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Définition de : GRÂCE

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Article publié par Encyclopaedia Universalis GRÂCE La grâce est une catégorie fondamentale de la théologie chrétienne. Dans les textes bibliques, ce terme désigne essentiellement une disposition permanente de Dieu à l'égard des hommes. Il signifie que le rapport que Dieu entend avoir avec l'homme est don gratuit, immérité, imprévisible. L'ancienne alliance est fondée sur la grâce : ce n'est pas en raison de ses qualités propres qu'Israël est choisi par Dieu pour être son peuple (Deutéronome VII, 7 ; IX, 4). Pour le Nouveau Testament, la rédemption en Jésus-Christ est entièrement due à la grâce, opposée au vain salut recherché dans les œuvres, et, en particulier, dans l'observance de la loi mosaïque : « C'est par la grâce de Dieu que vous avez été sauvés, au moyen de la foi. Le salut ne vient pas de vous, il est un don de Dieu ; il n'est pas le résultat de vos efforts, et ainsi personne ne peut se vanter » (Éphésiens, II, 8-9). Un don gratuit Définir Dieu comme Celui qui fait grâce s'oppose aux conceptions religieuses traditionnellement observées, au point que des théologiens ont pu définir la foi chrétienne comme une antireligion. Des tombes égyptiennes de la Vallée des Rois au Jugement dernier de Michel-Ange au plafond de la chapelle Sixtine, les systèmes religieux voient Dieu comme le juge qui triera à la mort entre les bons qui iront au paradis et les mauvais qui iront en enfer en fonction de la qualité de leur vie terrestre.
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GRÂCE

La grâce est une catégorie fondamentale de la théologie chrétienne. Dans les textes bibliques, ce terme désigne essentiellement une disposition permanente de Dieu à l'égard des hommes. Il signifie que le rapport que Dieu entend avoir avec l'homme est don gratuit, immérité, imprévisible. L'ancienne alliance est fondée sur la grâce : ce n'est pas en raison de ses qualités propres qu'Israël est choisi par Dieu pour être son peuple (Deutéronome VII, 7 ; IX, 4). Pour le Nouveau Testament, la rédemption en Jésus-Christ est entièrement due à la grâce, opposée au vain salut recherché dans les œuvres, et, en particulier, dans l'observance de la loi mosaïque : « C'est par la grâce de Dieu que vous avez été sauvés, au moyen de la foi. Le salut ne vient pas de vous, il est un don de Dieu ; il n'est pas le résultat de vos efforts, et ainsi personne ne peut se vanter » (Éphésiens, II, 8-9).

Un don gratuit

Définir Dieu comme Celui qui fait grâce s'oppose aux conceptions religieuses traditionnellement observées, au point que des théologiens ont pu définir la foi chrétienne comme une antireligion. Des tombes égyptiennes de la Vallée des Rois au Jugement dernier de Michel-Ange au plafond de la chapelle Sixtine, les systèmes religieux voient Dieu comme le juge qui triera à la mort entre les bons qui iront au paradis et les mauvais qui iront en enfer en fonction de la qualité de leur vie terrestre. Notons que cette conception est présente chez l'évangéliste Matthieu (XXV, 32 et suivants) pour être appliquée à ceux qui n'ont pas connu le salut en Christ. La religion consiste donc à trouver les moyens de satisfaire une divinité disposant de pouvoirs que l'homme ne possède pas pour recevoir en retour victoires sur l'ennemi, pluies et récoltes abondantes, vie heureuse et félicité après la mort. La pratique la plus fréquente est le sacrifice, qui peut revêtir des formes multiples, depuis les sacrifices humains jusqu'aux pratiques pieuses les plus diverses. Face à cette conception intéressée de la religion, la grâce désigne Dieu comme celui qui ne juge pas, mais qui aime et donne sans condition, se faisant ainsi le serviteur de l'homme. Le passage du sacrifice au sacrement marque le passage d'un service de l'homme vers Dieu à un service de Dieu vers l'homme.

Depuis le célèbre conflit entre Augustin et Pélage, au début du ve siècle, le débat théologique n'a pas cessé (entre Luther et Érasme, Jansénistes et Jésuites...) pour tenter de concilier la souveraine grâce de Dieu et la liberté responsable de l'homme. Ces débats ont conduit à des distinctions subtiles entre différents types de grâces (extérieure ou intérieure, gratuite, sanctifiante, actuelle, habituelle, prévenante, opérante, etc.) qui n'ont fait qu'obscurcir la notion, et donner matière à moqueries (voir par exemple l'article « Grâce » dans le Dictionnaire philosophique de Voltaire). La question est de savoir si la liberté humaine, dont personne ne conteste l'exercice normal dans les choix ordinaires de l'existence, est capable de choisir Dieu, ou s'il faut que Dieu intervienne pour convertir une liberté qui serait sans cela irrémédiablement opposée à lui en raison du péché. La matière est vaste, car elle a des implications sur la définition théologique de l'homme, ou encore sur le sens et la nécessité de la venue du Christ.

