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Définition de : HÉRÉDITÉ

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Article publié par Encyclopaedia Universalis HÉRÉDITÉ De nos jours, la notion d'hérédité est étroitement associée à une discipline biologique particulière, la génétique, souvent qualifiée pour cette raison de « science de l'hérédité ». Toutefois, cette association n'a de sens que pour une époque historique circonscrite. D'une part, l'hérédité n'a pas toujours été e un concept biologique. Ce n'est qu'au xix siècle que ce terme a pris la signification qu'il a maintenant, à savoir celle de transmission biologique des caractères. D'autre part, aujourd'hui même, il n'est plus du tout évident de définir la génétique par la seule référence à l'hérédité. Il n'empêche que l'émergence du concept moderne d'hérédité a été un phénomène culturel majeur : une notion formée notamment dans le domaine du droit – et, secondairement, de la médecine – est devenue l'un des concepts centraux de la biologie. L'évolution du concept Formes savantes issues du latin heres, heredis (« héritier »), les termes hérédité et héréditaire ont d'abord en français une acception juridique. Ils expriment l'un et l'autre la notion d'héritage par succession et sont d'usage en ce sens dans la société d'Ancien Régime marquée par des privilèges de naissance, l'hérédité de la monarchie et celle des titres et des charges. Dès le e xvi siècle, on voit cependant apparaître un usage collatéral de l'adjectif par les médecins dans l'expression « maladies héréditaires ».
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HÉRÉDITÉ

De nos jours, la notion d'hérédité est étroitement associée à une discipline biologique particulière, la génétique, souvent qualifiée pour cette raison de « science de l'hérédité ». Toutefois, cette association n'a de sens que pour une époque historique circonscrite. D'une part, l'hérédité n'a pas toujours été un concept biologique. Ce n'est qu'au xixe siècle que ce terme a pris la signification qu'il a maintenant, à savoir celle de transmission biologique des caractères. D'autre part, aujourd'hui même, il n'est plus du tout évident de définir la génétique par la seule référence à l'hérédité.

Il n'empêche que l'émergence du concept moderne d'hérédité a été un phénomène culturel majeur : une notion formée notamment dans le domaine du droit – et, secondairement, de la médecine – est devenue l'un des concepts centraux de la biologie.

L'évolution du concept

Formes savantes issues du latin heres, heredis (« héritier »), les termes hérédité et héréditaire ont d'abord en français une acception juridique. Ils expriment l'un et l'autre la notion d'héritage par succession et sont d'usage en ce sens dans la société d'Ancien Régime marquée par des privilèges de naissance, l'hérédité de la monarchie et celle des titres et des charges. Dès le xvie siècle, on voit cependant apparaître un usage collatéral de l'adjectif par les médecins dans l'expression « maladies héréditaires ». À la fin du xviiie siècle, le terme hérédité connotait donc, en médecine et en droit, la transmission de caractères d'exception : soit des états morbides (discours médical), soit des privilèges (discours juridique).

L'émergence de la notion d'hérédité naturelle au xixe siècle s'est accompagnée d'un changement profond de l'usage et de la signification du mot hérédité. Tandis que, sur le terrain juridique et politique, le mot cessait de connoter la transmission inégalitaire des privilèges, les médecins, bientôt suivis par les naturalistes, ont procédé à une dépathologisation de la notion d'hérédité. Vers 1840, le concept d'hérédité était clairement établi au sens d'une cause biologique générale agissant chez tous les êtres vivants et s'appliquant en principe à tous leurs caractères.

Dans les années 1850-1860, l'hérédité devient un principe biologique majeur. On ignore tout de son mécanisme d'action, mais elle est invoquée dans de nombreux aspects théoriques et pratiques des sciences de la vie : l'amélioration des espèces domestiques ; l'évolution (Charles Darwin en fait une condition nécessaire du principe de sélection naturelle) ; l'explication par Louis Pasteur des maladies des vers à soie par une moindre résistance de certaines lignées de ces animaux, puis l'exploitation pour produire des vaccins de la notion de souche (variation dans la virulence des microbes pathogènes). Comme la gravitation naturelle de Newton, l'hérédité est alors connue par ses effets, mais inconnue dans son mécanisme.

