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Définition de : MIGRATION

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Article publié par Encyclopaedia Universalis MIGRATION Migrer, c'est se déplacer, changer de lieu. La migration des populations est considérée comme une des formes de la mobilité qui s'inscrit dans l'espace géographique. Cette notion désigne à l'origine le déplacement d'un pays à un autre en vue de s'y établir. On a par la suite employé le mot pour désigner des déplacements de moindre amplitude spatiale et temporelle : migrations journalières ou pendulaires pour les navettes quotidiennes, migrations de vacances. Pour ces mouvements, beaucoup préfèrent cependant le terme générique de mobilité. L'emploi scientifique du terme migration est réservé au sens restreint de déplacements exceptionnels entraînant l'installation durable dans un lieu autre que le lieu d'origine. On mesure toutefois à quel point la limite entre mobilité et migration est subjective, d'autant que la notion de résidence habituelle est aujourd'hui remise en cause par l'extension de la double résidence et la distension de l'espace habituel de vie. En ce sens, on peut considérer que le nomadisme n'est pas une migration. La migration, parce qu'elle se situe à la fois dans le temps et dans l'espace, qu'elle est renouvelable et réversible, est donc un phénomène difficile à appréhender ; sa définition est en partie subjective, et sa mesure particulièrement malaisée.
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MIGRATION

Migrer, c'est se déplacer, changer de lieu. La migration des populations est considérée comme une des formes de la mobilité qui s'inscrit dans l'espace géographique. Cette notion désigne à l'origine le déplacement d'un pays à un autre en vue de s'y établir. On a par la suite employé le mot pour désigner des déplacements de moindre amplitude spatiale et temporelle : migrations journalières ou pendulaires pour les navettes quotidiennes, migrations de vacances. Pour ces mouvements, beaucoup préfèrent cependant le terme générique de mobilité. L'emploi scientifique du terme migration est réservé au sens restreint de déplacements exceptionnels entraînant l'installation durable dans un lieu autre que le lieu d'origine. On mesure toutefois à quel point la limite entre mobilité et migration est subjective, d'autant que la notion de résidence habituelle est aujourd'hui remise en cause par l'extension de la double résidence et la distension de l'espace habituel de vie. En ce sens, on peut considérer que le nomadisme n'est pas une migration.

La migration, parce qu'elle se situe à la fois dans le temps et dans l'espace, qu'elle est renouvelable et réversible, est donc un phénomène difficile à appréhender ; sa définition est en partie subjective, et sa mesure particulièrement malaisée.

De l'étude statistique à l'analyse systémique

L'étude du fait migratoire est un champ ancien et privilégié de la recherche (histoire, géographie de la population), car la distribution des hommes dans le monde résulte en grande partie des migrations passées (l'exemple le plus marquant étant le peuplement du continent américain) ; quant aux migrations actuelles, qui concernent un nombre croissant de pays, elles sont au cœur des préoccupations des États. Les approches du phénomène ont cependant largement évolué.

On a d'abord privilégié l'analyse statistique, avec le calcul de la migration nette ou balance migratoire (solde entre départs et arrivées) et de la migration totale (somme des départs et des arrivées), qui rend compte de l'ensemble des mouvements de populations. À la mesure des flux et des stocks de migrants s'est ajoutée l'analyse des effets de la migration sur les espaces de départ et d'arrivée. Utilisés à l'origine par les économistes, les concepts de push et de pull ont également été mobilisés, afin de déterminer l'importance des facteurs de répulsion et d'attraction. Si le chiffrage des variables, tant économiques que psychologiques, peut sembler illusoire, l'étude qualitative des facteurs d'émigration (famine, misère, manque d'emploi, persécutions politiques ou religieuses...) et d'immigration (recherche de terres nouvelles, d'emploi, de conditions de vie meilleures...) demeure pertinente. Les besoins économiques semblent être une constante dans les motivations de la plupart des migrants, mais les géographes ont montré que les événements politiques (réfugiés d'aujourd'hui), les progrès de la scolarisation, des transports et la diffusion des médias déterminent de nombreux courants migratoires.

