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Définition de : INFLATION /DÉFLATION

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Article publié par Encyclopaedia Universalis INFLATION /DÉFLATION L'inflation est une réalité macroéconomique, définie comme un processus de hausse continue du niveau général des prix, ou, ce qui revient au même, de dévalorisation continue de la monnaie. On repère trois sources principales d'inflation. L'inflation par la demande, résultant d'une croissance économique qui serait plus rapide que les capacités productives de l'économie ; l'inflation par les coûts résultant d'une hausse des coûts de production des entreprises, répercutée dans les prix des biens ; enfin, la hausse des prix est, en dernière analyse, associée à un gonflement de la masse monétaire en circulation : ce serait la trop grande abondance des signes monétaires en circulation, au regard des transactions à réaliser, qui conduirait à dévaloriser l'unité monétaire, c'est-à-dire à élever le prix de tous les biens échangés. De façon symétrique, la contraction de la masse monétaire et la baisse des prix (revalorisation de l'unité monétaire) constituent les phénomènes symptomatiques d'une déflation. Les dangers d'une économie déflationniste L'acceptation des tendances déflationnistes des économies de marché a longtemps reposé sur l'idée suivante : les vraies richesses résident dans les biens et services « réels » ; la monnaie est seulement un instrument destiné à faciliter les échanges et leur extension et non une richesse en elle-même.
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INFLATION /DÉFLATION

L'inflation est une réalité macroéconomique, définie comme un processus de hausse continue du niveau général des prix, ou, ce qui revient au même, de dévalorisation continue de la monnaie. On repère trois sources principales d'inflation. L'inflation par la demande, résultant d'une croissance économique qui serait plus rapide que les capacités productives de l'économie ; l'inflation par les coûts résultant d'une hausse des coûts de production des entreprises, répercutée dans les prix des biens ; enfin, la hausse des prix est, en dernière analyse, associée à un gonflement de la masse monétaire en circulation : ce serait la trop grande abondance des signes monétaires en circulation, au regard des transactions à réaliser, qui conduirait à dévaloriser l'unité monétaire, c'est-à-dire à élever le prix de tous les biens échangés. De façon symétrique, la contraction de la masse monétaire et la baisse des prix (revalorisation de l'unité monétaire) constituent les phénomènes symptomatiques d'une déflation.

Les dangers d'une économie déflationniste

L'acceptation des tendances déflationnistes des économies de marché a longtemps reposé sur l'idée suivante : les vraies richesses résident dans les biens et services « réels » ; la monnaie est seulement un instrument destiné à faciliter les échanges et leur extension et non une richesse en elle-même. Dans ce cadre, la monnaie est neutre, c'est-à-dire incapable d'influencer le fonctionnement réel de l'économie. En particulier, les agents économiques, rationnels ne prêteront aucune attention aux variations générales des prix (inflation ou déflation). Seules leur importeront les variations des prix relatifs, lesquelles orientent leurs décisions d'offre et de demande. En ce sens, une déflation générale des prix, laissant les prix relatifs inchangés, ne devrait avoir aucune influence sur les décisions microéconomiques, et donc sur l'ensemble des grandeurs réelles (production, emploi, consommation, investissement, etc.), qu'elles déterminent.

La grande crise des années 1930 va cependant démentir cette conception. Au cours de cet épisode, la déflation monétaire (contraction de la masse monétaire et des prix) va relayer et amplifier la déflation financière (krach boursier), pour la transformer en une déflation réelle (dépression économique et chômage), entraînant l'économie dans une spirale récessive qui témoignera à jamais de la non-neutralité de la monnaie.

La déflation a pour effet de renforcer le pouvoir d'achat de la monnaie, mais au prix d'une raréfaction des moyens de paiement (autrement dit, de la liquidité disponible), laquelle accroît les insolvabilités et transmet la déflation nominale au secteur réel par l'intermédiaire des défauts de paiement. Face à de tels enchaînements, la responsabilité des autorités monétaires s'étend à la stabilisation de l'ensemble du système de paiement. La déflation apparaît finalement comme un dérèglement majeur des économies monétaires, qu'il convient d'éviter par tous les moyens : mieux vaut tolérer une inflation modérée que de basculer dans la déflation-dépression. L'inflation est ainsi devenue, à partir de la seconde moitié du xxe siècle, une tendance générale de nos économies, notamment au cours des Trente Glorieuses, où elle s'est révélée un véritable choix de société.

