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Définition de : INNOVATION

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Article publié par Encyclopaedia Universalis INNOVATION Si l'innovation renvoie intuitivement à l'idée de nouveauté, de changement et de progrès, elle constitue, du point de vue de la théorie économique, un phénomène spécifique, multiforme et complexe. Un phénomène spécifique, tout d'abord, car on ne peut parler d'innovation que si le changement est réellement porteur d'une valeur économique (capacité à satisfaire un besoin solvable ou à créer de la richesse) reconnue et exploitée de manière viable. Un phénomène multiforme, ensuite, car l'innovation recouvre cinq grands types de changements (de « combinaisons nouvelles ») de nature très différente : l'offre d'un bien ou service nouveaux, l'introduction d'une méthode de production nouvelle ou de nouveaux moyens de transport, la réalisation d'une nouvelle organisation, l'ouverture d'un débouché, la conquête d'une nouvelle source de matières premières. Un phénomène complexe, enfin. D'une part, parce que si l'innovation entretient des rapports étroits à la fois avec les phénomènes de découverte scientifique et technique (c'est-à-dire de production de connaissances nouvelles, fondamentales ou appliquées) et d'invention (idée technique susceptible d'applications potentiellement utiles) et avec les activités de recherche-développement (R&D), ces liens ne sont ni systématiques ni exclusifs : découvertes ou inventions non valorisées, échecs commerciaux, innovations fortuites ou induites, etc.
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INNOVATION

Si l'innovation renvoie intuitivement à l'idée de nouveauté, de changement et de progrès, elle constitue, du point de vue de la théorie économique, un phénomène spécifique, multiforme et complexe. Un phénomène spécifique, tout d'abord, car on ne peut parler d'innovation que si le changement est réellement porteur d'une valeur économique (capacité à satisfaire un besoin solvable ou à créer de la richesse) reconnue et exploitée de manière viable.

Un phénomène multiforme, ensuite, car l'innovation recouvre cinq grands types de changements (de « combinaisons nouvelles ») de nature très différente : l'offre d'un bien ou service nouveaux, l'introduction d'une méthode de production nouvelle ou de nouveaux moyens de transport, la réalisation d'une nouvelle organisation, l'ouverture d'un débouché, la conquête d'une nouvelle source de matières premières.

Un phénomène complexe, enfin. D'une part, parce que si l'innovation entretient des rapports étroits à la fois avec les phénomènes de découverte scientifique et technique (c'est-à-dire de production de connaissances nouvelles, fondamentales ou appliquées) et d'invention (idée technique susceptible d'applications potentiellement utiles) et avec les activités de recherche-développement (R&D), ces liens ne sont ni systématiques ni exclusifs : découvertes ou inventions non valorisées, échecs commerciaux, innovations fortuites ou induites, etc. D'autre part, parce que l'origine, les dimensions concurrentielles et l'impact macroéconomique de l'innovation restent problématiques, comme l'atteste la diversité des analyses qui traversent la théorie économique depuis l'œuvre pionnière de l'économiste autrichien Joseph Schumpeter (1883-1950).

D'où vient l'innovation ?

Dans la Théorie de l'évolution économique publiée en 1912, Schumpeter met en avant le rôle central de l'entrepreneur individuel comme moteur de l'innovation et du progrès économique. Mû par la perspective d'un profit de monopole en cas de succès (avant d'être concurrencé par des « entrepreneurs-imitateurs »), l'entrepreneur-innovateur s'engouffre dans les occasions d'innover offertes par l'évolution de l'économie et des techniques. L'approche néo-autrichienne de l'entrepreneur (développée à partir des années 1930 et 1940 par Friedrich von Hayek, Ludvig von Mises ou encore plus récemment Israël Kirzner) affine cette analyse en avançant l'idée qu'il existe toujours des opportunités à exploiter, à condition toutefois de savoir les identifier et d'avoir l'audace et les capacités entrepreneuriales pour les transformer en innovations.

Cependant, cette vision est apparue en net décalage avec les réalités industrielles de la fin du xixe siècle qui deviennent très perceptibles dans les années 1920-1930 : la plupart des secteurs économiques sont désormais marqués du sceau de la grande entreprise managériale et de marchés oligopolistiques dominés par quelques grandes firmes. C'est dans ce contexte que Schumpeter développe en 1942 une thèse radicalement différente dans Capitalisme, socialisme et démocratie, celle de l'« innovation en grand » : ce sont les structures organisées de R&D au sein des grandes firmes industrielles qui constituent, dans le cadre du capitalisme moderne, la base fondamentale du développement organisé de nouvelles connaissances scientifiques et techniques et de la mise sur le marché d'innovations massives porteuses de progrès économique et social. Cette thèse sera reprise et étoffée à partir des années 1960 notamment par John Kenneth Galbraith (Le Nouvel État industriel, 1967), ou Richard Nelson qui insistent sur le rôle conjoint et imbriqué des grandes firmes industrielles, des structures publiques de recherche et de l'État dans le développement de nouvelles connaissances scientifiques et techniques et l'impulsion d'activités innovantes (notamment dans les activités liées au secteur de la défense et dans les industries d'infrastructures).

