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Définition de : MONISME /DUALISME

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Article publié par Encyclopaedia Universalis MONISME /DUALISME Le terme monisme n'est apparu dans la langue française que dans le dernier e quart du xix siècle, à partir de l'allemand Monismus, forgé sur le grec monos (« unique »). Il désigne un système de pensée, philosophique, idéologique, qui explique le monde en dehors de toute révélation et création divines, par un principe unique, alors que d'autres systèmes en admettent deux ou plusieurs. Monisme s'oppose donc à dualisme et à pluralisme. Selon l'unique principe invoqué, plusieurs systèmes monistes ont existé bien avant qu'un terme général ne les désigne. Le monisme L'Antiquité classique a connu ainsi un monisme panthéiste où le dieu est confondu avec la Nature. Les stoïciens ont affirmé l'unité du monde comme être raisonnable dont l'ordre et l'harmonie sont divins. Mais c'est Spinoza (1632-1677) qui fournit l'exemple du monisme le plus strict. Il définit l'être de la Substance comme la Nature éternelle, nécessaire et totale. L'être premier, le plus parfait, c'est la Nature qui est la substance active et puissante car elle produit l'infinité des êtres selon de multiples modalités (Éthique, livre I). C'est bien là un système unitaire d'immanence qui entend répondre à toute explication dualiste du monde en affirmant l'unité de la Nature sans aucune transcendance. Déjà, chez Marin Mersenne (1588-1648), on notait « la volonté de faire du monde une immense horloge sans intention et sans e âme ».
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MONISME /DUALISME

Le terme monisme n'est apparu dans la langue française que dans le dernier quart du xixe siècle, à partir de l'allemand Monismus, forgé sur le grec monos (« unique »). Il désigne un système de pensée, philosophique, idéologique, qui explique le monde en dehors de toute révélation et création divines, par un principe unique, alors que d'autres systèmes en admettent deux ou plusieurs. Monisme s'oppose donc à dualisme et à pluralisme. Selon l'unique principe invoqué, plusieurs systèmes monistes ont existé bien avant qu'un terme général ne les désigne.

Le monisme

L'Antiquité classique a connu ainsi un monisme panthéiste où le dieu est confondu avec la Nature. Les stoïciens ont affirmé l'unité du monde comme être raisonnable dont l'ordre et l'harmonie sont divins. Mais c'est Spinoza (1632-1677) qui fournit l'exemple du monisme le plus strict. Il définit l'être de la Substance comme la Nature éternelle, nécessaire et totale. L'être premier, le plus parfait, c'est la Nature qui est la substance active et puissante car elle produit l'infinité des êtres selon de multiples modalités (Éthique, livre I). C'est bien là un système unitaire d'immanence qui entend répondre à toute explication dualiste du monde en affirmant l'unité de la Nature sans aucune transcendance. Déjà, chez Marin Mersenne (1588-1648), on notait « la volonté de faire du monde une immense horloge sans intention et sans âme ». La philosophie mécaniste du xviie siècle explique la Nature par les lois des mouvements de cette Nature qui est sans âme et sans vie. Car ces lois ne résultent pas d'une volonté intrinsèque, elles sont immanentes à la Nature même, expliquera Pierre Simon de Laplace dans son Exposition du système du monde (1795).

Le monisme matérialiste se réfère exclusivement à la notion de matière et de ses lois pour expliquer la totalité du monde physique et moral dans une perspective d'expérimentation scientifique, depuis l'atomisme antique jusqu'au xixe siècle finissant. Lorsque le biologiste allemand Ernst Haeckel (1834-1919) théorise le monisme, il explique que le monde est l'unique domaine de la substance, composée de matière et d'énergie. L'unité et la validité de la science ne peuvent reposer que sur l'expérience empirique. Ce qui implique la négation de toute révélation divine. Or les fondements de ce monisme scientifique sont, dit-il, la loi de la conservation de la matière (Antoine Laurent Lavoisier) et la loi de la conservation de l'énergie, découverte en 1842 par Robert Mayer au sein du métabolisme organique. Les progrès de la recherche moléculaire, nucléaire et des neurosciences devaient rapidement relativiser ce monisme matérialiste scientifique, que le matérialisme dialectique a tenté, un temps, de remplacer sur le plan idéologique.

