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Définition de : LOI /LOI NATURELLE, philosophie

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Article publié par Encyclopaedia Universalis LOI /LOI NATURELLE, philosophie La loi se définit communément comme un ensemble de règles à appliquer et à respecter. Pour cette raison, elle est très souvent rapportée au domaine du droit, qui statue sur la valeur et la validité des normes à instituer. Elle présuppose une autorité dominante, capable de sanctionner toute dérive par rapport aux conventions établies, mais elle ouvre aussi des droits et en devient la garante. Son rôle est de régir les actions et les comportements des hommes vivant dans une même communauté pour que chacun puisse s'y épanouir, comme le préconise Platon (env. 428-347 av. J.-C.) dans La République. La référence à l'idée d'une « loi naturelle » peut paraître problématique dans la mesure où instaurer une loi, c'est a priori écarter l'instinct naturel de survie individuelle pour que naisse une société portée par le souci du bien vivre collectif. La loi est constitutive de la vie organisée, de la culture ; comment peut-on la relier à l'idée de nature, à laquelle on associe généralement la sauvagerie et le désordre ? Alors que l'opposition nature /culture se radicalise e à partir du xviii siècle, la notion de loi naturelle semble échapper à la dichotomie, parce qu'elle réinterroge la notion de nature. Si l'on se reporte à celle-ci, il est possible d'en dégager des distinctions éclairantes : la nature semble, en tant qu'état, s'opposer à la culture et à l'ordre.
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LOI /LOI NATURELLE, philosophie

La loi se définit communément comme un ensemble de règles à appliquer et à respecter. Pour cette raison, elle est très souvent rapportée au domaine du droit, qui statue sur la valeur et la validité des normes à instituer. Elle présuppose une autorité dominante, capable de sanctionner toute dérive par rapport aux conventions établies, mais elle ouvre aussi des droits et en devient la garante. Son rôle est de régir les actions et les comportements des hommes vivant dans une même communauté pour que chacun puisse s'y épanouir, comme le préconise Platon (env. 428-347 av. J.-C.) dans La République.

La référence à l'idée d'une « loi naturelle » peut paraître problématique dans la mesure où instaurer une loi, c'est a priori écarter l'instinct naturel de survie individuelle pour que naisse une société portée par le souci du bien vivre collectif. La loi est constitutive de la vie organisée, de la culture ; comment peut-on la relier à l'idée de nature, à laquelle on associe généralement la sauvagerie et le désordre ? Alors que l'opposition nature /culture se radicalise à partir du xviiie siècle, la notion de loi naturelle semble échapper à la dichotomie, parce qu'elle réinterroge la notion de nature. Si l'on se reporte à celle-ci, il est possible d'en dégager des distinctions éclairantes : la nature semble, en tant qu'état, s'opposer à la culture et à l'ordre. En un autre sens, non contradictoire mais variant, la nature correspond à « l'essence » des choses. La seconde acception est actuellement dominante : il est régulièrement préconisé de chercher « sa vraie nature », comme si cette quête de l'être en soi était la règle. Si réglementation et nature peuvent être liées, comment envisager la signifiance de la relation de la loi à la nature ?

Quelle origine pour la loi ?

Entreprendre de clarifier ce qu'il convient d'entendre par « loi naturelle », c'est interroger la « nature » première de la loi, son fondement. De fait, si les lois propres à chaque société sont établies par les hommes eux-mêmes, pour la majorité des philosophes, de la Grèce antique jusqu'au xviiie siècle, la loi est déterminée par un état théologique, dont la nature, c'est-à-dire l'origine, est rapportée à Dieu lui-même. Pour Platon, si les lois civiles administrées par l'empereur permettent la liberté sans anarchie, elles reposent sur la « loi impersonnelle », celle qui suit Dieu. Mesure de toute chose, et révélation du Juste, cette loi divine et naturelle est la seule qui soit universelle. Les lois instituées par les hommes ne sont que son reflet et doivent par conséquent s'adapter aux situations, comme le préconise Platon dans Le Politique. Au-delà de ce constat, un problème fondamental ressort du désir de chercher la nature des lois : la connaissance. Les lois sont l'ensemble des conventions qui régissent les comportements et les actions ; en connaître l'origine, c'est donner du sens aux actes, aux engagements et aux événements pour construire une communauté véritable.

