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Définition de : HÉRÉSIE /SCHISME

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Article publié par Encyclopaedia Universalis HÉRÉSIE /SCHISME Le terme « hérésie » vient du grec hairesis qui veut dire le choix que l'on fait, l'école que l'on préfère, le parti que l'on prend. Il revêt le sens plus précis d'école philosophique à la période classique sans qu'aucun jugement de valeur n'y soit attaché. Avec le développement du christianisme, le terme prend un sens péjoratif, finalement retenu dans la langue latine et française. L'hérésie est une doctrine qui s'oppose à la foi professée par l'Église en place. Quant au terme « schisme », passé tel quel du grec au latin (schisma), il désigne la fente, la séparation. Employée dans les textes dès les premiers siècles du christianisme, la notion de schisme exprime un refus individuel ou collectif de se soumettre à l'autorité religieuse légitime. DDééffiinniittiioonn tthhééoollooggiiqquuee dduu sscchhiissmmee eett ddee ll''hhéérrééssiiee Dans leurs acceptions religieuses traditionnelles, l'hérésie est une opposition volontaire sur le contenu de la foi, un rejet partiel des dogmes de l'Église, tandis que le schisme est une séparation volontaire de la communion ecclésiale, sans forcément renoncer aux dogmes. Théoriquement, il peut donc y avoir schisme sans hérésie, et hérésie sans schisme. Mais, en pratique, un schisme consommé évolue généralement vers la définition d'une nouvelle doctrine ecclésiale considérée par l'Église mère comme hérétique.
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HÉRÉSIE /SCHISME

Le terme « hérésie » vient du grec hairesis qui veut dire le choix que l'on fait, l'école que l'on préfère, le parti que l'on prend. Il revêt le sens plus précis d'école philosophique à la période classique sans qu'aucun jugement de valeur n'y soit attaché. Avec le développement du christianisme, le terme prend un sens péjoratif, finalement retenu dans la langue latine et française. L'hérésie est une doctrine qui s'oppose à la foi professée par l'Église en place.

Quant au terme « schisme », passé tel quel du grec au latin (schisma), il désigne la fente, la séparation. Employée dans les textes dès les premiers siècles du christianisme, la notion de schisme exprime un refus individuel ou collectif de se soumettre à l'autorité religieuse légitime.

Définition théologique du schisme et de l'hérésie

Dans leurs acceptions religieuses traditionnelles, l'hérésie est une opposition volontaire sur le contenu de la foi, un rejet partiel des dogmes de l'Église, tandis que le schisme est une séparation volontaire de la communion ecclésiale, sans forcément renoncer aux dogmes. Théoriquement, il peut donc y avoir schisme sans hérésie, et hérésie sans schisme. Mais, en pratique, un schisme consommé évolue généralement vers la définition d'une nouvelle doctrine ecclésiale considérée par l'Église mère comme hérétique. Et une hérésie dénoncée, et dès lors pourchassée, mène le plus souvent à un schisme de fait, si elle parvient à prospérer malgré les persécutions.

Dès les premiers siècles du christianisme, les autorités de l'Église chrétienne sont confrontées à des dissensions idéologiques et/ou sociopolitiques qui menacent l'unité doctrinale et institutionnelle de l'Église. Augustin, évêque d'Hippone, dans sa lutte difficile contre les donatistes au début du ve siècle, dénonce les schismatiques qui s'écartent de la charité fraternelle par des divisions impies et accuse les hérétiques de violer la foi par leur fausse conception de Dieu. Avec l'affirmation de la suréminence de l'évêque de Rome au moment de la partition entre l'Orient et l'Occident et de la mise en place de la réforme grégorienne, au xie siècle, l'accent est mis sur l'aspect de rébellion impie que constitue le schisme. L'hérésie, en tant que doctrine s'opposant immédiatement et directement à la vérité révélée par Dieu et proposée authentiquement comme telle par l'Église, est plus qu'un jugement erroné ou une simple infidélité au message de Dieu. Les Pères de l'Église et, à leur suite, les théologiens médiévaux sont d'ailleurs confortés dans leur condamnation par les châtiments que prévoit l'Ancien Testament pour les hérétiques. Thomas d'Aquin qualifie l'hérésie d'injure à Dieu, le péché le plus grave après celui de la haine de Dieu.

