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Définition de : LITURGIE

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Article publié par Encyclopaedia Universalis LITURGIE Emprunté au latin chrétien liturgia « service de Dieu, du culte », le terme vient du grec leitourgia (laos : peuple ; ergon : travail, œuvre) qui désigne le service rendu au bien commun par les citoyens aisés. L'emploi du mot « liturgie », dans son acception actuelle de protocole du culte, remonte aux e e érudits des xvi et xvii siècles ; il est popularisé par de nombreux livres de e dévotion au xix siècle et devient courant dans le langage ecclésiastique contemporain. D'Athènes au Vatican Dans les cités grecques, leitourgia définit le service non rétribué accompli au bénéfice de tout le peuple et, en particulier, à Athènes, les largesses des citoyens aisés. Plus tard, il définira également les impôts de la chose publique. Dans la version des Septante (traduction grecque de la Bible e e hébraïque réalisée à Alexandrie au iii -ii siècle avant J.-C.), le mot est souvent employé à propos des fonctions cultuelles des prêtres juifs dans le temple. Avec le Nouveau Testament, le terme va désigner le service cultuel rendu à Dieu, non seulement par les prêtres, mais aussi par les communautés de fidèles. Aux premiers siècles du christianisme, l'improvisation est la règle lors des célébrations liturgiques, variant selon les lieux et les prêtres : autour de l'eucharistie, le célébrant a la liberté d'inventer le texte de sa prière et, dans une certaine mesure, d'organiser les rites.
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LITURGIE

Emprunté au latin chrétien liturgia « service de Dieu, du culte », le terme vient du grec leitourgia (laos : peuple ; ergon : travail, œuvre) qui désigne le service rendu au bien commun par les citoyens aisés. L'emploi du mot « liturgie », dans son acception actuelle de protocole du culte, remonte aux érudits des xvie et xviie siècles ; il est popularisé par de nombreux livres de dévotion au xixe siècle et devient courant dans le langage ecclésiastique contemporain.

D'Athènes au Vatican

Dans les cités grecques, leitourgia définit le service non rétribué accompli au bénéfice de tout le peuple et, en particulier, à Athènes, les largesses des citoyens aisés. Plus tard, il définira également les impôts de la chose publique. Dans la version des Septante (traduction grecque de la Bible hébraïque réalisée à Alexandrie au iiie-iie siècle avant J.-C.), le mot est souvent employé à propos des fonctions cultuelles des prêtres juifs dans le temple. Avec le Nouveau Testament, le terme va désigner le service cultuel rendu à Dieu, non seulement par les prêtres, mais aussi par les communautés de fidèles. Aux premiers siècles du christianisme, l'improvisation est la règle lors des célébrations liturgiques, variant selon les lieux et les prêtres : autour de l'eucharistie, le célébrant a la liberté d'inventer le texte de sa prière et, dans une certaine mesure, d'organiser les rites. Mais, à partir du ive siècle, l'Église passe, dans l'Empire romain, de la tolérance au statut de religion d'État. N'étant plus suspectée par le pouvoir impérial, voire désormais favorisée par lui, elle s'affirme en prônant un type de liturgie et réduit du même coup la liberté d'improvisation. Ainsi, avec le prestige grandissant de la papauté, la liturgie romaine, c'est-à-dire celle de Rome et des régions avoisinantes, s'étend d'abord à toute l'Italie, à la Gaule, à l'Espagne puis à l'Europe entière, même si les évêques et les conciles conservent le droit d'introduire les modifications jugées opportunes.

Cependant, après la séparation entre l'Église de Rome et celle d'Orient en 1054, les liturgies vont aller en se multipliant à partir du xiie siècle. En outre, la protestation luthérienne et calviniste au xvie siècle, qui s'élève en grande partie contre la manière de célébrer la messe et les sacrements, renforce la diversification liturgique et conduit l'Église catholique à réagir par le concile de Trente (1545-1563). Si ce concile remet à l'honneur la célébration de la parole de Dieu et accorde l'usage de langues vivantes devenues majeures, le souci de sauvegarder la foi catholique amène ses participants à opter pour une restauration de la liturgie romaine. Officiellement, cela se traduit par les éditions d'un bréviaire (livre comprenant les prières quotidiennes) en 1568 et du missel (livre de la messe, missa) en 1570 puis, en 1588, par la création de la Congrégation des rites, veillant spécifiquement au respect des règles liturgiques édictées par Rome. Même si une réelle uniformité n'est atteinte qu'au xixe siècle et que certaines variantes subsistent à l'intérieur du catholicisme (selon les diocèses ou ordres religieux), l'idéal liturgique consiste jusqu'au xxe siècle en l'application minutieuse de consignes romaines : usage du latin et du chant grégorien, utilisation de prières solennelles et du pain azyme, etc.

