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Définition de : INTERTEXTUALITÉ

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Article publié par Encyclopaedia Universalis I N T E R T E X T U A L I T É Le concept d'intertextualité a contribué à renouveler la définition et la compréhension de la littérature. Contre les approches historiennes, sociales ou psychanalytiques de l'œuvre d'art, il pose qu'un texte doit se comprendre dans son rapport aux autres textes et postule que la raison de la littérature n'est pas historique, sociale ou auctoriale : elle ne dépend d'aucun ordre qui lui soit extérieur. L'intertextualité définit tout texte comme le résultat de modifications plus ou moins importantes de textes antérieurs. À partir de là, le travail critique s'élabore dans l'identification de ces autres textes, et dans l'analyse du type de rapport entre le texte et ses sources. C'est le groupe Tel Quel qui formule le concept, à la fois dans un ouvrage collectif, Théorie d'ensemble (1968), et dans Sèméiôtikè. Recherches pour une sémanalyse (1969), de Julia Kristeva. Le texte y est considéré comme étant « à la fois la relecture, l'accentuation, la condensation, le déplacement et la profondeur » d'autres textes (Philippe Sollers). Le concept s'inspire du dialogisme de Mikhaïl Bakhtine, introduit en France à partir de 1970. Pour le critique russe, tout texte (les romans de Rabelais ou de Dostoïevski par exemple, auxquels il a consacré des études marquantes) manifeste des discours oubliés qui dialoguent entre eux.
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INTERTEXTUALITÉ

Le concept d'intertextualité a contribué à renouveler la définition et la compréhension de la littérature. Contre les approches historiennes, sociales ou psychanalytiques de l'œuvre d'art, il pose qu'un texte doit se comprendre dans son rapport aux autres textes et postule que la raison de la littérature n'est pas historique, sociale ou auctoriale : elle ne dépend d'aucun ordre qui lui soit extérieur. L'intertextualité définit tout texte comme le résultat de modifications plus ou moins importantes de textes antérieurs. À partir de là, le travail critique s'élabore dans l'identification de ces autres textes, et dans l'analyse du type de rapport entre le texte et ses sources.

C'est le groupe Tel Quel qui formule le concept, à la fois dans un ouvrage collectif, Théorie d'ensemble (1968), et dans Sèméiôtikè. Recherches pour une sémanalyse (1969), de Julia Kristeva. Le texte y est considéré comme étant « à la fois la relecture, l'accentuation, la condensation, le déplacement et la profondeur » d'autres textes (Philippe Sollers). Le concept s'inspire du dialogisme de Mikhaïl Bakhtine, introduit en France à partir de 1970. Pour le critique russe, tout texte (les romans de Rabelais ou de Dostoïevski par exemple, auxquels il a consacré des études marquantes) manifeste des discours oubliés qui dialoguent entre eux. Pour Kristeva, l'intertextualité désigne alors la façon dont s'articulent, dans la structure d'un texte, différentes séquences tirées d'autres textes ; elle devient un moyen de penser le « social » et l'« historique » en termes sémiologiques : l'intertextualité considère le social dans sa dimension textuelle, en identifiant certains types de textes et certains lieux historiques ou sociaux. Il s'agit donc de déterminer le rapport qu'une structure littéraire précise (telle ou telle forme, telle ou telle œuvre) entretient avec les autres structures linguistiques et idéologiques qui la composent. Cette méthode n'accorde aucun privilège à la littérature : elle l'inscrit au sein de l'ensemble des productions discursives d'une société.

Roland Barthes impose le concept dans le champ des études littéraires, notamment à travers l'article « Texte (théorie du) » publié en 1973 dans l'Encyclopædia Universalis. Il y reprend les principaux acquis du travail de Julia Kristeva : « [...] tout texte est un intertexte ; d'autres textes sont présents en lui, à des niveaux variables, sous des formes plus ou moins reconnaissables : les textes de la culture antérieure et ceux de la culture environnante ; tout texte est un tissu nouveau de citations révolues. Passent dans le texte, redistribués en lui, des morceaux de codes, des formules, des modèles rythmiques, des fragments de langages sociaux, etc., car il y a toujours du langage avant le texte et autour de lui. L'intertextualité, condition de tout texte, quel qu'il soit, [...] est un champ général de formules anonymes, dont l'origine est rarement repérable, de citations inconscientes ou automatiques, données sans guillemets ». Le succès du terme le charge alors d'interprétations diverses, comme celle, très large, de Michaël Riffaterre, chez qui il désigne tout rapport entre deux textes, pour peu que celui-ci soit perçu par le lecteur. Antoine Compagnon, dans La Seconde Main ou le travail de la citation (1979), montre la productivité du concept ; la citation, en réactualisant des énoncés autres, leur donne un nouveau sens : « Toute écriture est collage et glose, citation et commentaire. » Figure intertextuelle, la citation serait ainsi la raison cachée de l'écriture.

Contre cette inflation critique, les deux directeurs de la revue Poétique, Tzvetan Todorov dans Mikhaïl Bakhtine. Le principe dialogique (1981) et Gérard Genette dans Palimpsestes. La littérature au second degré (1982), s'attachent à préciser le terme. G. Genette déplace l'usage du concept, en lui offrant une portée non herméneutique. En l'inscrivant dans la poétique, il en établit la typologie. L'intertextualité recouvre les cas effectifs de coprésence d'un texte dans un autre ; la paratextualité, la relation du texte avec ce qui l'entoure, ses « seuils » ; la métatextualité, les rapports de commentaire, la « relation critique » ; l'hypertextualité, les relations de dérivation, par transformation ou imitation ; l'architextualité enfin, objet de la poétique, les relations « d'appartenance taxinomique » du texte à une catégorie. L'opération a pour effet de préciser et de restreindre la notion d'intertextualité. Celle-ci peut alors prendre différentes formes : la citation, le plagiat, la référence et l'allusion.

L'intertextualité, en passant de la critique herméneutique à la poétique, s'est modifiée. Portée par le rêve borgésien de la bibliothèque, elle garde de ses origines le pouvoir de mettre en cause toute conception fermée de la littérature, parce qu'elle met en rapport le texte et tous les discours qu'il rencontre, à quelque champ qu'ils appartiennent.

Auteur: Alain BRUNN
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