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Définition de : NÉVROSE

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Article publié par Encyclopaedia Universalis NÉVROSE La névrose est une maladie mentale dont le sujet est conscient, dont il souffre, mais qui, pour Jacques Postel, n'altère pas ses fonctions essentielles. La notion est issue d'une définition essentiellement négative, puisqu'elle répondait initialement à ce qui ne trouvait pas d'explication dans le savoir médical (la terminaison -ose, qui désigne une maladie non inflammatoire dégénérative, est opposée à la terminaison -ite, réservée aux pathologies inflammatoires). Le terme anglais de neurosis (« névrose ») a été employé pour la première e fois par un médecin d'Édimbourg, William Cullen, à la fin du xviii siècle ; il recouvre un certain nombre d'états morbides dont la raison d'être échappe à e la compréhension. Jusqu'à la fin du xix siècle, il rend compte de maladies qui auraient leur siège dans le système nerveux et qui, selon le Littré, « consistent en un trouble fonctionnel sans lésion actuellement appréciable dans la structure des parties ni agent matériel apte à le produire ». Ce sont des maladies « presque toutes intermittentes [...] telles que l'hystérie et la coqueluche ». Aux névroses s'intègrent les névropathies, dont se dégagera l'hystérie. Les névroses sont alors associées aux psychoses (maladies de l'âme) décrites par Ernst von Feuchtersleben en 1845 : si toutes les névroses sont des psychoses, toutes les psychoses ne sont pas des névroses.
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NÉVROSE

La névrose est une maladie mentale dont le sujet est conscient, dont il souffre, mais qui, pour Jacques Postel, n'altère pas ses fonctions essentielles. La notion est issue d'une définition essentiellement négative, puisqu'elle répondait initialement à ce qui ne trouvait pas d'explication dans le savoir médical (la terminaison -ose, qui désigne une maladie non inflammatoire dégénérative, est opposée à la terminaison -ite, réservée aux pathologies inflammatoires).

Le terme anglais de neurosis (« névrose ») a été employé pour la première fois par un médecin d'Édimbourg, William Cullen, à la fin du xviiie siècle ; il recouvre un certain nombre d'états morbides dont la raison d'être échappe à la compréhension. Jusqu'à la fin du xixe siècle, il rend compte de maladies qui auraient leur siège dans le système nerveux et qui, selon le Littré, « consistent en un trouble fonctionnel sans lésion actuellement appréciable dans la structure des parties ni agent matériel apte à le produire ». Ce sont des maladies « presque toutes intermittentes [...] telles que l'hystérie et la coqueluche ». Aux névroses s'intègrent les névropathies, dont se dégagera l'hystérie. Les névroses sont alors associées aux psychoses (maladies de l'âme) décrites par Ernst von Feuchtersleben en 1845 : si toutes les névroses sont des psychoses, toutes les psychoses ne sont pas des névroses.

Genèse de la notion

Ces définitions vont être complètement bouleversées dès la fin du xixe siècle, même si la notion de névrose reste marquée par les caractères initiaux d'observation qu'étaient l'incompréhensibilité immédiate et l'origine somatique ; elles vont désormais s'intégrer dans le champ des affections psychogènes.

Le tournant essentiel est dû à Jean-Martin Charcot et ses élèves de la Salpétrière à Paris, à partir de l'étude de l'hystérie qu'avait initiée Paul Briquet. L'hystérie prendra une position paradigmatique alors que les descriptions des névroses phobiques et obsessionnelles seront établies par Emil Kraepelin et l'école allemande (1903). Sans que la possibilité de perturbations neurologiques fines soit repoussée, apparaît un intérêt croissant pour les conditions psychologiques d'apparition des symptômes névrotiques, qui débouche nécessairement sur la description de l'état mental du névrosé, prélude à ce qui sera la description de son caractère. Les névroses deviennent des « psychonévroses » (Fulgence Raymond, reprenant Richard von Kraft-Ebing). Le terme névrose est alors adopté par Pierre Janet pour désigner « des maladies de la personnalité caractérisées par des conflits intrapsychiques qui inhibent les conduites sociales ».

Les théories de Janet, qui lient les névroses à un arrêt dans l'évolution des fonctions supérieures, détachent celles-ci de leur pure expression symptomatique et fondent une psychopathologie à laquelle va s'opposer celle de Sigmund Freud, toutes deux néanmoins héritières de Charcot. L'étude des névroses introduit la notion de conflit intrapsychique, et Freud montrera comment ce conflit opère entre conscient et inconscient, le refoulement étant un mécanisme fondamental dans la production des troubles. Le symptôme sera regardé comme le produit d'une transformation de formations psychiques, réversible sous l'effet de la remémoration (Daniel Widlöcher). Freud montre que, sous l'effet de conflits entre le moi et le monde, le moi et les exigences du monde interne, ou les contraintes éducatives, se manifestent un surgissement d'angoisse et une production de mécanismes de défense contre celle-ci, contribuant à la formation des symptômes et se faisant au prix d'une régression à des stades précoces du développement psycho-affectif.

