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Définition de : HANDICAP

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Article publié par Encyclopaedia Universalis HANDICAP Le mot handicap est apparu, en France, par le truchement des courses de chevaux, pour lesquelles il était utilisé, en Grande-Bretagne, dès le début du e xix siècle. Il réfère à une compétition dans laquelle « l'égalisation des chances était obtenue en ajoutant des charges ou des longueurs supplémentaires pour les chevaux les meilleurs » (Littré, 1877). Emprunté par des écrivains (« Il aimait à nager et à plonger, dans l'eau son infirmité n'était pas un handicap », A. Maurois, La Vie de Byron, 1931), il est retenu par le dictionnaire de l'Académie française (1932) au titre de « ces anciens anglicismes qui ont cessé de l'être » (A. Thérive, Querelles de langage, 1940). Il n'a donc pas à être « traduit » et surtout pas par « désavantage » qui est stigmatisant. L'exemple de Lord Byron définit parfaitement le handicap comme étant lié à la situation dans laquelle se trouve la personne : sur terre, le poète, qui avait un pied-bot et devait porter une chaussure orthopédique, peinait à marcher, en revanche dans l'eau, il ne rencontrait aucune difficulté pour nager. Il était à égalité de chances avec ceux qui n'avaient pas de pied- bot. En France, l'usage du mot dans le langage social, puis médical, date des années 1950. Il sera officialisé avec les grands textes de loi sur les personnes handicapées (1957, 1975, 1987, 1990).
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HANDICAP

Le mot handicap est apparu, en France, par le truchement des courses de chevaux, pour lesquelles il était utilisé, en Grande-Bretagne, dès le début du xixe siècle. Il réfère à une compétition dans laquelle « l'égalisation des chances était obtenue en ajoutant des charges ou des longueurs supplémentaires pour les chevaux les meilleurs » (Littré, 1877). Emprunté par des écrivains (« Il aimait à nager et à plonger, dans l'eau son infirmité n'était pas un handicap », A. Maurois, La Vie de Byron, 1931), il est retenu par le dictionnaire de l'Académie française (1932) au titre de « ces anciens anglicismes qui ont cessé de l'être » (A. Thérive, Querelles de langage, 1940). Il n'a donc pas à être « traduit » et surtout pas par « désavantage » qui est stigmatisant. L'exemple de Lord Byron définit parfaitement le handicap comme étant lié à la situation dans laquelle se trouve la personne : sur terre, le poète, qui avait un pied-bot et devait porter une chaussure orthopédique, peinait à marcher, en revanche dans l'eau, il ne rencontrait aucune difficulté pour nager. Il était à égalité de chances avec ceux qui n'avaient pas de pied-bot.

En France, l'usage du mot dans le langage social, puis médical, date des années 1950. Il sera officialisé avec les grands textes de loi sur les personnes handicapées (1957, 1975, 1987, 1990). « Handicap » doit son succès à la nécessité de remplacer les termes réducteurs, négatifs et stigmatisants habituellement utilisés pour désigner une différence corporelle (infirmité), génératrice d'une limitation ou de la perte des aptitudes fonctionnelles (invalidité, incapacité, impotence), cause d'inadaptation sociale.

La difficulté pour une société humaine d'accepter la présence de personnes handicapées allant de pair avec celle de définir qui elles sont a eu pour conséquence la contestation du mot lui-même. Cela est particulièrement net aux États-Unis où il est pratiquement banni et remplacé par un ancien mot français devenu intraduisible dans notre langue : disability. Ce mot évoque une privation de capacité, un déséquilibre, sous-entendant une perte non définitive, un retour à l'équilibre possible. Une autre tendance actuelle est d'insister sur l'altérité, état affectant les personnes aux « habilités différentes » (en anglais, different abilities) évitant de mettre l'accent sur les déformations du corps.

Les deux courants de l'handicapologie contemporaine

Dans ce que l'on appellera l'handicapologie contemporaine, deux courants se sont dessinés : l'un, que l'on peut qualifier de « médicalisé », qui souligne les atteintes corporelles (déficiences) et leur mesure en pourcentages, l'autre, anthropologique et social, qui met en avant la personne et son environnement. En effet, le handicap est un phénomène social ou sociétal qui résulte d'une confrontation entre l'homme avec ses capacités ou aptitudes et les exigences du milieu dans lequel il vit. Ces deux positions sont antinomiques et débouchent sur des choix politiques et sociaux très différents : la première identifie les déficiences et conduit à proposer des compensations individuelles pour égaliser les chances, la seconde considère que le phénomène du handicap concerne toute la société et que c'est l'ensemble du cadre social qui doit être modifié pour ne plus créer de situations de handicap.

Les courants anthropologiques et psycho-sociaux sont actuellement représentés par deux équipes : l'une québécoise, qui développe le concept de processus de production des handicaps, et l'autre franco-portugaise avec des collaborations tunisiennes et montréalaises, qui propose le Système d'identification et de mesure des handicaps (S.I.M.H.). La notion de quantification des altérations et difficultés est essentielle pour connaître les besoins des personnes handicapées. Ces recherches sont proches des travaux initiés dans les années 1980 par Pierre Minaire sur les handicaps de situations.

Selon la proposition franco-portugaise (Créteil-Porto) de définition juridique et sociale du handicap (2004) : « Constitue une situation de handicap le fait, pour une personne, de se trouver, de façon durable, limitée dans ses activités personnelles ou restreinte dans sa participation à la vie sociale du fait de la confrontation interactive entre, d'une part, ses fonctions physiques, sensorielles, mentales et psychiques lorsqu'une ou plusieurs sont altérées et, d'autre part, les contraintes de son cadre de vie. »

Ces redéfinitions du handicap qui ont permis de passer de « l'infirme » au « handicapé », puis à la « personne handicapée » et, enfin, à « la personne en situation de handicap » doivent faire très attention aux mots utilisés et éviter ceux qui dévalorisent ou humilient, pour déboucher sur une véritable « promotion » de la personne qui vit des situations de handicap. En effet, la raison fondamentale de l'exclusion reste ici culturelle, à travers les représentation négatives de « l'infirme » (faible), du « monstre » (dangereux), de « l'anormal » (souillé et impur) et, d'une façon générale, de tout ce qui diffère, par l'aspect ou le comportement de la norme sociale.

Auteur: Claude HAMONET
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