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Définition de : MODERNITÉ ET POSTMODERNISME, architecture

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Article publié par Encyclopaedia Universalis MODERNITÉ ET POSTMODERNISME, architecture Dans le domaine de l'architecture contemporaine, les notions de modernité et de postmodernisme sont complexes et problématiques. Pour en clarifier le sens, il importe de distinguer modernité, Mouvement moderne, modernisme et postmodernisme. Si, pour l'historien, la période des temps modernes s'ouvre avec la Renaissance, le terme « modernité », inventé par Baudelaire, naît seulement au e milieu du xix siècle. Désormais, l'époque se pense elle-même comme moderne. En architecture, la modernité peut être définie à partir de plusieurs caractéristiques. Elle est alors affaire de nouvelles techniques et de nouveaux procédés de construction, qui introduisent de nouvelles questions dans l'ordre du bâti. Les différents types d'architecture métallique apparus au cours du e xix siècle, puis la mise au point, après le ciment armé, du béton armé, à partir e du début du xx siècle, introduisent de nouveaux rapports entre forme et construction, structure et apparence. Les modernes plaident pour que l'architecte tire parti de ces matériaux. L'industrialisation du bâtiment et de ses composants implique d'autres façons de penser l'édifice. La notion de série, la mise au point de standards et de prototypes, la production de masse deviennent des données essentielles. Les processus de la commande publique et privée s'en trouvent bouleversés.
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MODERNITÉ ET POSTMODERNISME, architecture

Dans le domaine de l'architecture contemporaine, les notions de modernité et de postmodernisme sont complexes et problématiques. Pour en clarifier le sens, il importe de distinguer modernité, Mouvement moderne, modernisme et postmodernisme.

Si, pour l'historien, la période des temps modernes s'ouvre avec la Renaissance, le terme « modernité », inventé par Baudelaire, naît seulement au milieu du xixe siècle. Désormais, l'époque se pense elle-même comme moderne. En architecture, la modernité peut être définie à partir de plusieurs caractéristiques. Elle est alors affaire de nouvelles techniques et de nouveaux procédés de construction, qui introduisent de nouvelles questions dans l'ordre du bâti. Les différents types d'architecture métallique apparus au cours du xixe siècle, puis la mise au point, après le ciment armé, du béton armé, à partir du début du xxe siècle, introduisent de nouveaux rapports entre forme et construction, structure et apparence. Les modernes plaident pour que l'architecte tire parti de ces matériaux. L'industrialisation du bâtiment et de ses composants implique d'autres façons de penser l'édifice. La notion de série, la mise au point de standards et de prototypes, la production de masse deviennent des données essentielles. Les processus de la commande publique et privée s'en trouvent bouleversés.

Sur le plan fonctionnel, de nouveaux programmes apparaissent à partir du xixe siècle (usines, gares, pavillons d'expositions universelles, gratte-ciel, et plus tard, garages, aéroports, etc.), qui posent avec acuité le rapport forme /fonction. Le fonctionnalisme, comme théorie d'une satisfaction rationnelle des usages, s'impose comme idéologie de la modernité : « La forme découle de la fonction », affirme l'architecte américain Louis Henry Sullivan (1856-1924), à la fin du xixe siècle.

Sur le plan esthétique, la modernité se définit par la rupture avec l'éclectisme et l'historicisme. Elle se pense comme une coupure dans l'histoire des formes et affirme qu'une sorte de « table rase » est possible.

Mouvement moderne et projet moderniste

À des degrés divers, ces caractéristiques se retrouvent chez les architectes d'avant-garde du xxe siècle que sont Le Corbusier (1887-1965), Mies van der Rohe (1886-1969) ou Gropius (1883-1969). Les années 1920 apparaissent rétrospectivement comme décisives dans l'histoire de l'architecture contemporaine. C'est l'époque où se constitue le Mouvement moderne, dont les architectes, dans une perspective hégélienne de l'histoire, sont persuadés de traduire en architecture l'esprit du temps (Zeitgeist), c'est-à-dire ce qui constitue à leurs yeux l'originalité et l'unicité profonde de leur époque. L'architecture moderne est perçue comme la seule solution possible aux problèmes que pose la civilisation mécanique contemporaine. Ces convictions, imprégnées du sens de la mission sociale de l'architecture et de l'idée du progrès historique, fondent ce que l'on pourrait appeler le modernisme architectural. Ainsi compris, le projet moderne s'inscrit dans la filiation politique et sociale du siècle des Lumières.