Les impasses d'une société inflationniste

Pour éviter d'assister à nouveau aux enchaînements désastreux des années 1930, l'idée s'impose, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, que la gestion monétaire doit être mise au service de la croissance économique et de l'emploi. Cette préférence pour la croissance s'accompagne alors logiquement d'une répugnance pour la déflation.

Ce choix va se trouver conforté par une étude statistique (1958) de l'économiste néo-zélandais Alban Phillips, qui indique l'existence d'un arbitrage durable et stable entre inflation et chômage : la volonté d'atteindre des niveaux importants de croissance (et d'emploi) doit se « payer » par l'acceptation d'un niveau modéré d'inflation. Se met alors en place une société inflationniste, dont les politiques macroéconomiques ne sont qu'un aspect, et qui conduit à subordonner l'objectif de stabilité monétaire à ceux de croissance forte et de plein-emploi.

L'apparition d'une situation macroéconomique inédite, à partir de la fin des années 1960 et dans le courant des années 1970, va toutefois ébranler ces certitudes : l'accélération de l'inflation se conjugue avec le ralentissement de la croissance et l'élévation, en tendance, du chômage. Ce phénomène de stagflation (mélange de stagnation et d'inflation) remet complètement en cause l'idée d'un arbitrage entre inflation et chômage.

L'inflation est à son tour dénoncée à la fois comme un dérèglement microéconomique, et comme un danger macroéconomique lorsqu'elle dégénère en hyperinflation. Sur le plan microéconomique, on estime qu'une hausse généralisée des prix, même contrôlée, suffit à perturber la perception que les agents ont des mouvements de prix relatifs, perception pourtant essentielle, compte tenu du rôle que jouent les prix dans une économie de marché. Le « bruit » inflationniste perturbe donc le fonctionnement « naturel » des systèmes économiques, sans en améliorer durablement les performances (ce dont témoigne la stagflation à l'époque). Sur le plan macroéconomique, l'accumulation progressive d'inflation devient un danger majeur quand elle dégénère en hyperinflation. En dévalorisant à l'extrême l'étalon monétaire, l'hyperinflation remet en cause le fondement même des économies de marché, fondées sur la division du travail et l'échange de biens et services. En effet, si la monnaie n'a plus de valeur, il est préférable pour chacun de limiter au maximum ses achats de biens et services, de conserver les produits dont il dispose ou de ne les échanger que contre d'autres biens et services : l'économie se démonétise, les échanges et donc la production de richesses se réduisent.

Si ce diagnostic est accepté, la politique macroéconomique doit se focaliser sur l'objectif de lutte contre l'inflation. Depuis le milieu des années 1980, l'orientation principale des politiques macroéconomiques dans les pays développés a bien été l'organisation d'un combat systématique contre l'inflation. Ces politiques dites de désinflation ont remporté, du point de vue de l'objectif premier qui était le leur (rompre avec la spirale inflationniste), un réel succès. Au point d'ailleurs de constituer, en Europe tout particulièrement, une stratégie systématique dans la quête d'objectifs plus lointains, la croissance économique et l'emploi (stratégies dites de désinflation compétitive).

Cependant, la récession économique du début des années 1990, puis celle du début des années 2000, ont fait ressurgir le spectre de la déflation, redonnant une actualité nouvelle à l'étude d'un phénomène que l'on croyait à tout jamais écarté, et du contenu à un débat que l'on croyait définitivement tranché : faut-il craindre davantage, autant ou moins l'inflation que la déflation ? Jusqu'où la désinflation est-elle une « bonne » politique ? Quand, et par quels mécanismes risque-t-elle de faire basculer les systèmes économiques dans la déflation ? Tolérer l'inflation permet-il d'éliminer le chômage, ou bien cet arbitrage n'est-il qu'une illusion, l'efficacité réelle de nos économies ne pouvant reposer que sur la stabilité de la monnaie et des prix ? C'est en s'appuyant sur ce dernier credo que la plupart des banques centrales, en particulier la Banque centrale européenne, définissent la politique monétaire.

Auteur: Christophe LAVIALLE
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