Avec la « Constitution de la sainte liturgie » du deuxième concile du Vatican, promulguée le 4 décembre 1963, la liturgie catholique n'est plus tant l'œuvre des clercs que celle de tout le « peuple de Dieu ». La restauration liturgique ainsi opérée à Vatican II a pour principe la participation pleine, consciente et active de tous les fidèles au culte avec l'adaptation pour règle : usage de la langue du peuple ; concession de réels pouvoirs aux conférences épiscopales des différents pays ; refonte des rites offrant un éventail de choix qui permet d'adapter lectures, prières, chants et actions aux besoins d'une assemblée, tout en conservant la possibilité d'utiliser le latin pour célébrer la messe et certaines prières. Après plusieurs siècles de centralisation et d'uniformisation, une certaine diversification, depuis les années 1960, est donc encouragée par l'Église catholique. Toutefois, le soin de veiller à la vie liturgique revient à la Congrégation pour le culte divin, dont le siège est à Rome.

Une notion théologique à géométrie variable

La théologie chrétienne met en évidence trois traits majeurs de l'action du Christ et de l'Église auprès des hommes : ce sont les fonctions de prophète (docteur, enseignant), de roi (pasteur, gouvernant) et de prêtre (célébrant). Cette dernière fonction s'incarne dans la liturgie conçue dès lors comme célébration des mystères du Christ au sein de communautés chrétiennes.

Lieu de rencontre entre Dieu et les hommes, la liturgie revêt un triple aspect. Elle commémore l'œuvre divine du passé (l'offrande du Christ pour le salut de l'humanité) ; elle l'actualise et la représente au travers de signes, de gestes, de paroles ; elle donne à vivre au fidèle dans l'espérance du jour où sera manifestée la gloire de Dieu. De fait, toute liturgie chrétienne repose sur deux composantes essentielles : d'une part, un don ou un donné venant de Dieu en Jésus-Christ, d'autre part, la célébration de ce don, c'est-à-dire la manière de le recevoir, de le vivre et de le partager entre les croyants.

Dès lors, on peut concevoir la liturgie chrétienne comme un ensemble de cercles concentriques, avec un noyau d'une densité liturgique maximale, et ensuite, un dégradé progressif selon que tel ou tel rite participe plus ou moins du liturgique fondamental. Au centre, on trouve les deux sacrements constitutifs et complémentaires, le baptême et l'eucharistie ; viennent ensuite les autres rites, faits pour des situations déterminées, avec les formes multiples qu'elles peuvent revêtir (mariage, liturgie de la parole au cours d'un office, réunions de prières, etc.) ; enfin, à la périphérie, des rites ou des célébrations prennent pour objet un aspect secondaire du mystère chrétien, ou un caractère subjectif et particulier.

Suivant les régions et les époques, le christianisme crée des styles liturgiques profondément différents. Ainsi, les liturgies de l'Orient orthodoxe se centrent sur le rite fondamental de la « divine liturgie » ou « liturgie eucharistique ». Elles expriment, selon des rites symboliques, au travers de cérémonies solennelles et à l'aide d'un art religieux iconographique, un sens aigu du sacré et de la transcendance de Dieu. En raison de la place centrale tenue par Constantinople dans l'empire de Byzance, la liturgie byzantine prévaut encore dans l'ensemble de l'orthodoxie, même si la langue liturgique a toujours été la langue locale (selon les Églises : le slavon, le grec, l'arabe, le roumain, etc.).

La liturgie des Églises issues de la Réforme se détourne du faste et se manifeste avec sobriété : il s'agit avant tout d'une liturgie de la Parole qui vise à instaurer une écoute de foi dans l'égalité de ceux qui profèrent le verbe et de ceux qui l'entendent.

Enfin, la pratique catholique romaine s'inspire d'une liturgie sacrificielle, mise en scène par le célébrant selon une gestuelle encadrée et une alternance de poses correspondant à la diversité des activités des participants (prières, chants, lectures, communion, etc.).

Auteur: Olivier BOBINEAU
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