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Définition de : IMPROVISATION, musique

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Article publié par Encyclopaedia Universalis IMPROVISATION, musique Improviser, dans quelque domaine que ce soit, signifie avant tout être capable de réagir sur le moment, d'une manière à la fois subtile et objective, à des conditions imposées. Autrement dit, s'ouvrir à une chose, à une personne ou à un événement avec le minimum d'intentions, de préjugés, de règles et de principes préconçus. L'acte d'improviser signifie se rapprocher à tâtons, précautionneusement, d'un certain ordre, et aussi être capable de mettre suffisamment en retrait ses idées préalables et ses appréhensions pour qu'autre chose puisse surgir. L'improvisation représente toujours le choc de deux éléments : l'appris et l'inconnu, l'acte programmé et le laisser venir, le structuré et le chaotique. IImmpprroovviissaattiioonn eett ccoommppoossiittiioonn Dans la musique occidentale, l'improvisation et la composition sont devenues deux cultures musicales distinctes. Essayer de concilier musique classique et improvisation, c'est un peu comme vouloir organiser une rencontre entre deux frères qui ne seraient pas parlé depuis plusieurs années. Dans le quotidien de la vie musicale, elles se contentent de s'ignorer plus ou moins, quitte à éprouver parfois un léger agacement, ou une secrète envie. Les « partisans de la liberté » considèrent la musique classique comme une tradition enfouie sous un amas de règles poussiéreuses et de chinoiseries techniques.
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IMPROVISATION, musique

Improviser, dans quelque domaine que ce soit, signifie avant tout être capable de réagir sur le moment, d'une manière à la fois subtile et objective, à des conditions imposées. Autrement dit, s'ouvrir à une chose, à une personne ou à un événement avec le minimum d'intentions, de préjugés, de règles et de principes préconçus. L'acte d'improviser signifie se rapprocher à tâtons, précautionneusement, d'un certain ordre, et aussi être capable de mettre suffisamment en retrait ses idées préalables et ses appréhensions pour qu'autre chose puisse surgir.

L'improvisation représente toujours le choc de deux éléments : l'appris et l'inconnu, l'acte programmé et le laisser venir, le structuré et le chaotique.

Improvisation et composition

Dans la musique occidentale, l'improvisation et la composition sont devenues deux cultures musicales distinctes. Essayer de concilier musique classique et improvisation, c'est un peu comme vouloir organiser une rencontre entre deux frères qui ne seraient pas parlé depuis plusieurs années. Dans le quotidien de la vie musicale, elles se contentent de s'ignorer plus ou moins, quitte à éprouver parfois un léger agacement, ou une secrète envie. Les « partisans de la liberté » considèrent la musique classique comme une tradition enfouie sous un amas de règles poussiéreuses et de chinoiseries techniques. De leur côté, les musiciens classiques prennent rarement tout à fait au sérieux les improvisateurs. C'est omettre que la voie artistique de l'improvisation demande beaucoup de préparation et de savoir-faire.

Pourtant, cette séparation chirurgicale entre musique composée et musique improvisée n'est pas si ancienne. Presque toute la musique d'orgue des xviie et xviiie siècles est issue des musiques jouées à l'occasion des messes dominicales, et la plupart des organistes aujourd'hui encore improvisent. Dans le domaine de la musique dite savante, les organistes sont d'ailleurs les seuls instrumentistes à recevoir une formation en improvisation dans les conservatoires, alors que, au xixe siècle encore, il n'y avait guère d'interprètes qui ne fussent capables d'improviser sur un thème donné. Niccolò Paganini écrivait alors dans une lettre : « Parmi mes obligations, il y a celle de donner deux fois par semaine un concert au cours duquel j'improvise sur un accompagnement à l'avance, puis j'élabore le thème au cours de l'improvisation. »

Au xxe siècle même, certains artistes ont attiré l'attention sur la relation étroite entre improvisation et composition. Chef d'orchestre et compositeur, Wilhelm Furtwängler considère l'improvisation comme la base de tout ; dans ses nombreux textes consacrés à la musique, il affirme en effet qu'il n'existe aucune forme ou technique de composition qui n'ait son origine dans l'improvisation. Dans son Esquisse d'une nouvelle esthétique de la musique (1907), Ferruccio Busoni écrit : « La notation [...] n'est rien d'autre qu'un truc ingénieux pour fixer une improvisation et la faire renaître. » Arnold Schönberg appelle la composition « une improvisation ralentie » (Le Style et l'idée). À l'inverse, le musicien de jazz Misha Mengelberg qualifie l'improvisation de « composition instantanée », selon une expression désormais consacrée.

