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Définition de : INCONSCIENT

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Article publié par Encyclopaedia Universalis INCONSCIENT Sigmund Freud n'a pas créé le terme « inconscient » (Unbewusste) et on peut retracer l'histoire de la notion préfreudienne d'inconscient (Henri F. Ellenberger, Histoire de la découverte de l'inconscient, 1970), de saint Augustin à la philosophie romantique allemande, avec Carl Gustav Carus ou Arthur Schopenhauer en passant par Eduard von Hartmann (Philosophie de l'inconscient, 1869), sans oublier les travaux de Pierre Janet (L'Automatisme psychologique, 1889). Mais c'est à juste titre qu'il a qualifié sa découverte de « révolution copernicienne ». L'inconscient freudien, dira Jacques Lacan, n'a rien à faire avec les formes dites de l'inconscient qui l'ont précédé. Il n'est pas le plus ou moins conscient, ni l'inconscient romantique de la création imaginante. Invention de l'inconscient Son apparition constitue en effet une remise en cause de l'hégémonie de la conscience et de l'empire du sujet sur lui-même que plusieurs siècles de philosophie avaient élaborés, à la suite du cogito cartésien. À l'orée du e xx siècle, la conscience humaine, désassujettie de la cosmologie religieuse, est invitée à constater qu'elle est asservie à ses propres profondeurs. Elle se voit dépossédée de ses privilèges, et soumise à ces nouveaux êtres mythiques que sont les pulsions, « grandioses dans leurs indéterminations ». Et « le Moi n'est pas même le maître dans sa propre maison ».
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INCONSCIENT

Sigmund Freud n'a pas créé le terme « inconscient » (Unbewusste) et on peut retracer l'histoire de la notion préfreudienne d'inconscient (Henri F. Ellenberger, Histoire de la découverte de l'inconscient, 1970), de saint Augustin à la philosophie romantique allemande, avec Carl Gustav Carus ou Arthur Schopenhauer en passant par Eduard von Hartmann (Philosophie de l'inconscient, 1869), sans oublier les travaux de Pierre Janet (L'Automatisme psychologique, 1889). Mais c'est à juste titre qu'il a qualifié sa découverte de « révolution copernicienne ». L'inconscient freudien, dira Jacques Lacan, n'a rien à faire avec les formes dites de l'inconscient qui l'ont précédé. Il n'est pas le plus ou moins conscient, ni l'inconscient romantique de la création imaginante.

Invention de l'inconscient

Son apparition constitue en effet une remise en cause de l'hégémonie de la conscience et de l'empire du sujet sur lui-même que plusieurs siècles de philosophie avaient élaborés, à la suite du cogito cartésien. À l'orée du xxe siècle, la conscience humaine, désassujettie de la cosmologie religieuse, est invitée à constater qu'elle est asservie à ses propres profondeurs. Elle se voit dépossédée de ses privilèges, et soumise à ces nouveaux êtres mythiques que sont les pulsions, « grandioses dans leurs indéterminations ». Et « le Moi n'est pas même le maître dans sa propre maison ».

L'hypothèse de l'inconscient a semblé pleinement légitime à Freud pour rendre compte des phénomènes de la vie psychique affectés par une rupture de leur continuité ou de leur intention. Elle procède d'une déduction rigoureuse, à la manière dont les astronomes ont été amenés à poser l'hypothèse des trous noirs : invisibles, mais repérables du fait de leur force d'attraction maintenue sur des objets proches. L'inconscient freudien a d'abord été détecté à travers les somatisations des hystériques (1895), l'étrangeté du rêve, « voie royale pour la découverte de l'inconscient » – qui se voit réintégré à la vie psychique singulière (1900), les incohérences, les lapsus, les oublis (1904), l'intensité de la décharge provoquée par la levée de la censure dans le witz, le mot d'esprit (1905).

Ces « formations », ces « rejetons » dans la névrose, le rêve ou la cure ainsi que chez chacun de nous appellent donc l'interprétation dont l'efficience prouve en retour la légitimité de l'hypothèse. L'association libre pratiquée avec les hystériques a fait apparaître une parole libérée du contrôle de la conscience ainsi que des souvenirs oubliés ou des pensées inavouables et a parfois fait disparaître les symptômes. C'est en appliquant la même méthode à ses propres rêves que Freud a élaboré l'étude des lois du rêve ; et c'est de la pratique de la cure qu'il a tiré les modifications et les remaniements successifs de sa construction théorique.