Dans les années 1980, le stade de la description du phénomène se voit dépassé au profit de l'analyse systémique. Les problématiques d'un grand nombre de travaux s'orientent désormais vers une analyse plus sociologique de l'ensemble des acteurs du processus migratoire et des stratégies qu'ils déploient (notions de champ et de réseau migratoires). Ce renversement de perspective, substituant à une vision misérabiliste du migrant celle d'un acteur mobilisant des ressources propres, est saisissant (Nancy Green, Repenser les migrations, 2002).

Migrations internes et migrations internationales

Selon que le migrant franchit ou non une frontière internationale, on parle de migration internationale ou de migration interne. Ces déplacements sont distingués également selon la durée (migration temporaire, de longue durée, définitive), les motifs (éducation et formation, recherche d'un emploi, regroupement familial, exil politique...), la liberté de décision (migration spontanée ou forcée). Ces classifications, certes commodes, sont néanmoins simplificatrices : le projet d'un migrant peut évoluer dans le temps, et les raisons de son déplacement se mêlent souvent entre elles.

La plus grande partie des migrations s'effectuent à l'intérieur des limites nationales. Les géographes réservent une place particulière aux migrations des ruraux vers les villes (Jean Pitié, L'Exode rural, 1979), phénomène achevé dans les pays industrialisés, mais fondamental pour la compréhension de la répartition actuelle de la population, notamment en Europe. Aujourd'hui, les flux migratoires les plus intenses dans tous les pays industrialisés s'établissent de ville à ville, avec comme trait original l'importance des mouvements de retraités.

Dans les pays en développement, l'exode rural est le principal facteur de la croissance urbaine exceptionnelle qui a marqué la seconde moitié du xxe siècle. Son importance occulte parfois l'existence de migrations entre zones rurales (fronts pionniers de conquête de terres...).

Quant aux migrations internationales, la réalité statistique est très en deçà de l'importance qu'on leur accorde souvent : 130 à 150 millions de personnes sont concernées chaque année, soit seulement 2 à 2,5 p. 100 de la population mondiale. Les grands courants migratoires, les diasporas (chinoise, indienne...) ont été étudiés depuis l'Antiquité jusqu'aux mouvements transocéaniques du xixe siècle. La figure classique du migrant quittant son foyer de l'Europe rurale pour gagner le Far West, symbole des « pays neufs », a cédé la place à celle du Mexicain ou du Maghrébin, qui suivent un chemin similaire du Sud vers le Nord.

Les flux migratoires se sont mondialisés ; les « pays du Nord », notamment les États-Unis, sont les principaux pays d'accueil (Gildas Simon, Géodynamiques des migrations internationales dans le monde, 1995). Mais des pays d'émigration traditionnelle reçoivent à leur tour des immigrants, en Europe méridionale (l'Espagne et l'Italie par exemple) et, plus récemment, en Europe centrale et orientale. Les migrations entre « pays du Sud » ont longtemps été ignorées par la recherche (sans doute en raison de leur importance numérique moindre). Pourtant, plus de la moitié des migrants dans le monde quittent de nos jours un pays en développement pour en rejoindre un autre. Ces migrations sont souvent forcées par la pauvreté, les conflits, les catastrophes naturelles, et s'orientent par défaut face à la fermeture des frontières au Nord.

Dans le contexte actuel, marqué par les difficultés économiques, et la montée des peurs et des fantasmes liés à la figure de l'immigré, ces préoccupations nouvelles alimentent des questionnements géopolitiques entre pays d'arrivée et espaces de départ (régulation des migrations, transferts d'économies...).

Aujourd'hui, la mobilité, synonyme de liberté de mouvement, d'échange, de faculté d'adaptation est valorisée. Reste que le discours développé par les pays d'accueil n'est pas dénué d'ambiguïté : l'encouragement à la mobilité de leurs ressortissants contraste avec l'accueil équivoque réservé aux migrants.

Auteur: LUCILE MEDINA-NICOLAS
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