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Définition de : NOMADISME /SÉDENTARITÉ

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Article publié par Encyclopaedia Universalis NOMADISME /SÉDENTARITÉ C'est en 1730 que le terme « nomade » entre dans la langue, issu du latin Nomades, qui avait repris du grec le nom commun nomas pour désigner des pasteurs itinérants de Numidie. La même racine grecque est celle du verbe nemein, qui signifie partager, et spécialement attribuer un pâturage à un troupeau. Nomadisme ne fera son apparition qu'en 1845, pour définir le mode de vie des groupes sociaux qui se déplacent régulièrement. Caractéristiques des sociétés nomades Le nomadisme se caractérise par des traits communs de mobilité spatiale et de flexibilité dans la composition des groupes sociaux. À travers l'histoire, ces deux particularités permettent aux sociétés nomades d'affronter les grandes civilisations agricoles sédentaires, avec lesquelles elles sont en contact permanent, ainsi que l'expansion coloniale, qui constitue une période charnière dans leur évolution contemporaine. Véritable mode d'organisation sociale de l'espace, c'est donc un terme générique qui désigne des mouvements dont l'amplitude et l'itinéraire des déplacements cycliques ou migratoires varient selon les activités spécifiques, les saisons, le climat et les milieux écologiques. La notion n'est pas assimilable à l'errance. Elle recouvre un habitat spécifique qui l'identifie : la tente, dans l'infinie variation de ses techniques de réalisation.
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NOMADISME /SÉDENTARITÉ

C'est en 1730 que le terme « nomade » entre dans la langue, issu du latin Nomades, qui avait repris du grec le nom commun nomas pour désigner des pasteurs itinérants de Numidie. La même racine grecque est celle du verbe nemein, qui signifie partager, et spécialement attribuer un pâturage à un troupeau. Nomadisme ne fera son apparition qu'en 1845, pour définir le mode de vie des groupes sociaux qui se déplacent régulièrement.

Caractéristiques des sociétés nomades

Le nomadisme se caractérise par des traits communs de mobilité spatiale et de flexibilité dans la composition des groupes sociaux. À travers l'histoire, ces deux particularités permettent aux sociétés nomades d'affronter les grandes civilisations agricoles sédentaires, avec lesquelles elles sont en contact permanent, ainsi que l'expansion coloniale, qui constitue une période charnière dans leur évolution contemporaine.

Véritable mode d'organisation sociale de l'espace, c'est donc un terme générique qui désigne des mouvements dont l'amplitude et l'itinéraire des déplacements cycliques ou migratoires varient selon les activités spécifiques, les saisons, le climat et les milieux écologiques. La notion n'est pas assimilable à l'errance. Elle recouvre un habitat spécifique qui l'identifie : la tente, dans l'infinie variation de ses techniques de réalisation.

On distingue cinq grands types de nomadisme : le pastoralisme nomade et ses variantes (agro-pastoralisme, transhumance), l'agriculture sur brûlis qui tend à se réduire à une technique et exige d'autres activités complémentaires, la pêche nomade, la chasse-cueillette et le « voyage ». La forme la plus fréquente et la plus connue est le pastoralisme nomade qui concerne environ trente millions d'individus et dont les lieux d'élection sont les zones arides (Proche et Moyen-Orient, Maghreb, Afrique saharienne et sahélienne) où les groupes évoluent sur des pâturages de savane arbustive et arborée et /ou de steppe (Mongolie, Asie centrale). Ce nomadisme se définit essentiellement par la domestication des herbivores (camélidés, équidés, bovidés, etc.) qui a eu lieu dès le Néolithique. Il repose entièrement sur l'élevage du troupeau qui se déplace sur de vastes territoires. Les pasteurs nomades vivent des seules ressources offertes dans ce type de milieu, consommées selon des savoir-faire ancestraux et des connaissances élaborées. À la différence des sociétés sédentaires, le rapport de l'homme à la nature est médiatisé par l'animal et non par l'outil.

