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Définition de : LIBIDO

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Article publié par Encyclopaedia Universalis LIBIDO Mot latin, provenant d'une racine indo-européenne, signifiant « envie, désir » – particulièrement désir sensuel ou érotique –, « fantaisie » et « sensualité ». Sigmund Freud, qui, le premier, a théorisé la notion, en donne la définition suivante en 1905 dans les Trois Essais sur la théorie de la sexualité : « Les faits des besoins sexuels chez les humains et animaux sont exprimés en biologie grâce à l'hypothèse d'une “pulsion sexuelle”. On suit ce faisant l'analogie avec la pulsion à se nourrir, la faim. Une caractérisation correspondant au mot “faim” manque à la langue populaire ; la science utilise comme tel “libido”. » Cependant, Freud a introduit le mot dès 1894, dans un article intitulé « Du bien-fondé de séparer de la neurasthénie un complexe de symptômes déterminé, en tant que “névrose d'angoisse” », en même temps que l'expression « pulsion sexuelle ». Les deux notions sont intrinsèquement liées. Elles évoluent de conserve pendant les quarante-cinq ans où Freud les élabore et les travaille ; elles donnent lieu aux « théories » de la libido et des pulsions. Dès 1920, Freud reconnaît, dans Au-delà du principe de plaisir, trois moments organisateurs de la théorie des pulsions, qui valent pour celle de la libido. Après Freud, la notion continuera à évoluer, sa centralité en psychanalyse correspondant à quelques hypothèses fondamentales et invariantes.
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LIBIDO

Mot latin, provenant d'une racine indo-européenne, signifiant « envie, désir » – particulièrement désir sensuel ou érotique –, « fantaisie » et « sensualité ». Sigmund Freud, qui, le premier, a théorisé la notion, en donne la définition suivante en 1905 dans les Trois Essais sur la théorie de la sexualité : « Les faits des besoins sexuels chez les humains et animaux sont exprimés en biologie grâce à l'hypothèse d'une “pulsion sexuelle”. On suit ce faisant l'analogie avec la pulsion à se nourrir, la faim. Une caractérisation correspondant au mot “faim” manque à la langue populaire ; la science utilise comme tel “libido”. » Cependant, Freud a introduit le mot dès 1894, dans un article intitulé « Du bien-fondé de séparer de la neurasthénie un complexe de symptômes déterminé, en tant que “névrose d'angoisse” », en même temps que l'expression « pulsion sexuelle ». Les deux notions sont intrinsèquement liées. Elles évoluent de conserve pendant les quarante-cinq ans où Freud les élabore et les travaille ; elles donnent lieu aux « théories » de la libido et des pulsions. Dès 1920, Freud reconnaît, dans Au-delà du principe de plaisir, trois moments organisateurs de la théorie des pulsions, qui valent pour celle de la libido. Après Freud, la notion continuera à évoluer, sa centralité en psychanalyse correspondant à quelques hypothèses fondamentales et invariantes.

Invariants

Quote-part de la sexualité dans le psychisme, la libido est l'énergie psychique sexuelle de la pulsion sexuelle, présente dès la naissance et déployée en pulsions partielles à partir de tous les lieux du corps. Acteur permanent de la vie psychique, la libido sous-tend le désir et l'excitation psychiques sexuels. Toute formation psychique (rêves, caractère, symptômes, identifications, etc.) procède de conflits plus ou moins stabilisés entre la libido et l'énergie psychique d'autres pulsions (d'autoconservation, du moi, de mort).

Transmuant l'intelligibilité des processus psychiques, l'hypothèse « libido » implique des modalités d'investissement et des contraintes quantitatives. Premièrement, la quantité de libido dont chacun dispose est finie. Deuxièmement, elle se comporte comme un fluide dont la circulation crée le paysage psychique, à la manière d'un fleuve dessinant son bassin. Elle peut s'accumuler en certains lieux (état amoureux, hypnose, délire), se fixer en d'autres (« fixations infantiles »), être canalisée, endiguée, détournée, barrée, déplacée et même sublimée (c'est l'objet de l'éducation). Par exemple, la première phase de la sexualité infantile, la phase orale, crée les investissements libidinaux de la zone buccale, du sein, de la mère puis d'autres objets. Aimer les objets du monde et s'y intéresser, c'est les investir de libido orale et souhaiter les avaler (« tu es à croquer »). Les destins des premiers investissements oraux de la libido sont innombrables : aimer les baisers (« plaisir préliminaire » de la sexualité génitale), aimer les cigarettes et les boissons (déplacement), être dégoûté par certaines nourritures, voire anorexique (défense par contre-investissement), dévorer les livres et être avide de connaissances (sublimation), redevenir glouton dans son vieil âge (régression), etc. Toute culture inculque des manières de table et des styles d'avidité. Ce faisant, elle joue sur la plasticité de la libido et la variabilité de ses objets, en la canalisant et transmuant : c'est l'un des enjeux de l'éducation.

Évolution de la notion et controverses

Dans un premier temps, Freud a découvert les investissements libidinaux des objets. Le conflit psychique organisateur semblait opposer la libido à l'énergie des pulsions d'autoconservation (la faim ou l'amour). Il est ensuite apparu que le Moi était investi de libido (narcissisme) et que l'autoconservation appartenait à la « libido du Moi », opposée à la « libido d'objet ». Enfin, l'ensemble des dimensions libidinales de la vie, Éros, s'oppose aux forces qui tendent à sa destruction, Thanatos.

À l'encontre de Carl Gustav Jung et d'autres auteurs (Henri Bergson et sa notion d'« élan vital »), Freud a soutenu que la libido, énergie psychique sexuelle, était l'une des énergies créatrices de la dynamique psychique et non la seule. Il n'a pas cessé d'imaginer qu'une substance représentant la libido serait un jour découverte ; le « bain hormonal » du « cerveau glande », l'endocrinologie actuelle, répond en partie à son vœu.

Pour réduire la libido, fondamentalement énergétique, à la lecture structurale de la psychanalyse qu'il proposait, Jacques Lacan a forgé le « mythe de la lamelle ». Dans Le Séminaire. XI, il définit la libido comme étant une part de soi-même que chacun perdrait à la naissance, « lamelle » dont le placenta serait une image et « qui peut servir à symboliser le plus profond objet perdu » ; elle serait « quelque chose qui a rapport avec ce que l'être sexué perd dans la sexualité, c'est, comme est l'amibe par rapport aux êtres sexués, immortel ». Seule subsiste la signification de manque que la libido comportait d'emblée, telle que l'analogie de la faim le montre.

En français, le verbe « aimer » et l'immense spectre de ses compléments d'objet suggèrent l'importance de la libido et sa plasticité – la psychanalyse en décrit les opérations de façon savante, pour une meilleure intelligibilité des processus psychiques. Les images d'un fluide circulant et de toutes ses transformations possibles dont Freud s'est servi ont cependant été critiquées pour leur manque de scientificité. Scandaleuse lors de sa première énonciation, l'hypothèse freudienne de l'ubiquité de la dimension sexuelle dans le psychisme, eu égard aux découvertes de l'endocrinologie, ne connaît plus de contradicteurs sérieux. Les progrès des sciences physiques et mathématiques au cours du xxe siècle, en particulier la dynamique qualitative, permettent désormais de vérifier la justesse des développements freudiens.

Auteur: Michèle BOMPARD-PORTE
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