Le schisme et l'hérésie dans les droits canonique et civil

Les schismes qui ont affecté l'Église des premiers temps (schismes de Novatien, de Donat, d'Arius) ont été sévèrement condamnés par une série de conciles (Elvire en 306, Arles en 314, Nicée en 325). Le concile d'Antioche de 341, première élaboration de droit canonique, récapitule ces condamnations et la peine prévue : l'excommunication pleine et entière, qui a été appliquée systématiquement au cours de l'histoire. Que ce soit à l'occasion du schisme d'Orient (1414-1418) qui consacre la partition de la chrétienté en deux confessions indépendantes, la catholique et l'orthodoxe, ou lors du schisme d'Occident qui a vu jusqu'à trois papes se disputer simultanément le Saint-Siège (1378-1417), des excommunications ont été solennellement prononcées de part et d'autre. Des séries d'excommunications ont continué d'être prononcées par la papauté jusqu'à nos jours (lors des schismes protestants du temps des Réformes, de la grave division de l'Église catholique entraînée par le jansénisme aux xviie et xviiie siècles, de la rébellion, en France, de la « petite Église » qui a refusé de se soumettre au Concordat de 1801, du schisme des vieux-catholiques qui n'ont pas voulu adhérer au nouveau dogme de l'infaillibilité pontificale proclamé par le premier concile du Vatican (1869-1870), et de l'épisode schismatique des partisans de Mgr Lefebvre à la fin des années 1970).

Les canons ecclésiastiques punissent l'hérésie par une excommunication qui ne pouvait être levée que par le pape lui-même. Le pouvoir temporel, d'abord représenté par les empereurs chrétiens, a appuyé cette condamnation ecclésiastique par une peine civile, qui allait du bannissement à la peine de mort. Avec l'apparition, au xiie siècle, de l'Inquisition, institution papale spécialisée dans le traitement de l'hérésie, ces peines ont été aggravées. L'hérésie est devenue un cas de lèse-majesté à la fois divine et royale, toujours passible de mort sur le bûcher après le procès inquisitorial. Ces condamnations ont concerné les hérésies manichéennes comme le catharisme (xiie-xiiie siècle), mais aussi le mouvement hussite en Bohême (xve-xviie siècle), les disciples de Wycliff (xive siècle), le mouvement vaudois (xiie-xviie siècle). Le luthéranisme et le calvinisme apparus au xvie siècle, et toutes les dénominations protestantes qui en sont issues ont été réunis sous le vocable d'hérésies et poursuivis comme telles par les autorités catholiques. Le crime d'hérésie n'a disparu en France qu'avec la Révolution française, et plus tardivement encore dans les autres pays européens.

Dans les confessions chrétiennes autre que catholique, la théologie du schisme et de l'hérésie a été moins durablement enseignée et appliquée. Dans les Églises orthodoxes, la notion de schisme est uniquement valable à l'échelle locale ou nationale. Pour les protestants, en dehors de la Haute Église anglicane (la tendance épiscopalienne restée proche du catholicisme), le schisme n'est pas spécialement reconnu ou condamné. En revanche, le crime d'hérésie a été à l'origine de poursuites religieuses et civiles qui s'apparentaient tout à fait à celles qu'engageaient les autorités catholiques à la même époque (le bûcher de Michel Servet en 1553 dans la Genève de Calvin est à cet égard emblématique, mais on peut également citer les chasses aux sorcières du siècle suivant dans l'Europe et l'Amérique protestante). Ces poursuites ont été cependant assez rapidement abandonnées devant la multiplication des mouvements centrifuges émanant des diverses communautés protestantes.

L'Église catholique définit encore, au canon 751 du Code canonique de 1983, l'hérésie comme : « la négation obstinée, après la réception du baptême, d'une vérité qui doit être crue de foi divine et catholique, ou le doute estimé sur cette vérité », et le schisme comme le « refus de soumission au pontife suprême ou de communion avec les membres de l'Église qui lui sont soumis ». Les sanctions pénales envers les schismatiques et les hérétiques sont maintenues, mais, depuis le deuxième concile du Vatican et la Déclaration sur la liberté religieuse (1965), ne s'adressent qu'aux seuls catholiques ayant créé des Églises séparées ou ayant abjuré leur foi catholique première. Les orthodoxes, les vieux-catholiques et les protestants sont simplement qualifiés de « frères séparés ». Mais l'intercommunion qui est encouragée avec les orthodoxes et les catholiques dissidents n'est pas encore à l'ordre du jour avec les autres confessions chrétiennes auxquelles s'appliquent encore des interdictions formulées par le code de 1917.

De la même manière, les mots schisme et hérésie ont gardé un sens tout à fait péjoratif dans leur acception laïcisée où ils expriment l'idée de dissension, de rupture et de forme la plus forte de mésentente intellectuelle. Par analogie avec l'histoire des religions, ils sont appliqués en histoire politique à des tendances dissidentes, particulièrement dans le cadre des idéologies sociopolitiques à visées universalisantes ou totalisantes de l'époque contemporaine. Cette extension du sens de schisme et d'hérésie dans le vocabulaire profane met particulièrement en relief le problème de l'usage de ces notions qui impliquent un fort jugement de valeur et une division très manichéenne entre le bien et le mal (quelle qu'en soit la définition). Le schismatique, l'hérétique, c'est toujours l'autre, l'adversaire, l'opposant.

Auteur: Valentine ZUBER
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