La psychopathologie psychanalytique va permettre une réorganisation nosographique des névroses, d'abord fondée sur la symptomatologie : on décrira les névroses hystérique, obsessionnelle et phobique, en fonction des symptômes qui sont produits. Passant à une réflexion sur les possibilités thérapeutiques, Freud va reformuler l'unicité des névroses en passant du concept de psychonévroses de défense (1894) à celui de névroses de transfert (1913), auxquelles il opposera les névroses narcissiques, assimilables aux psychoses et inaccessibles à la cure, et les névroses actuelles proches des névroses réactionnelles. La névrose devient le produit d'un système de transformations psychiques : elle est ce que soigne la psychanalyse, en opérant une transformation de la névrose infantile, issue des particularités du développement et où s'organisent les conflits intrapsychiques, en névrose de transfert, où elle peut s'extérioriser.

Les débats contemporains : comment classer les névroses ?

L'étude des traits de personnalité des névrosés et de leurs modes de pensée va introduire la notion de névroses qui ne se manifestent que par des traits de caractère s'exprimant dans les relations du sujet au monde et possédant une structure identique à celle des symptômes. Des classifications fondées sur les modes d'organisation de la personnalité apparaîtront alors : ce seront les caractères névrotiques oral, anal, phallique, narcissique, qui sont des types libidinaux n'existant que dans la continuité avec ce qui fait le sujet normal, avec des différences non plus qualitatives mais quantitatives (un sujet normal peut, dans certaines circonstances, réagir sur un mode névrotique par un mécanisme transitoire de régression, là où un névrosé va s'organiser dans cette régression). C'est ainsi que s'établira la distance entre névroses et psychoses : si ces troubles obéissent à des mécanismes comparables, la différence radicale entre les deux notions se situe dans le rapport à la réalité, quasi normal dans les névroses, perturbé dans le sens d'une confusion avec le délire dans les psychoses.

Si les névroses ont été remplacées dans les classifications internationale (C.I.M.-10) et américaine (D.S.M.-III, 1980) des troubles mentaux par différents troubles (affectifs, anxieux, somatoformes, dissociatifs et psychosexuels) où, via les descriptions des névroses expérimentales (Ivan Petrovitch Pavlov et ceux qui l'ont suivi), elles ont retrouvé leurs sources symptomatiques, avec une compréhension qui relève de celle des troubles de l'apprentissage et une intégration à ce qui serait une pathologie réactionnelle. Le D.S.M.-IV (1996) maintient cette exclusion des névroses de la séméiologie actuelle et, implicitement, de la nosologie, à cause de son incapacité à les catégoriser, malgré de nombreuses critiques (Harold Kaplan) qui reprochent au manuel d'ignorer ce qui correspond à une altération du fonctionnement de la personnalité en continuité avec l'état normal. L'attention se porte sur une expression symptomatique dont le caractère culturel a été étudié (Géza Roheim) et qui, de nos jours, semble se réaliser sur le mode dépressif, ce qui, avec le développement des neurosciences, tend à faire considérer les états mentaux comme des troubles associés ; la prévalence est donnée ici à une symptomatologie regardée comme curable grâce aux traitements biologiques ou comportementaux, alors qu'elle ne semblait pas répondre aux objectifs thérapeutiques de la psychanalyse à laquelle, en oubliant un peu son histoire, on reprochait d'avoir créé ce qu'elle prétendait observer et guérir. Ce débat montre assez bien comment l'isolement de la catégorie des névroses repose sur des présupposés étiopathogéniques critiqués par des classifications qui se veulent athéoriques.

La notion de névrose est le reflet de l'interrogation de l'homme sur sa souffrance et son angoisse, le posant face à ce qu'il pense être normal et le délogeant de la position de maîtrise où il avait situé son moi. La névrose devient une expression du sujet souffrant et conscient des aliénations de sa pensée à des forces qui la dépassent. La pensée freudienne aura formulé une compréhension des névroses qui allait faire du malade mental notre prochain (Georges Lanteri-Laura), et, de ce fait, introduire vis-à-vis de lui une relation de compréhension qui allait en fonder la thérapeutique. Cette remise en cause de la relation entre le normal et le pathologique ne pouvait aller sans des changements qui se traduisent aujourd'hui par de nécessaires et douloureux remaniements nosographiques.

Auteur: Didier CHARTIER
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