Un troisième type de monisme, dans la pensée occidentale, selon lequel le monde n'est défini que comme la représentation d'un sujet pensant, peut être enfin évoqué. Dans cet idéalisme absolu, il n'existe d'autre réalité que l'objet dans la représentation que s'en fait l'être humain, qui devient ainsi l'unique mesure de toute chose.

Le dualisme

Comme pour monisme, le terme dualisme est d'invention relativement récente (Thomas Hyde, en 1700, pour caractériser la religion iranienne des Deux Esprits). D'une manière générale, le dualisme désigne une doctrine philosophique ou religieuse qui admet dans l'univers la présence de deux principes irréductibles et antagonistes, qui fondent l'existence de tout ce qui constitue le monde. Comme déjà l'avaient pensé les pythagoriciens (vie siècle avant notre ère), c'est parce que toute chose a son contraire (chaud /froid ; droite /gauche ; homme /femme ; jour /nuit) qu'un dualisme des contraires a pu sous-tendre des systèmes de classification binaire et influencer une vision philosophique ou religieuse du monde des hommes. De fait, ce dualisme se retrouve dans de nombreux mythes où intervient un démiurge roublard, le trickster. Ce dualisme s'est aussi fondé sur l'affirmation que tout être humain est composé d'un élément biologique, le corps, et d'un autre, « esprit » ou « âme », dont il n'est pas propriétaire et qui lui semble pouvoir exister indépendamment de son propre corps. Ainsi s'est développé un dualisme ontologique et cosmologique qui interprète en termes d'éthique l'opposition entre deux principes, le Bien et le Mal.

Il s'ensuit une grande variété de dualismes : si l'on considère que le monde est mauvais, il s'agit d'un dualisme anticosmique ; que la matière, donc le corps, est mauvaise, c'est un antisomatisme ; que, dans le monde, l'opposition entre les deux principes n'est pas aussi radicale, on parle de dualisme mitigé. Le zoroastrisme, par exemple, est une religion dualiste procosmique et prosomatique. Mais le platonisme, dont l'influence fut si grande dans la pensée occidentale, est fortement antisomatique mais non pas anticosmique. Car, pour Platon, l'univers physique est bien une émanation du divin ; il n'est donc pas mauvais en soi. Mais, en tant que prison de l'intellect, il est inférieur sur le plan ontologique. Quant au gnosticisme, qui est un dualisme pessimiste, il s'est développé aux débuts du christianisme dont il a utilisé souvent les concepts. Il contredit à la fois l'idée de la création par un Dieu bon et l'idée que le monde a été créé pour l'homme. Le démiurge est, en réalité, un ignorant ; le monde qu'il a créé est mauvais et, pour se sauver, l'homme doit s'en évader.

Le manichéisme représente le dualisme le plus radical. Fondé au iiie siècle de notre ère comme une religion à prétention universelle, il affirme que le monde est un mélange où s'affrontent les Ténèbres et la Lumière qui sont des principes éternels et inengendrés. Les âmes, elles, sont englouties dans la matière, enchaînées dans les corps. La lutte entre le Bien et le Mal, dans l'être humain comme dans l'univers, contraint le fidèle à un ascétisme rigoureux qui seul peut le délivrer des appétits charnels. Le retour aux origines, c'est-à-dire la séparation radicale de ces deux principes actuellement mélangés dans le monde, peut apporter le salut aux hommes.

Cette même structure dualiste se retrouve chez les cathares de Lombardie comme chez ceux du Languedoc au Moyen Âge. Pour eux, le problème fondamental est celui du Mal omniprésent dans ce monde. Pour ne pas en rendre responsable le Dieu créateur, il faut évidemment supposer l'existence de deux mondes, de deux royaumes, celui du Bien et celui du Mal. D'où l'affirmation de l'existence de deux Dieux, l'un entièrement bon et l'autre totalement mauvais. Ce dualisme radical sous-tend ainsi obligatoirement une théodicée. Car, si Dieu est bon et omniscient, il devait savoir que Lucifer, Seigneur des Ténèbres, se révolterait avec les anges contre Lui, et donc il les a créés mauvais. Dieu est donc la cause même du mal. Ou alors, s'il n'est pas responsable, il est bon mais pas omniscient (Livre des deux principes, école de Jean de Lugio).

Ainsi, sous des formes multiples, les dualismes philosophiques et religieux se fondent sur des expériences humaines fondamentales : l'opposition des contraires et l'existence du Mal dans le monde des hommes.

Auteur: Michel MESLIN