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Définition de : MÉDIUM ET TECHNIQUE, arts et architecture

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Article publié par Encyclopaedia Universalis MÉDIUM ET TECHNIQUE, arts et architecture Rapprocher les notions de « médium » et de « technique » revient à s'intéresser à deux aspects de la création, celui du moyen de communication (medium en latin) et celui de la genèse de l'œuvre (technè en grec signifie technologie et intention théorique). Or la relation entre médium et technique apparaît bien avant l'époque gréco-romaine, puisque des indices semblent prouver son existence dès qu'apparaissent les images préhistoriques. Quant à la période récente, son originalité est de favoriser, avec le développement de la diffusion documentaire informatique et numérique, une relation forte et nouvelle entre les deux notions. EEnn aarchhééoolloggiee eet een hiissttoirree Parmi les premières images, les empreintes négatives ou positives de mains, dans des grottes comme Gargas (Hautes-Pyrénées) attestent qu'il y a 27   000 ans, l'homme a été son propre médium auprès de ses contemporains, de ses ancêtres ou de ses dieux. Dans ce cadre sombre, l'expression graphique de la conscience d'être a aussi été celle de la reconnaissance des autres êtres vivants, des humains et des animaux. Dans la grotte Chauvet, en Ardèche, depuis 30  000 à 32  000 ans, quatre-vingt-dix empreintes de paumes de main de femme ou d'enfant d'environ dix ans forment un espace orné dessinant le profil d'un bison ou d'un rhinocéros. Ainsi l'expression imagée de la présence humaine se transformait-elle en présence animale.
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MÉDIUM ET TECHNIQUE, arts et architecture

Rapprocher les notions de « médium » et de « technique » revient à s'intéresser à deux aspects de la création, celui du moyen de communication (medium en latin) et celui de la genèse de l'œuvre (technè en grec signifie technologie et intention théorique). Or la relation entre médium et technique apparaît bien avant l'époque gréco-romaine, puisque des indices semblent prouver son existence dès qu'apparaissent les images préhistoriques. Quant à la période récente, son originalité est de favoriser, avec le développement de la diffusion documentaire informatique et numérique, une relation forte et nouvelle entre les deux notions.

En archéologie et en histoire

Parmi les premières images, les empreintes négatives ou positives de mains, dans des grottes comme Gargas (Hautes-Pyrénées) attestent qu'il y a 27 000 ans, l'homme a été son propre médium auprès de ses contemporains, de ses ancêtres ou de ses dieux. Dans ce cadre sombre, l'expression graphique de la conscience d'être a aussi été celle de la reconnaissance des autres êtres vivants, des humains et des animaux. Dans la grotte Chauvet, en Ardèche, depuis 30 000 à 32 000 ans, quatre-vingt-dix empreintes de paumes de main de femme ou d'enfant d'environ dix ans forment un espace orné dessinant le profil d'un bison ou d'un rhinocéros. Ainsi l'expression imagée de la présence humaine se transformait-elle en présence animale.

L'archéologie offre plus généralement des vestiges répertoriés, mis en fiches et traités de manière statistique et analytique par les archéologues. Selon eux, la catégorie des outils retrouvés dans les fouilles représente un médium qui permet d'entrer en communication avec le passé des hommes. Les documents matériels permettent aux archéologues de définir des périodes correspondant chacune à un médium, afin de reconstituer, dans les limites des sources et de leurs interprétations, de véritables civilisations disparues.

Quant à l'histoire, depuis plus d'un siècle, ceux qui l'étudient ont élargi leur domaine et se préoccupent de démographie, d'économie, de mouvements politiques. Pour chaque thème, des bases de données sont aujourd'hui constituées, réunissant par exemple des microfilms de manuscrits médiévaux dans la base appelée Médium. Ainsi, de grands programmes de numérisation des plus importants centres d'archives au monde ont été créés, qui modifient les techniques de l'érudition.

Pour les arts et l'architecture

L'appellation « médium » ou « médium à peindre » correspond dès la fin de la Renaissance, en Italie, en Flandre et en Angleterre, à un produit spécifique : « À une huile siccative plus ou moins saponifiée par de la litharge (contenant du savon de plomb) est additionnée une solution de résine naturelle mastic contenant environ 50 p. 100 d'acides triterpéniques » (Jean Petit, Jacques Roire et Henri Valot, Des liants et des couleurs pour servir aux artistes-peintres et aux restaurateurs, 1995). Une réaction fait apparaître des savons de plomb qui, peu solubles au repos, se liquéfient sous le mouvement du pinceau, permettant une peinture précise, sans mélange accidentel de couleurs, condition de la perfection exigée du médium (au sens moderne), lorsqu'il s'agit d'une peinture religieuse et sacrée.

Les historiens de l'art parlent aujourd'hui, par exemple, de « l'importance de l'image comme médium de la propagande bonapartiste », celle-ci empruntant à la grande tradition de la peinture d'histoire, mais aussi du portrait sculpté, et encore au renouvellement, dans la production de la Manufacture de Sèvres, de services de porcelaine au décor historié et personnifié.

Quant à la photographie, née avec Nicéphore Niépce en 1827, elle a été considérée comme « le médium des temps modernes ». Elle est à l'origine de l'histoire de l'art comparative, tout en étant influencée par elle, et en particulier par la peinture, la sculpture et l'archéologie monumentale. Elle a également été à l'origine d'un autre médium, qualifié de « septième art » : le cinéma.

L'art contemporain a engagé des débats approfondis sur le médium, modifiant souvent, et parfois considérablement, la perception du rôle de la technique. Les interventions chirurgicales que subit Orlan dans les années 1990, se servant de son propre corps comme d'un médium, produisent des archives dans l'action artistique, l'opération même qui altère son visage s'inscrivant dans un temps non reproductible. En revanche, les Anthropométries, empreintes bleues de femmes utilisées comme des pinceaux vivants par Yves Klein en 1960, sont le résultat, devenu pérenne, d'événements éphémères. Le choix du médium par l'artiste contemporain se fait en fonction du message qu'il cherche à délivrer, des interrogations soulevées et de contradictions émergentes. Le médium peut déterminer une discipline artistique ou culturelle, qu'il s'agisse de land art, de performance ou d'art conceptuel. L'intellectualisation de la notion de médium, qui donne parfois l'impression de repousser au second plan les préoccupations techniques, est encouragée par l'explosion du domaine informatique. En effet, l'informatique (dont l'image numérique est l'une des expressions) met à notre disposition la possibilité de revisiter des millions d'exemples visuels, qui alimentent une puissante dialectique de l'art, et du culturel en général, avec le document. Notre avenir dépendra sans doute de la nouvelle synthèse que nous saurons construire entre les besoins de nos cultures et les ressources de l'imagerie scientifique, au sein d'une société technique de l'information considérablement élargie.

Quant à l'architecture contemporaine, elle sait intégrer médium et technique. À la suite des réflexions de Le Corbusier sur la fonction et l'esthétique architecturales, ou de Louis I. Kahn sur la lumière en architecture, des architectes contemporains comme Renzo Piano (dans sa conception, avec Richard Rogers, du Centre Georges-Pompidou à Paris, en 1977) ou Norman Foster (avec le réaménagement du British Museum à Londres, en 2000) gèrent leurs projets en combinant programmes informatiques et réalisations architecturales. Architectes, ils sont alors à la fois concepteurs et ingénieurs.

Auteur: Jean-Pierre MOHEN