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Définition de : LATENCE (PÉRIODE DE), psychanalyse

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Article publié par Encyclopaedia Universalis LATENCE (PÉRIODE DE), psychanalyse Du verbe latin latere, « être caché », latent signifie « qui demeure caché, ne se manifeste pas ». Avant que Sigmund Freud n'en promeuve l'usage en psychanalyse, « latent » et « latence » étaient couramment employés en médecine (maladie latente, période de latence d'une maladie) et en physique (chaleur latente d'un corps). « Premier âge de raison », disait-on naguère, phase intermédiaire entre la première enfance et la puberté, le temps de latence correspond aux années au cours desquelles chaque culture transmet à ses enfants l'essentiel des conduites et des pratiques qu'ils devront mettre en œuvre dans leur vie d'adultes. Avec l'expression « période de latence » ou celle de « temps de latence », Freud propose une intelligibilité des processus psychiques en jeu pendant cette période. La latence concerne le développement psychique sexuel. Après la première floraison de la sexualité infantile (vers l'âge de quatre ou cinq ans), les manifestations sexuelles demeurent discrètes jusqu'à ce que la puberté remette au jour une vie psychique sexuelle manifeste qui autorise une activité génitale adulte comportant, au contraire de la période précoce, jouissance orgastique et procréation.
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LATENCE (PÉRIODE DE), psychanalyse

Du verbe latin latere, « être caché », latent signifie « qui demeure caché, ne se manifeste pas ». Avant que Sigmund Freud n'en promeuve l'usage en psychanalyse, « latent » et « latence » étaient couramment employés en médecine (maladie latente, période de latence d'une maladie) et en physique (chaleur latente d'un corps). « Premier âge de raison », disait-on naguère, phase intermédiaire entre la première enfance et la puberté, le temps de latence correspond aux années au cours desquelles chaque culture transmet à ses enfants l'essentiel des conduites et des pratiques qu'ils devront mettre en œuvre dans leur vie d'adultes.

Avec l'expression « période de latence » ou celle de « temps de latence », Freud propose une intelligibilité des processus psychiques en jeu pendant cette période. La latence concerne le développement psychique sexuel. Après la première floraison de la sexualité infantile (vers l'âge de quatre ou cinq ans), les manifestations sexuelles demeurent discrètes jusqu'à ce que la puberté remette au jour une vie psychique sexuelle manifeste qui autorise une activité génitale adulte comportant, au contraire de la période précoce, jouissance orgastique et procréation.

Singularité du psychisme humain

Si la période de latence est un phénomène physiologique spécifique, son couplage avec la prématuration, spécifique elle aussi, paraît rendre compte de traits psychiques essentiels de l'espèce humaine. La prématuration confine les jeunes dans la dépendance des adultes, empêche tout contact direct avec la réalité et, par conséquent, sa prise en considération. Elle cause l'intense investissement libidinal des adultes en charge des jeunes, l'érotisation systématique des fonctions physiologiques ainsi que de riches activités fantasmatiques et intellectuelles.

Le développement psychosexuel infantile conduit à l'acmé œdipienne vers l'âge de quatre ou cinq ans, au moment où les enfants des deux sexes souhaitent faire un enfant à leur mère et recevoir un enfant du père. Ils éprouvent aussi d'intenses passions et s'adonnent à la masturbation génitale. Mais la puissance sexuelle manque. L'absence de satisfaction et les frustrations incessantes amènent la disparition du complexe d'Œdipe. Il sombre et toute la première enfance, avec ses vœux et ses activités sexuels, succombe au refoulement. L'amour et la haine pour les parents se transforment alors en identifications à ces derniers. Cependant, cette appropriation garde la trace des frustrations subies : les parents internes ainsi édifiés sont de sévères observateurs et interdicteurs, qu'on appelle en psychanalyse l'instance du surmoi. En 1925, Freud affirme, dans Inhibition, symptôme et angoisse, que la « période de latence est caractérisée par la disparition du complexe d'Œdipe, la création ou consolidation du surmoi, et l'établissement des limites éthiques et esthétiques dans le moi ».

Un processus de mutation

La plupart des défenses se construisent alors, ou se consolident, aux frais des pulsions sexuelles partielles, et grâce à leur plasticité : outre les refoulement et formations réactionnelles telles que dégoût, propreté, pitié et pudeur, l'amour sexuel envers les parents se transforme en tendresse et le processus de sublimation s'installe. L'avidité (orale) peut devenir curiosité du monde, les souhaits de maîtrise (sadique-anale), activité de connaissance, etc. Néanmoins, ce processus de mutation silencieuse de la sexualité peut rater en chacun de ses moments et contribuer à la création ultérieure de symptômes divers. C'est en effet un processus de répression qui risque toujours d'aller trop loin, comme le constate Freud dans La Question de l'analyse profane, en 1926 : « J'ai l'impression qu'ils [les enfants] deviennent inhibés intellectuellement aussi, plus sots, avec l'entrée dans la période de latence. Nombre d'enfants perdent aussi leur charme physique à partir de là. »

Le refoulement de la sexualité infantile et ses transformations au cours de la période de latence ont une autre conséquence générale : l'amnésie infantile et l'inaccessibilité des vœux de la première période sexuelle à la conscience ainsi qu'à l'élaboration psychique. Inchangés jusqu'à la puberté et réinvestis à ce moment-là, ils imposent le vaste travail de remaniement que notre culture nomme crise d'adolescence. Elle comporte la douloureuse séparation psychique avec les parents, nécessaire pour qu'une vie psychique, amoureuse et sexuelle se construise de manière autonome.

On doit se demander si l'éducation actuelle n'a pas transformé de façon radicale la période de latence. Cibles privilégiées d'un marché de la consommation développé tous azimuts, les enfants sont incessamment soumis à d'intenses excitations directes des pulsions sexuelles partielles pendant toute la période de latence. Ces nouvelles conditions n'entravent-elles pas l'élaboration psychique de la sexualité perverse polymorphe enfantine et, par conséquent, l'accès à une sexualité et à une vie psychique adultes, où penser serait une activité soutenue et reconnue par la culture ?

Auteur: Michèle BOMPARD-PORTE
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