Dans le dernier tiers du xixe siècle, l'hérédité cesse d'être seulement un principe, et devient l'une des grandes énigmes théoriques des sciences de la vie. Cette époque voit se développer une intense spéculation théorique qui laissera sa trace dans la future génétique : rejet catégorique de la notion d'hérédité des caractères acquis (August Weismann) ; dissociation progressive des notions d'hérédité et de développement ; alternative entre une conception de l'hérédité comme une force d'intensité variable et une conception qui en fait (hypothétiquement) une structure matérielle. Corrélativement, l'hérédité fait l'objet d'approches plus empiriques : Francis Galton applique des méthodes statistiques et s'efforce de construire une science populationnelle de l'hérédité (1872) ; les cytologistes découvrent les chromosomes et en font les supports des qualités héréditaires (1880-1890). Enfin, la même époque voit naître et se diffuser l'idéologie eugéniste, étroitement liée à une conception héréditariste des qualités mentales et morales de l'homme. Galton, qui a forgé le mot « eugénique » (1883) et le programme (sélection artificielle de l'homme par l'homme), était hanté par la dégénérescence des sociétés européennes et rêvait d'une société revigorée par un contrôle des mariages sur la base des qualités héréditaires des individus. Quel que soit le jugement qu'on porte sur ce sujet, l'eugénisme – ainsi que l'horticulture et l'élevage animal – a constitué un facteur historique important de développement de la science de l'hérédité pendant cette période.

La science de l'hérédité

L'année 1900 est celle de la redécouverte simultanée des lois de Mendel par trois botanistes, Hugo De Vries, Karl Correns et Éric von Tschermak. En moins de cinq ans, les lois de l'hybridation, établies par Gregor Johann Mendel en 1865 mais ignorées pendant trente-cinq ans, deviennent la base d'une nouvelle science, nommée génétique en 1906. Le darwinisme impose en effet désormais à la science le souci des origines et de la filiation des espèces. Les lois mendéliennes, originellement dégagées à propos du phénomène particulier de l'hybridation des sous-espèces (races ou variétés), deviennent des lois générales de la transmission des caractères chez les organismes sexués. L'approche mendélienne de l'hérédité a plusieurs aspects remarquables : elle est élémentariste, les gènes (terme introduit en 1909) étant en quelque sorte des atomes héréditaires ; elle met l'accent sur la constitution présente du matériau héréditaire (génotype), plutôt que sur l'héritage ancestral ; elle prend la forme d'un calcul probabiliste, qui permet de prédire la distribution statistique des caractères dans la descendance.

À partir des années 1910, la génétique mendélienne trouve une première interprétation matérielle dans la théorie chromosomique de l'hérédité, qui traite les gènes comme des entités localisées sur les chromosomes. Mais ce n'est pas pour autant que les gènes deviennent des objets matériels bien définis : jusque dans les années 1950, ce seront des entités dont les caractères physiques (taille, poids), la nature chimique (molécules ? assemblage de molécules ? organites infracellulaires ?) et le mode d'action physiologique resteront énigmatiques. Dans la génétique classique, les gènes sont d'abord et avant tout des unités de fonction (ils déterminent un phénotype). Inaccessibles à une observation directe et à une caractérisation matérielle, ces unités ont le statut épistémologique d'entités théoriques et hypothétiques.

L'avènement de la biologie moléculaire

Dans la seconde moitié du xxe siècle, la biologie moléculaire a apporté une caractérisation matérielle des gènes. Leur structure matérielle a été identifiée : ce sont des séquences d'ADN. En devenant une science « moléculaire » qui s'attache à l'expression des gènes, la génétique a cessé d'être seulement une science de la transmission des caractères. Elle est devenue un nouveau langage commun pour l'ensemble des sciences de la vie. Les structures et les mécanismes dont elle traite ne réalisent pas seulement la transmission des caractères d'une génération à l'autre, ce sont aussi les pièces centrales de la machinerie physiologique de toute cellule, dans tout organisme et à tout instant. Cette impressionnante construction scientifique n'est pas seulement une affaire théorique. Elle a une portée sociale et pratique, souvent mal comprise. Nous ne vivons plus dans un monde où l'hérédité constitue une propriété biologique sur laquelle les hommes ne pourraient agir qu'en contrôlant la reproduction des organismes (et donc aussi des êtres humains). D'une certaine manière, le vieil univers conceptuel, technique et social de l'hérédité est aujourd'hui dissous. Ce que nous préférons appeler aujourd'hui le « génétique » est quelque chose sur quoi nous savons et prétendons pouvoir agir directement, du vivant même de l'individu, avec l'alibi de vouloir en préserver la « normalité ».

Il est vrai que les techniques de procréation médicalement assistée, d'interruption de grossesse après diagnostic génétique péjoratif ou de sélection des embryons in vitro sont dans la continuité des pratiques héréditaristes et eugénistes nées au xixe siècle. Toutefois, les techniques utilisées n'ont pas pour but de modifier la lignée à long terme, mais le phénotype du seul enfant à naître, quand il ne s'agit pas seulement d'en refuser la naissance. En outre, dans les biotechnologies et en médecine, lorsque les gènes sont pris pour cible par les substances modulatrices c'est en tant que ressource physiologique analogue à d'autres (proenzyme, hormone, etc.) et non comme dépositaire des caractéristiques de la lignée héréditaire.

Auteur: Jean GAYON
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