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Définition de : LOISIR

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Article publié par Encyclopaedia Universalis L O I S I R Traditionnellement associé au temps libre, le loisir (en latin otium, auquel s'oppose negotium) qualifie dans la cité antique une situation affranchie de la nécessité de travailler ou de servir les autres pour vivre. On retrouve le privilège de pouvoir s'occuper exclusivement de soi dans la société moderne où, à l'âge industriel, il est encore réservé aux membres des groupes sociaux aisés qui forment précisément la « classe de loisir » conceptualisée par Thorstein Veblen en 1899 (Théorie de la classe de loisir, trad. franç. 1970). e Tout au long du xx siècle, il s'est affirmé comme un droit, sensiblement différent du « droit à la paresse » revendiqué par les utopistes du siècle précédent, et de plus en plus ordonné à la réalisation de soi. Le loisir est ainsi devenu, pour tous, le temps de la vie qui n'est affecté ni au travail ni au repos. Au fil d'une série d'enquêtes et d'études (Les Loisirs dans la vie quotidienne, 1954 ; Travail et loisir, 1962 ; Loisir et culture, 1966), Joffre Dumazedier a naguère proposé d'appeler loisir toute activité qui présente simultanément les caractères suivants : la libération par rapport au travail et autres obligations de base ; le détachement de toute fin instrumentale, qu'elle soit utilitaire ou idéologique ; l'orientation vers la recherche d'un état de satisfaction ; la poursuite de fins personnelles.
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LOISIR

Traditionnellement associé au temps libre, le loisir (en latin otium, auquel s'oppose negotium) qualifie dans la cité antique une situation affranchie de la nécessité de travailler ou de servir les autres pour vivre. On retrouve le privilège de pouvoir s'occuper exclusivement de soi dans la société moderne où, à l'âge industriel, il est encore réservé aux membres des groupes sociaux aisés qui forment précisément la « classe de loisir » conceptualisée par Thorstein Veblen en 1899 (Théorie de la classe de loisir, trad. franç. 1970). Tout au long du xxe siècle, il s'est affirmé comme un droit, sensiblement différent du « droit à la paresse » revendiqué par les utopistes du siècle précédent, et de plus en plus ordonné à la réalisation de soi. Le loisir est ainsi devenu, pour tous, le temps de la vie qui n'est affecté ni au travail ni au repos.

Au fil d'une série d'enquêtes et d'études (Les Loisirs dans la vie quotidienne, 1954 ; Travail et loisir, 1962 ; Loisir et culture, 1966), Joffre Dumazedier a naguère proposé d'appeler loisir toute activité qui présente simultanément les caractères suivants : la libération par rapport au travail et autres obligations de base ; le détachement de toute fin instrumentale, qu'elle soit utilitaire ou idéologique ; l'orientation vers la recherche d'un état de satisfaction ; la poursuite de fins personnelles. Il a classé ces activités en cinq groupes répondant à des types spécifiques d'intérêts : physiques (comme le sport), pratiques (comme le jardinage), artistiques, intellectuels et sociaux (en relation avec diverses formes de sociabilité). En s'attachant plus particulièrement au contenu culturel des loisirs, Dumazedier a identifié différents genres et niveaux de vie culturelle dont il a examiné les variations selon les générations et les catégories socioprofessionnelles. Et ce sont les problèmes de la démocratie culturelle qu'aborde Vers une civilisation du loisir ? (1962).

S'il signifie globalement la faculté de pouvoir librement disposer de son temps, le loisir peut être conçu de différentes façons : comme délassement, divertissement ou développement. L'accent mis sur ce dernier terme conduit à considérer le temps libre comme occasion, pour l'individu, de retrouver l'initiative créatrice qui lui est refusée dans le travail aliéné. C'est la réalisation personnelle qui est visée dans cette perspective, et elle est atteinte par des voies multiples que retracent les enquêtes sur les pratiques culturelles. La réflexion sur le loisir se noue ainsi autour de thèmes qui sont ceux de la sociologie des loisirs. Celle-ci intègre, outre les différentes formes d'épanouissement personnel, toutes les possibilités de délassement et de divertissement offertes par la société de consommation. Elle s'intéresse aux différents modes d'occupation d'un temps libre progressivement augmenté par les congés payés, la réduction du temps de travail puis l'abaissement de l'âge de la retraite.

Il n'est pas assuré que, dans cette société, l'initiative créatrice soit pleinement restituée à l'individu. Les loisirs de ce dernier sont susceptibles, comme ses plaisirs, d'être eux aussi aliénés, au sein d'un ordre social où les stratégies publicitaires s'appliquent à dessiner les figures du désirable. Une politique des loisirs peut être également mise en œuvre par un système étatique, associatif ou autre afin d'orienter, en vue d'un but déterminé, les activités de loisir d'une collectivité. Celles-ci cessent de correspondre, dans ces conditions, à cet « ensemble mouvant et complexe d'occupations auxquelles l'individu s'adonne de plein gré », c'est-à-dire à la définition qu'en avait donnée Dumazedier. La différenciation qui sépare les valeurs du travail de celles du loisir s'est cependant estompée au cours des deux dernières décennies. Le temps libre n'est plus la seule condition de la réalisation de soi. On entend également trouver l'épanouissement personnel au sein de l'activité professionnelle, dont les modalités tendent à être mieux ajustées aux attentes et aux goûts de l'individu qui l'exerce.

Auteur: Bernard VALADE
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