Au xviie siècle, défendant aussi l'acception sociale et politique de la loi, Thomas Hobbes énonce, dans Léviathan (1651), qu'« une loi de nature (lex naturalis) est un précepte, une règle générale, découverte par la raison, par laquelle il est interdit aux gens de faire ce qui mène à la destruction de leur vie ou leur enlève le moyen de la préserver, et d'omettre ce par quoi ils pensent qu'ils peuvent être le mieux préservés ». Pour lui, l'origine des lois vient des normes nécessaires à la formation de la République et les lois naturelles sont « des conclusions ou théorèmes concernant ce qui favorise la conservation et la défense des hommes ».

Si la référence communautaire et juridique de la loi naturelle est la plus répandue, les réflexions philosophiques au cours des siècles montrent qu'elle s'ouvre aussi à la métaphysique et à la science, qui cherchent à connaître les relations concomitantes entre les phénomènes. Pour écarter d'emblée le premier sens évoqué du terme « nature », se rapportant à l'idée de « milieu naturel » où survivre, il faut préciser que « loi naturelle » est le pendant de l'expression « loi de nature ». Si l'enjeu est de déterminer l'origine des choses, leur « nature », on doit trouver dans l'étymologie du terme « loi », au-delà de la référence au latin lex, qui détermine la règle générale, celle du grec logos qui signifie langage, discours et raison, tous trois formateurs du savoir. Il est possible d'envisager avec Aristote (env. 385-322 av. J.-C.), dans La Physique, que la nature est un principe organisateur, qui ne laisse pas de place au hasard. Cette conception permet de comprendre la nature elle-même comme loi principielle. Elle sera reprise ensuite par les philosophes médiévaux, qui confèrent à la loi naturelle une rationalité morale, pertinente parce que fondée par Dieu lui-même.

La loi, principe de calcul des phénomènes

Mais à partir du xviie siècle, l'expression « loi naturelle » s'écarte peu à peu de l'idée de connaissance rapportée au seul monde intelligible supérieur. Elle devient responsable de la rationalité des sciences et détermine des phénomènes constants et réguliers. Pourtant, alors que la régularité semble se confirmer par la voie de l'expérience, René Descartes déclare que celle-ci est incapable d'énoncer de lois. Les lois sont pour lui essentiellement causales, comme il le souligne dans les Principes de la philosophie (1644).

Au xviiie siècle, la référence au divin est isolée de toute explication ou de tout fondement du savoir, tandis que la notion d'expérience est légitimée au sein de la constitution des lois naturelles : Montesquieu, dans De l'esprit des lois (1748), cherche à comprendre les déterminations qui pèsent sur l'établissement des lois et montre leur dépendance à l'égard des facteurs culturels. Son idée est de rechercher les causes des phénomènes par le pouvoir de la pensée et de la réflexion.

La rupture épistémologique au xixe siècle va marquer une nouvelle acception du terme « loi » en rompant avec le déterminisme. La loi n'est plus dépendante d'une entité supérieure. Elle établit le lien entre le monde des faits et celui de la théorie, à partir de l'expérimentation. Mais, pour que la théorie soit fondée, la loi doit se trouver reliée à d'autres lois. En ce sens, elle n'est qu'un moment de l'élaboration, et intervient à un niveau normatif et évaluatif. L'idée de nature qui lui est associée lui confère un caractère régulier.

Pourtant, depuis Albert Einstein et la théorie de la relativité (1905), ce point de vue est remis en cause : il n'y existe plus de lois absolues mais relatives. La loi se confronte à l'usage. Pourrait-elle être identifiée aux « règles » wittgensteiniennes et aux jeux de langage ? Obéir à la loi, est-ce uniquement jouer dans les règles pour pouvoir maîtriser la nature des choses ? Ne peut-on à l'inverse jouer sur les règles pour saisir des événements non encore déterminés et en cela complexes ? Parallèlement à cette idée, John Von Neumann (1903-1957) montre que la complexité des faits met en jeu des interactions entre leurs composants, imposant de considérer la logique de leur fonctionnement. Il réhabilite par là même l'indétermination, comme facteurs possibles d'organisation. Rudolf Carnap, dans Les Fondements philosophiques de la physique (1966), rappelle qu'une loi générale ne peut être énoncée que si l'on observe une régularité en de nombreux cas particuliers et qu'elle sert à « expliquer des faits déjà connus et [à] prédire des faits qu'on ne connaît pas encore ». Il adopte une vision probabiliste : expliquer un phénomène, c'est pour lui en rechercher la cause et la raison universelles.

La loi naturelle serait non pas une correspondance à ce qui est dans la nature mais la conformité avec la nature des choses et avec leur fonctionnement, expérimentée par la raison.

Auteur: Marie GAUTIER
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