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MONNAIE

La monnaie est l'intermédiaire par lequel les agents effectuent leurs transactions. On lui associe trois fonctions. En tant qu'unité de mesure, ou numéraire, elle sert à évaluer les biens et les activités économiques. En tant qu'intermédiaire général des échanges, elle est acceptable en contrepartie des différents biens, ce qui évite le recours au troc et permet d'organiser les échanges à moindre coût. En tant que réserve de valeur, son utilisation peut être retardée dans le temps, et elle représente un stock de pouvoir d'achat disponible pour les transactions futures.

La monnaie en tant qu'intermédiaire général des échanges

La fonction d'intermédiaire des échanges est celle qui caractérise le mieux la monnaie, puisque l'unité de mesure peut être différente de la monnaie utilisée (en France, beaucoup de biens sont encore mesurés en francs et non en euros, par exemple) et que, comme réserve de valeur, la monnaie est dominée par les titres rapportant intérêt. La plus grande partie de la demande de monnaie est ainsi reliée au motif de transaction. Il s'agit d'une demande d'encaisses réelles, indiquant que, si les prix sont plus élevés, les individus auront davantage besoin de monnaie pour effectuer leurs transactions. Cette demande d'encaisses réelles dépend positivement du revenu national, qui est un bon indicateur des transactions effectuées durant l'année, et négativement du taux d'intérêt nominal. En effet, si le taux d'intérêt est plus élevé, les ménages auront tendance à conserver plus longtemps leur richesse sous forme de titres rapportant intérêt et à accroître la fréquence de leurs retraits de monnaie auprès des banques, de sorte que la quantité moyenne de monnaie détenue sera plus faible.

La capacité d'un bien à être accepté comme intermédiaire dans les échanges est appelée liquidité. La monnaie constitue donc, par définition, l'actif le plus liquide, alors que les autres éléments du patrimoine des ménages (comme les actions, les obligations ou les biens immobiliers) sont moins liquides, puisqu'on ne peut les convertir en monnaie qu'avec un délai ou en risquant de subir une perte. Néanmoins, la frontière entre la monnaie et d'autres actifs très liquides, comme les parts de Sicav, par exemple, est floue, de sorte que les formes de la monnaie se modifient au fil des époques. Ainsi, la monnaie a-t-elle été, un temps, constituée de métal précieux (or et argent). La fonction de réserve de valeur était alors privilégiée, au détriment de la fonction d'intermédiaire des échanges (seules les prétendues mauvaises monnaies, c'est-à-dire celles contenant le moins de métal précieux, circulaient dans l'échange) et de la fonction de numéraire (puisque l'unité de mesure avait elle-même une valeur intrinsèque fluctuante, occasionnant des difficultés d'évaluation des biens). La dématérialisation de la monnaie a permis de dépasser ces difficultés et de mettre en évidence que la principale fonction de la monnaie était celle d'intermédiaire des échanges.

L'évolution des formes de la monnaie

De nos jours, la monnaie au sens strict est constituée des pièces, des billets et surtout des dépôts détenus par les ménages sur leurs comptes chèques. Ce sont les moyens de paiements qui définissent l'agrégat monétaire le plus étroit, l'agrégat M1. On définit également des agrégats plus larges, qui, outre M1, comprennent les placements à vue en euros rémunérés, tels les comptes sur livret (M2), ou encore tous les dépôts en devises et les placements à terme (M3). En plus de ces définitions institutionnelles, on peut imaginer étendre la définition de la monnaie au sens large à toute une gamme d'actifs liquides à des degrés divers, en fonction des produits financiers proposés par les banques : les innovations financières (nouveaux produits financiers) élargissent la gamme des actifs pouvant se rapprocher de la monnaie. Ainsi, la quantité de monnaie existant dans l'économie (la masse monétaire) peut prendre des formes diverses, reflétant l'état de la technologie, mais surtout celui de la confiance des agents dans l'acceptabilité de ces différentes formes.

La valeur de la monnaie est en effet assurée par la confiance, c'est-à-dire par le fait que les agents prévoient (sans être démentis) de pouvoir l'utiliser dans les transactions. Dans certaines circonstances particulières, cette confiance peut disparaître : en cas d'hyperinflation par exemple. Les situations d'hyperinflation sont telles que les agents n'acceptent plus de se séparer de leurs marchandises en échange de monnaie : cette dernière perd donc de plus en vite son pouvoir d'achat, faisant resurgir le troc et ses inconvénients. Dans les situations moins extrêmes, la confiance dans la monnaie repose sur l'organisation du système bancaire et le contrôle des émissions de monnaie. En ce qui concerne les grands pays occidentaux (l'Union européenne notamment), ce contrôle est délégué à une institution partiellement indépendante des pouvoirs publics : c'est la banque centrale.

L'offre de monnaie et la politique monétaire

Dans les économies modernes, la plus grande partie de la monnaie est émise par les banques à l'occasion des crédits qu'elles octroient. Par les avances qu'elles consentent, les banques créent donc un pouvoir d'achat supplémentaire dans l'économie. En contrepartie, le remboursement des crédits est synonyme de destruction de monnaie. La croissance de la masse monétaire résulte ainsi des nouveaux crédits octroyés, nets des remboursements. Pour limiter ce pouvoir de création monétaire, les banques sont tenues de conserver des réserves auprès de la banque centrale. De surcroît, celle-ci émet sa propre monnaie : les billets. Billets et réserves constituent la monnaie centrale. Les banques centrales utilisent deux stratégies pour limiter la création monétaire. D'une part, elles peuvent vendre des titres publics aux banques, ce qui réduit leurs réserves en monnaie centrale et restreint leur capacité d'octroyer des crédits (action par l'offre de crédit). D'autre part, elles peuvent accroître le taux d'intérêt auquel les banques empruntent à court terme, et ainsi durcir les conditions des crédits que ces dernières octroient (action par la demande de crédit). Le contrôle des émissions de monnaie ou du taux d'intérêt constituent les deux facettes de la politique monétaire.

Quel peut être l'effet de la politique monétaire sur l'activité et les prix ? À long terme, on peut considérer que le produit national dépend prioritairement de l'évolution technologique ou de la formation de la main-d'œuvre, sur lesquelles la politique monétaire a peu de prise. La politique monétaire doit alors chercher à obtenir le taux d'inflation optimal pour l'économie. La définition de ce taux optimal est une question délicate. La théorie nous enseigne que ce taux peut être négatif, mais en pratique les banques centrales recherchent plutôt un taux d'inflation faible mais positif. Néanmoins, si les inflations fortes (au-delà de 7 ou 8 p. 100 par an) semblent indéniablement coûteuses pour la société, le coût social associé aux inflations modérées ne fait pas l'objet d'un accord unanime.

À court et moyen termes, la politique monétaire peut avoir un effet important, notamment pour stabiliser l'économie affectée par des chocs conjoncturels. Par son action sur les taux d'intérêt, la politique monétaire constitue un instrument efficace pour influencer les comportements d'investissement des entreprises et d'acquisition de logement des ménages. L'art de la politique monétaire consistera alors à concilier la recherche d'une inflation faible et stable à long terme et la préservation de marges de manœuvre pour la stabilisation à court et moyen termes.

Auteur: Patrick VILLIEU
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