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Définition de : IMMUNITÉ ET IMMUNISATION

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Article publié par Encyclopaedia Universalis IMMUNITÉ ET IMMUNISATION e Depuis le xix siècle, la notion d'immunité exprime le niveau de protection d'une personne vis-à-vis des effets négatifs de son environnement. Apparu dans le e vocabulaire juridique au xiii siècle, le terme immunité, directement issu du latin immunitas, définit d'abord les ensembles de règles et de privilèges qui permettent à des personnes particulières d'être exemptées de charges ou soustraites aux juridictions communes. La notion de protection exceptionnelle d'un individu en raison des fonctions qu'il exerce continue d'inspirer des régimes juridiques comme celui de l'immunité parlementaire ou de l'immunité diplomatique. À partir de 1866, ce mot sera utilisé par des médecins pour désigner parfois l'état d'une personne, mais plutôt la propriété, la caractéristique, d'un organisme d'être ou de devenir insensible à une maladie et, par extension, d'être spontanément ou de devenir réfractaire à un agent pathogène donné. Encore mal défini dans les textes de l'époque, ce mot gardera longtemps le sens courant, intuitif, de protection ou de mithridatisation, celui qui traduit l'état de résistance à la répétition d'attaques tant physiques que psychologiques.
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IMMUNITÉ ET IMMUNISATION

Depuis le xixe siècle, la notion d'immunité exprime le niveau de protection d'une personne vis-à-vis des effets négatifs de son environnement. Apparu dans le vocabulaire juridique au xiiie siècle, le terme immunité, directement issu du latin immunitas, définit d'abord les ensembles de règles et de privilèges qui permettent à des personnes particulières d'être exemptées de charges ou soustraites aux juridictions communes. La notion de protection exceptionnelle d'un individu en raison des fonctions qu'il exerce continue d'inspirer des régimes juridiques comme celui de l'immunité parlementaire ou de l'immunité diplomatique. À partir de 1866, ce mot sera utilisé par des médecins pour désigner parfois l'état d'une personne, mais plutôt la propriété, la caractéristique, d'un organisme d'être ou de devenir insensible à une maladie et, par extension, d'être spontanément ou de devenir réfractaire à un agent pathogène donné. Encore mal défini dans les textes de l'époque, ce mot gardera longtemps le sens courant, intuitif, de protection ou de mithridatisation, celui qui traduit l'état de résistance à la répétition d'attaques tant physiques que psychologiques.

Bases scientifiques du phénomène immunitaire

Cependant, avec les progrès rapides de l'immunologie, la science des mécanismes de l'immunité des organismes vis-à-vis des agents pathogènes, le terme immunité va prendre vers la fin du xixe siècle son contenu scientifique et médical actuel. L'étude des phénomènes qui se produisent dans l'organisme en réponse à l'intrusion d'une substance étrangère amène à définir plusieurs types d'immunité, qui correspondent à autant de groupes de mécanismes. Élie Metchnikoff apporte la notion d'immunité naturelle ou spontanée (comme celle qu'assurent les macrophages qui absorbent microbes et particules, ou les muqueuses qui s'opposent à la pénétration des microbes). Cette immunité non spécifique, qui ne fait pas la différence entre familles de pathogènes, constitue la première ligne de défense de l'organisme.

