant des quintes (do, fa, si bémol, mi bémol...) ajoute un bémol à la clé (fa majeur : 1 bémol ; si bémol majeur : 2...). La dernière altération diésée d'une armure correspond à la sensible (exemple : avec fa-do dièse à la clé, do est la sensible ; nous sommes donc en majeur). L'avant-dernière altération bémolisée d'une armure correspond à la tonique (exemple : avec si-mi bémol à la clé, si bémol est la tonique ; nous sommes donc en si bémol majeur).

La gamme mineure débute par une tierce mineure. Ses degrés VI et VII étant variables, trois types de gammes en résultent : le mineur harmonique, le mineur mélodique ascendant et le mineur mélodique descendant. Le mineur harmonique comprend une seconde augmentée entre les degrés VI et VII (do--mi bémol-fa-sol-la bémol-si bécarre-do par exemple). Dans le mineur mélodique ascendant, le degré VI est élevé et redevient majeur (do--mi bémol-fa-sol-la bécarre-si bécarre-do par exemple) ; dans ce cas, seule la médiante permet de distinguer entre la gamme majeure et la gamme mineure. Dans le mineur mélodique descendant, le degré VII est abaissé (do-si bémol-la bémol-sol-fa-mi bémol--do par exemple) ; il ne s'agit alors plus d'une sensible mais d'une sous-tonique, puisque la distance entre VII et I est d'un ton et non plus d'un demi-ton. On remarquera que les gammes mineures mélodiques ont pour effet de supprimer la seconde augmentée caractéristique de l'harmonique ; leur association est parfois appelée gamme de Rameau. Il arrive que Jean-Sébastien Bach superpose deux de ces gammes, ou emploie le mineur ascendant en descendant ou le mineur descendant en montant.

On appelle gammes relatives une gamme majeure et une gamme mineure ayant le même nombre d'altérations à la clé. Leurs toniques sont séparées d'une tierce mineure : do majeur et la mineur (pas d'altération), sol majeur et mi mineur (un dièse à la clé), fa majeur et mineur (un bémol à la clé).

Comme son nom l'indique, la gamme pentatonique est formée de cinq sons. La gamme pentatonique dite naturelle s'obtient en déroulant le cycle des quintes, comme fa-do-sol--la, d'où la gamme fa-sol-la-do-, ce qui correspond aussi à l'ordre des touches noires du piano. Il existe également une gamme pentatonique do--mi-sol-la, dérivée de l'accord parfait do-mi-sol. Son plus petit intervalle étant le ton, elle est ainsi anhémitonique (sans demi-ton), donc privée de l'attraction qui est générée par cet intervalle. Son succès en composition est indéniable. Elle représente aussi le cliché de la musique chinoise ou indonésienne : « Laideronnette, impératrice des pagodes », troisième pièce de Ma mère l'Oye (1910) de Maurice Ravel en est une illustration parmi tant d'autres.

La gamme par tons se construit par simple succession de tons (do--mi-fa dièse-sol dièse-la dièse-do par exemple). Elle peut aussi s'obtenir à partir de la gamme chromatique par suppression d'un demi-ton sur deux ; divisant alors l'octave en six parties égales, et possédant six tons, elle est dite hexatonique. Il n'existe que deux gammes par tons possibles, disposées à un demi-ton d'intervalle : outre celle qui vient d'être citée, il reste bémol-mi bémol-fa-sol-la-si- bémol. Ces deux gammes n'ont donc pas de notes communes. L'orthographe des notes n'a plus d'importance : la gamme par tons est par conséquent atonale. Par l'intermédiaire de l'enharmonie, la tierce diminuée est inévitable (la dièse-do ou si- bémol) ; la notion de tonique en tant que premier degré fondamental disparaît ; la tension due habituellement au demi-ton est supprimée puisque cette gamme est aussi anhémitonique ; chaque note possède son triton (do-fa dièse, -sol dièse, mi-la dièse...) ; les accords de quintes augmentées sont possibles (do-mi-sol dièse, -fa dièse-la dièse, mi-sol dièse-si dièse). Ne trouvant pas de résolution, ces nouvelles tensions s'annulent par là-même et gagnent en monotonie. Une gamme par tons a cependant pour avantage d'être immédiatement repérable à l'oreille. Invention de la musique savante, sans impact sur le folklore, elle est cependant employée épisodiquement par le gamelan balinais. Elle correspond au premier mode à transposition limitée d'Olivier Messiaen : do, , mi, fa dièse, sol dièse, la dièse, do. Si Une Plaisanterie musicale K 522, pour deux cors et cordes, de Wolfgang Amadeus Mozart ne l'utilise qu'à titre humoristique et anecdotique, elle trouve un emploi significatif avec l'Octuor, pour cordes et vents, opus 166 de Franz Schubert. Franz Liszt l'auto-harmonise, les Russes Glinka, Borodine et Dargomyjski s'en emparent, mais c'est au début du xxe siècle surtout qu'elle connaît une grande vogue, notamment avec Debussy, dont les emplois ont pris valeur de paradigmes : « Jardins sous la pluie » (troisième pièce des Estampes pour piano, 1903), « Cloches à travers les feuilles » des Images pour piano (1908), « Voiles » des Préludes pour piano (1909)...

La gamme chromatique se construit dans le système tempéré suivant la succession des douze demi-tons diatoniques et chromatiques. Théoriquement, on utilise l'altération ascendante pour monter d'une note à l'autre, à l'exception du sixième degré : do-do dièse-- dièse-mi-fa-fa dièse-sol-sol dièse-la-si bémol-si bécarre-do (et non la dièse). De même, on utilise l'altération descendante pour baisser d'une note à l'autre, à l'exception du cinquième degré : do-si-si bémol-la-la bémol-sol-fa dièse-fa bécarre-mi-mi bémol-- bémol-do (et non sol bémol) ; cette gamme est atonale. Rappelons que les séries dodécaphoniques sont construites à partir des douze sons de la gamme chromatique.

On appelle gamme défective toute gamme possédant moins de sept sons, bien que ce nombre soit une référence tout à fait arbitraire, puisque la gamme heptatonique est la dernière phase du diatonisme. La gamme pentatonique en fait donc partie.

Enfin, la gamme est devenue l'emblème des études pianistiques dans l'imaginaire collectif (d'où l'expression « faire ses gammes »). D'aucuns ne se sont pas privés de la caricaturer gentiment : « Les exécutants devront imiter le jeu d'un débutant et sa gaucherie », écrit Camille Saint-Saëns dans « Pianistes » du Carnaval des animaux.

Auteur: Sophie COMET