Le chemin de l'homme sans Dieu consiste à se proclamer autosuffisant, à évaluer sa réussite à sa capacité de ne devoir rien à personne. C'est là, selon le livre de la Genèse, la définition même du péché : vouloir être comme Dieu. Pour comprendre la grâce, il faut nécessairement admettre qu'il y ait quelque chose à gracier. L'homme sans Dieu le conçoit difficilement, malgré les horreurs dont des hommes se rendent coupables et auxquelles l'actualité le renvoie sans cesse. Il se persuade volontiers que, malgré des échecs répétés, l'humanité parviendra à résoudre ses maux, ou encore que ces horreurs sont le fait de barbares et que lui-même n'est pas concerné. En situant en tout homme le péché, et en affirmant la nécessité de la grâce pour en être délivré, la foi chrétienne contredit cette vision optimiste, générale ou particulière.

À l'instar de la grâce, la notion de péché a fait l'objet de tentatives de classification tout aussi vaines et prêtant le flanc au ridicule. L'erreur la plus commune est de faire du péché une catégorie morale, de l'identifier au mal, ce qui conduit à retomber dans le système religieux.

Liberté de choix

Une tentative moderne pour cerner ce dont il s'agit se trouve dans l'œuvre du théologien danois Søren Kierkegaard. Selon lui, le propre de l'homme est d'être inscrit dans la finitude du temps et de l'espace, et de devoir pourtant prendre position dans son existence en faisant appel à une réflexion et à des convictions qui dépassent cette finitude. La liberté de l'homme se manifeste dans sa manière de gérer ensemble le temps et l'éternité. C'est cette condition que l'homme sans Dieu ne peut assumer. Incapable de réussir une synthèse qui ne lui est pas accessible, il va alors connaître le désespoir et l'angoisse, ne pas vouloir être ce qu'il est ou vouloir être ce qu'il n'est pas. La psychanalyse découvrira là la source des névroses, autodestruction de la liberté dans la fixation sur l'un des pôles. Le péché apparaît bien ici comme maladie de la liberté. C'est cette maladie qui aura pour conséquence les péchés concrets qui sont toujours des dommages causés à la relation de l'homme avec les autres, avec lui-même et avec Dieu. « L'homme ne peut percevoir lui-même sa propre culpabilité et en être délivré que par une grâce inconditionnée qui lui dit oui au profond de son existence en dépit de toutes les dénégations que lui oppose une existence inhumaine menée loin de Dieu » (Eugen Drewermann).

Dans le concret, le paradoxe de la grâce et de la liberté se résout par l'offre faite à l'homme des moyens de grâce que sont la prédication de l'Évangile et l'administration des sacrements. Il appartient à l'homme de choisir ou non d'y avoir recours (expression de sa liberté), la grâce offerte gratuitement à ceux qui la demandent étant l'œuvre du Saint-Esprit (souveraineté de Dieu). La réception de la grâce donne à vivre le paradoxe inverse : l'homme découvre que plus il est lié à Dieu plus il est libre.

Sur les effets de la grâce, les positions sont également très diverses. L'Église orthodoxe et certains théologiens catholiques y voient volontiers le commencement d'un processus de divinisation de l'homme. À la suite de Luther, les protestants pensent que la grâce pardonne, mais ne transforme pas. Tous s'accordent cependant pour faire de cette réception de la grâce l'entrée dans la dimension de la vie éternelle. Cette notion désigne la capacité de vivre dès à présent de la grâce, c'est-à-dire libéré du souci d'avoir à construire en vain son autonomie.

La grâce rend alors à l'homme la capacité d'être disponible à des moments de gratuité, sur le plan relationnel, qui lui font découvrir une autre dimension de la vie où le temps s'efface au bénéfice de l'éternité. Il ne s'agit pas d'un état permanent, mais de moments de grâce, l'homme sauvé étant pour le reste confronté aux mêmes problèmes que les autres hommes, à la différence qu'il peut alors les envisager avec l'humour que lui donne la certitude que ces problèmes n'ont pas un enjeu essentiel.

Auteur: Serge OBERKAMPF de DABRUN