L'historiographie de l'architecture contemporaine a imposé une lecture longtemps univoque de la modernité. Les historiens les plus éminents se sont faits les défenseurs d'une architecture d'avant-garde, en rupture avec l'héritage académique. Ces thèses ont été formulées dans les années 1930 et 1940, notamment par Nikolaus Pevsner (Pioneers of the Modern Movementet from William Morris to Walter Gropius, 1936) et Siegfried Giedion (Espace, Temps, Architecture. La naissance d'une nouvelle tradition, 1941, trad. franç., 1968). Après la Seconde Guerre mondiale, elles ont été confirmées dans les importants écrits de Leonardo Benevolo et Bruno Zevi (Le langage moderne de l'architecture, 1973, trad. franç., 1981). À partir des années 1960, cependant, la contestation du projet moderne se fait entendre chez Reyner Banham et Manfredo Tafuri. Depuis les années 1980, Kenneth Frampton (Histoire critique de l'architecture moderne, 1980, trad. franç., 1985), William Curtis (Modern Architecture since 1900, 1982) et Alan Colquhoun (Modern Architecture, 2002) procèdent à des relectures critiques de l'histoire de l'architecture, tout en restant dans le cadre général de la défense du projet moderne. Pour ces historiens, la modernité architecturale est un fait, elle continue d'être la réponse la plus adéquate et la plus souple aux bouleversements techniques, sociaux et artistiques qui désormais ne concernent plus seulement les pays développés.

Modernité plurielle et postmodernisme

Pour autant, le xxe siècle a été traversé de courants traditionalistes, néo-classiques, voire historicistes, souvent ignorés par les historiens modernistes. La modernité ne peut donc être assimilée à l'avant-garde, au Mouvement moderne, au modernisme, au style international. Elle englobe tout à la fois le Mouvement moderne et les résistances à ce mouvement, et inclut des contenus contradictoires, qui s'écartent d'un schéma linéaire et téléologique. Dans ces conditions, que représente le postmodernisme ?

Paradoxal au premier abord (comment peut-on se situer après la modernité ?), le terme désigne un ensemble de pratiques et de réflexions qui, à partir des années 1970, remettent en question un certain nombre de principes de l'architecture du modernisme. Ses formes d'expression sont diverses et complexes, en particulier selon qu'on envisage le contexte européen ou la situation nord-américaine. Par bien des aspects, le postmodernisme prend le contre-pied des pratiques et des choix modernistes. Imprégné de réflexions sémiologiques, il insiste sur l'architecture comme support de signification. Les postmodernistes prônent une architecture parlante en accumulant références et citations dans leurs œuvres. De nouveaux rapports à l'histoire sont donc à l'œuvre dans cette resémantisation volontariste de l'architecture. L'histoire offre un catalogue de formes et de motifs susceptibles d'être utilisés dans de nouveaux contextes. Dans cette perspective, les œuvres des architectes modernes des années 1920 et 1930 peuvent être citées au même titre que les temples grecs ou les palais maniéristes du xvie siècle européen. Pour Charles Jencks, qui s'en est fait le propagandiste dans son livre à succès Le Langage de l'architecture postmoderne (1977, trad. franç., 1985), le postmodernisme se définit par une architecture du double codage (double coding) : il doit combiner des éléments de la culture savante et de la culture populaire, de manière à être compris et apprécié par le plus grand nombre. L'architecture comme image prend le pas sur l'architecture comme espace à vivre ou instrument de transformation sociale. Ce point a été défendu par l'architecte américain Robert Venturi, théoricien du postmodernisme, dans un petit traité (Complexity and Contradiction in Architecture, 1966, trad. franç., De l'ambiguïté en architecture, 1971). Le postmodernisme apparaît ainsi comme un avatar contemporain de l'éclectisme architectural, parfois avec des tonalités ironiques ou humoristiques.

Face à la volonté de rupture affichée par les avant-gardes, les postmodernes revendiquent un souci de continuité historique à la fois dans l'architecture et dans la manière de penser la ville, d'y intervenir. Le livre de l'architecte italien Aldo Rossi L'Architecture de la ville (1966, trad. franç., 1984) marque à cet égard un tournant décisif. Le souci du contexte culturel et urbain inscrit le postmodernisme dans le respect de l'existant et dans une histoire continue.

Pour certains auteurs, le postmodernisme marquerait une rupture radicale avec le projet de modernité architecturale et politique dont les origines remonteraient au xviiie siècle. À rebours d'une lecture univoque assimilant modernité et avant-garde, il faut cependant reconnaître le caractère pluriel des expressions architecturales de la modernité. Vu sous cet angle, le postmodernisme apparaît comme une réaction salutaire aux limites du Mouvement moderne.

Pour autant, il met l'accent sur l'apparence de l'objet architectural, exprime un scepticisme à l'égard du progrès ou des utopies et prône les continuités historiques. Cette tendance diversifiée n'en participe pas moins de la modernité comme phase historique, caractérisée par l'industrialisation, le machinisme, la circulation omniprésente des images et des informations et par une urbanisation plus ou moins maîtrisée.

Auteur: Claude MASSU
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