Entre 1890 et 1900, Emil von Behring, Paul Erlich et Shibasaburo Kitasato découvrent ce que cache sur le plan moléculaire la notion d'immunité spécifique : elle est une réponse à l'intrusion d'un antigène caractéristique d'une molécule ou d'un organisme étranger au receveur et est assurée par des anticorps spécifiques des antigènes. Vers 1960, on découvrira qu'elle est également assurée par des cellules tueuses agissant de façon spécifique contre un antigène, particulièrement dans les réponses contre les virus. Le maintien dans le temps de ces réponses spécifiques est lié à la persistance d'une « mémoire immunitaire » qui prolonge dans le temps l'immunité initiale dans quelques clones cellulaires spécifiques sélectionnés. Les notions de soi et de non-soi ont été initialement associées au fait que la réponse immunitaire spécifique était observée contre des organismes ou molécules qui diffèrent des composants du sujet. Ces notions restent certes opérationnelles, mais sont désormais considérées comme le produit dynamique de mécanismes régulateurs complexes impliquant facteurs solubles et cellules, dont un extrême est la tolérance à une molécule quelconque et l'autre son rejet. La rupture de tolérance à un composant du soi entraîne un processus pathologique qualifié d'auto-immun. L'immunité passive par transfert du sérum riche en anticorps est rationalisée par Émile Roux en 1894, dans le cadre de la sérothérapie antidipthérique. Si on y ajoute l'allergie, découverte au début du xxe siècle, les réponses cellulaires spécifiques d'antigènes plus tardivement identifiées et les rejets de greffe d'origine immunologique, les différents aspects de la notion d'immunité, en se recouvrant partiellement, définissent la totalité du champ de l'immunologie. De nos jours, on dira qu'une réponse immunitaire à une molécule est presque invariablement le produit de la coopération de ces différentes facettes de l'immunité. Le terme immunité a donc retrouvé sa dimension intégratrice avec un contour bien défini.

Applications de l'immunologie

La notion d'immunisation, quant à elle, suppose une opération réalisée sur un organisme et qui vise à manipuler de quelque manière son immunité, ses réponses immunitaires. Le mot est apparu un peu plus tardivement que celui d'immunité. Il apparaît en effet dans la littérature scientifique et médicale française vers 1890. Il est largement employé dans le contexte précis de la description des protocoles expérimentaux de Louis Martin et Émile Roux : l'injection à un animal d'une toxine diphtérique de virulence atténuée permet l'induction d'une réponse neutralisante de la toxine, réponse qui se révèle protectrice de l'animal et de l'homme contre la diphtérie. L'immunisation désigne donc d'emblée un ensemble d'actions, un ensemble codifié de procédures, qui permettent d'introduire dans un organisme une substance dérivée d'un agent pathogène ou un agent pathogène de virulence atténuée dans le but d'assurer de manière stable et reproductible la protection de l'organisme contre ce dernier. L'immunisation produit une amplification d'un ou de plusieurs aspects de l'immunité, et surtout de l'immunité spécifique humorale (les anticorps) et/ou cellulaire (les cellules tueuses). L'immunisation peut être active et préventive : elle protège alors directement de la maladie l'individu immunisé contre l'agent de cette maladie. Elle peut être passive et curative par transfert du sérum d'un individu immunisé à un autre qui ne l'est pas : ainsi le sérum d'un sujet immunisé contre la toxine tétanique protège-t-il du tétanos, du moins dans certaines conditions, la personne à qui on l'injecte. Cette propriété est la base pratique de la sérothérapie.

On voit que la notion d'immunisation active se superpose partiellement à la notion de vaccination. Mais les deux termes ne sont pas perçus de la même manière. À l'origine, le terme « vaccination » désignait la protection induite contre la variole humaine par introduction préventive chez l'enfant d'un agent de virulence atténuée proche de la variole, l'agent de la vaccine bovine. À partir des années 1860, l'emploi du mot vaccination s'élargira à toute manipulation préventive contre des maladies infectieuses et deviendra communément admis avec les succès de la vaccination contre le choléra des poules, le charbon et la rage. Au début du xxe siècle, avec la séparation nette entre vaccins (préventifs) et sérums (curatifs), on parlera désormais seulement de sujets vaccinés pour désigner les individus immunisés de manière préventive contre un pathogène quelconque. Le terme immunisation a pris une connotation dominante de pratique scientifique et expérimentale. Le mot vaccination a gardé le sens large admis au milieu du xixe siècle et popularisé par les premières pratiques pasteuriennes : il désigne les procédures collectives, admises, d'immunisation réalisées à des fins préventives ou, plus rarement, thérapeutiques (comme dans le cas des vaccins anticancers) ; il a acquis une dimension presque exclusivement médicale et administrative en médecine préventive et dans l'industrie pharmaceutique.

Auteur: Gabriel GACHELIN
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