Pourtant, malgré un riche passé, l'improvisation mène une existence marginale et plutôt déshéritée dans le quotidien des interprètes classiques. Jusqu'à il y a peu, quelques musiciens improvisaient encore – ainsi les pianistes Samson François ou Friedrich Gulda –, mais ce n'étaient que des exceptions.

Vladimir Horowitz, connu pour sa technique pianistique phénoménale, avouait parfois qu'il avait un modèle caché, le pianiste de jazz Art Tatum, qu'il allait régulièrement écouter en concert. Horowitz savait improviser, mais sa grande spécialité était de complexifier des cadences de pièces déjà très virtuoses. C'est ainsi que parmi ses nombreuses versions enregistrées des Études d'exécution transcendante de Franz Liszt, il existe une version où il a réécrit les cadences finales après avoir improvisé dessus pendant de nombreuses années.

Pourquoi l'improvisation nous est-elle devenue aujourd'hui si étrangère que nous avons du mal à la relier au concept de musique classique ou savante ? La tendance moderne à être fidèle à l'œuvre a réduit comme une peau de chagrin l'espace de liberté improvisatrice des interprètes. De plus, les moyens techniques de reproduction, avec leurs exigences d'exactitude, contraignent les interprètes à se surveiller. Par ailleurs, la musique classique s'étant techniquement complexifiée tout au long du xixe siècle, demandant toujours plus de virtuosité, il est vrai qu'elle laisse peu de liberté à l'interprète.

L'improvisation en jazz : une tradition qui perdure

Le jazz est une musique de tradition orale et en grande partie improvisée, mais les arrangements pour grands orchestres (les big bands) et les petites formations (les combos) sont nombreux, et il est rare que les thèmes n'aient pas été écrits. Cependant, même lorsque ces thèmes extrêmement connus sont écrits, et qu'ils deviennent des standards, il n'est pas rare d'en rencontrer différentes versions. L'écriture de ces thèmes laisse généralement une grande liberté d'interprétation et la possibilité aux musiciens d'improviser.

Interpréter un standard se déroule généralement en trois étapes. Les musiciens exposent le thème, qui peut être précédé d'une introduction originale. Viennent ensuite des improvisations d'un ou plusieurs solistes sur un canevas harmonique lu en boucle, et la réexposition du thème.

On appelle familièrement chorus (qui signifie à l'origine chœur ou refrain en anglais), la phrase improvisée des solistes. Beaucoup de standards sont d'anciennes chansons à succès, limitées à une seule partie du refrain. Improviser sur le thème revient donc à jouer sur le chorus lui-même et, par extension, à le faire.

Ces improvisations peuvent être très proches de la mélodie d'origine, avec des ornementations plus ou moins développées, ou bien s'en écarter totalement. Dans ce cas, seule la progression des harmonies rattache le discours du soliste au thème initial. Pendant un solo de batterie, ces harmonies sont même vouées à disparaître, laissant alors à l'interprète le seul décompte des mesures pour repère.

Si l'on fait exception du jazz, on improvise peu aujourd'hui dans le monde occidental. Même la musique populaire ne pratique pas l'improvisation ; il s'agit plutôt de variantes d'interprétation ou de « remix ». En revanche, dans les pays orientaux comme l'Inde, l'Asie du Sud-Est, la Chine, l'improvisation se pratique beaucoup, que ce soit à partir de thèmes populaires ou plus savants.

Auteur: Antoine GARRIGUES