Dans la première topique, Freud emploie Unbewusste comme un substantif et distingue inconscient, préconscient et conscient. L'inconscient est institué par le refoulement de l'infantile et du sexuel (ce sera le point de rupture avec Jung) et « se compose de représentances de pulsion qui veulent éconduire leur investissement, donc par des motions de souhait » (1915). La première censure sépare radicalement l'inconscient du préconscient, dont une partie demeure susceptible d'accéder à la conscience, si elle franchit le barrage de la seconde censure. Réservoir d'énergie plus encore que somme de contenus, l'inconscient exerce une action qui oppose une résistance à la prise de conscience, mais tend aussi à lever les barrières de la censure, ce qui aboutit à des formations de compromis. Ses propriétés sont de ne pas « connaître de négation, pas de doute, pas de certitude », de « remplacer la réalité extérieure par la réalité psychique », d'ignorer les distinctions temporelles. Parce qu'il chiffre, il s'offre au déchiffrement. Ses lois sont celles des processus primaires, caractérisés par la mobilité des investissements. L'analyse du rêve considéré comme un rébus fait accéder aux pensées du rêve, en démontant les mécanismes de déguisement par lesquels l'inconscient vise l'accomplissement des désirs : condensation (fabriquer un personnage ou un objet composite), déplacement (transporter l'intensité d'un affect vers un détail en apparence anodin), surdétermination (chaque élément du rêve se rattache de multiples façons aux pensées qui sont à la source du rêve) et symbolisation.

Le mot et la chose

Dans la seconde topique, à partir des années 1920 et de l'introduction de la pulsion de mort, « inconscient » devient le plus souvent un simple adjectif. Le système Moi, Surmoi, Ça n'est pas superposable avec la distinction inconscient /préconscient /conscient, puisque si Freud accorde au Ça les principales caractéristiques de l'inconscient – il est le siège des pulsions qui ne visent que la décharge, mais la compulsion de répétition y déploie maintenant sa force, et il semble ne plus admettre la représentation –, le Moi et le Surmoi sont, eux, en partie conscients, en partie inconscients.

Pour Lacan, l'inconscient est un des « quatre concepts fondamentaux de la psychanalyse ». Sa proposition selon laquelle « l'inconscient est structuré comme un langage » (colloque de Bonneval, 1960) a marqué une génération, qui s'est engouffrée dans la voie ouverte ; elle a été également vivement critiquée, parce qu'elle pouvait être comprise comme une réduction de l'inconscient à la seule mécanique des signifiants et du sujet de l'inconscient à un effet de langage. Dans le projet d'un retour à Freud, Lacan cherchait à reconsidérer l'inconscient comme une puissance créatrice de formes plutôt que comme un réservoir de symboles. Il fallait, pensait-il, revenir aux acquis de la première topique, qui rencontraient les travaux de la linguistique contemporaine, comme ceux d'Émile Benveniste sur énoncé et énonciation ou ceux de Ferdinand de Saussure sur le signifiant et le signifié : la condensation et le déplacement peuvent être rapprochés de la métaphore et de la métonymie.

Mais à « l'inconscient est structuré comme un langage », Jean Laplanche avait répondu que « l'inconscient est la condition du langage », ce qui rejoint la pensée de Freud : « La représentation consciente comprend la représentation de chose – plus la représentation de mot qui lui appartient –, la représentation inconsciente est la représentation de la chose seule... Le système préconscient apparaît quand cette représentation de chose est surinvestie du fait qu'elle est reliée aux représentations de mot qui lui correspondent » (1915).

La question que ne cesse de poser la découverte de l'inconscient est bien liée à celle du langage. Certes ce dernier est un lieu privilégié des « rejetons » de l'inconscient. Mais si tout notre savoir est toujours rattaché à la conscience, notre connaissance de l'inconscient l'est aussi. C'est par la mise en relation avec les représentations de mots correspondantes que quelque chose devient conscient. Comprendre ce lieu psychique qu'est l'inconscient, c'est donc le faire passer dans le langage et le replacer sous la domination du conscient. Peut-on l'appréhender autrement que fugacement, en son lieu propre qui échappe au langage ?

Auteur: Odile BOMBARDE
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