L'innovation soulève aussi des questions théoriques cruciales quant à la nature des processus concurrentiels qui la sous-tendent ou qu'elle induit. L'innovation peut ainsi être interprétée comme un déterminant de la concurrence. C'est en particulier le cas de la vision néo-classique traditionnelle pour laquelle l'innovation correspond à l'apparition (exogène) d'une technologie qui détermine la structure du marché en fonction de la nature des rendements d'échelle qu'elle induit. Pour leur part, les approches se fondant sur les mécanismes sélectifs du marché (approches d'inspiration néo-schumpétérienne, école de Chicago) font de l'innovation un déterminant en partie endogène d'une concurrence dynamique entre firmes (installées ou entrantes) face à un environnement évolutif et incertain. Dans ce cadre, l'innovation constitue un facteur essentiel d'adaptation, de survie et de performance des firmes.

D'autres approches insistent plutôt sur le rôle de l'innovation en tant que support de la concurrence. Les modèles de « course » mettent ainsi en avant l'idée que les firmes rivales s'engagent dans des activités de R&D en espérant chacune être la première à déposer un brevet. L'innovation constitue ici un outil rationnel de domination préemptive sur le marché. Pour leur part, les modèles de « compétition technologique » montrent comment des technologies alternatives sont sélectionnées par le marché, au gré des adoptions successives opérées par les utilisateurs.

La portée de l'innovation

Les innovations affectent nos sociétés modernes de manière différenciée. Historiquement, ce sont les innovations ayant introduit des ruptures à la fois technologiques, commerciales et organisationnelles majeures et dont la diffusion a été la plus large (souvent en « grappes » ou par « vagues ») qui ont initié les phases de croissance et de développement économique et social les plus marquantes. C'est dans ce cadre que sont généralement replacées les deux révolutions industrielles séculaires : celle de la machine à vapeur, de la métallurgie et du textile, puis des chemins de fer et de l'acier (de la fin du xviiie siècle aux années 1880) ; ensuite, celle de l'électricité, de la chimie, de l'automobile, de la production en grandes séries et des biens de consommation de masse (de la fin du xixe siècle aux années 1960-1970). On s'accorde aujourd'hui pour parler d'une troisième révolution industrielle, désignant ainsi les développements scientifiques et technologiques majeurs depuis le début des années 1970, en particulier de l'informatique, de la microélectronique et des sciences de la vie. D'autres innovations technologiques, mais aussi organisationnelles (organisation en réseau des entreprises et de leurs relations productives), commerciales (vente et prestations en ligne, production sur mesure) et de services (télécommunications mobiles, programmes de télévision par satellite, etc.) accompagnent ou amplifient ces développements.

Cependant, la portée de l'innovation diffère sensiblement d'un pays à l'autre en raison de spécificités nationales importantes. Celles-ci concernent à la fois l'importance et la qualité des infrastructures de la connaissance (système éducatif, importance des universités et des organisations de recherche, etc.) et la permissivité institutionnelle caractérisant chaque pays ou région (culture entrepreneuriale, attitude de la société face à l'innovation, réglementations sur la propriété intellectuelle et la création d'entreprise, politiques industrielles et technologiques).

Ces différences se traduisent par des écarts de croissance et de compétitivité durables entre pays. Ainsi, le retard technologique et le différentiel de croissance de l'Europe (et en partie du Japon) par rapport aux États-Unis depuis le milieu des années 1990 peuvent être expliqués, au moins en partie, par des rigidités institutionnelles et surtout par le manque de volontarisme des politiques publiques en matière d'enseignement supérieur et de soutien à la recherche et à l'innovation comparativement à ce qui se passe outre-Atlantique.

Plus généralement, ainsi que l'ont montré les théories de la croissance endogène, les investissements dans la R&D, l'éducation et la formation (à la base du développement du capital humain), de même que la disponibilité d'infrastructures collectives de qualité (en matière de transport, de santé, etc.) constituent des déterminants essentiels du rythme de croissance et de la compétitivité économiques aussi bien des nations industrialisées que des pays en développement.

Auteur: Abdelillah HAMDOUCH
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