En comparant l'histoire des sociétés pastorales à celle des autres sociétés nomades, il apparaît que les premières développent des stratégies de conquête. C'est le cas des sociétés bédouines guerrières comme les Maures et les Touaregs, qui, grâce à la domestication du dromadaire, ont pu développer des échanges caravaniers transsahariens, se livrer à des conquêtes et instaurer des relations de domination sur des groupes d'agriculteurs sédentaires ou sur d'autres groupes de pasteurs, notamment des éleveurs de moutons. Cette culture nomade a aussi été un important facteur de propagation de l'islam. De la même manière, Peuls et Mongols, grâce à l'utilisation du cheval, participent de ces sociétés d'expansion nomade qui ont créé de véritables empires. À l'inverse, les sociétés dont les activités relèvent du colportage, de la chasse et de la cueillette ou de la pêche sont souvent reléguées dans des situations de subordination par les sociétés urbanisées et les agriculteurs sédentaires. Les peuples de chasseurs-cueilleurs, tels les Pygmées d'Afrique centrale, les Amérindiens d'Amazonie ou les Aborigènes d'Australie, représentent la forme de nomadisme sans doute la plus ancienne. leur organisation en bandes itinérantes, regroupant en moyenne une centaine d'individus répartis sur plusieurs campements, connaît une division sexuelle du travail plus ou moins rigoureuse.

Quant aux gens du voyage, correspondant au peuple qui se désigne aujourd'hui sous le nom de Rom (Tsiganes, Bohémiens, Gitans, Manouches...), originaires du nord-ouest de l'Inde, ils entament vers le xe siècle des migrations qui les disséminent sur toute la surface du globe. La diversité des langues et des dialectes de ce peuple est le reflet de la multiplicité de leurs itinéraires. Leur nomadisme traditionnel procédait d'une stratégie fondée sur l'invisibilité et la fluidité, leur permettant de s'adapter et de se glisser dans les interstices législatifs, économiques et géographiques des sociétés hostiles qu'ils ont traversées. Perçus partout comme des intrus, des étrangers, ils ont été victimes d'un génocide organisé par les nazis. Aujourd'hui, ils n'échappent pas au mouvement général d'urbanisation et de sédentarisation.

Pour ce qui est des nomades marins, tels que les Moken dans l'archipel des Mergui du golfe du Bengale, ils naviguent selon des mouvements pendulaires entre la saison des pluies et la saison sèche. La souplesse de composition des flottilles, qui oscille entre l'union et l'éclatement, illustre ainsi les variations entre le nomadisme et la sédentarité. Ces mouvements trouvent leur raison symbolique dans le récit mythique de leurs origines.

Sédentarité et nomadisme

La sédentarité des hommes procède de l'utilisation d'outils visant à extraire de la nature ce qu'elle recèle : elle renvoie à la domestication des plantes et non des animaux. Le terme sédentaire, dont dérive le substantif au xixe siècle, entre dans la langue en 1492. Également issu du latin (sedentarius), il désigne une personne qui travaille assise (« sur un siège », sedes) et suggère l'idée de fixité, d'attachement à un lieu. Dans la première moitié du xxe siècle (1922), les géographes utilisent le terme sédentarisme (très peu usité) afin de l'opposer au nomadisme.

Ce dernier, passant par des phases transitoires réversibles ou non, peut évoluer vers la sédentarité. Les causes de ces processus de sédentarisation, émaillés de phases de fixité provisoire, sont multiples. Tout d'abord, du point de vue économique, la sédentarité résulte de situations d'appauvrissement généralisé qui ne permettent plus la reproduction du troupeau. Ces cas extrêmes sont souvent liés à des aléas climatiques (sécheresse, inondation), à des actions anthropiques qui conduisent à une dégradation irréversible des terres et à une déforestation à l'origine des processus de désertification ou encore à des facteurs d'ordre sanitaire relatifs aux épizooties (douve du foie, trypanosomiase, maladie du charbon, etc.) qui déciment les troupeaux. Inversement, la sédentarisation peut induire un enrichissement par des transformations radicales dans les modes de gestion du bétail (le ranching en Afrique de l'Est) et l'introduction des rapports salariaux. Enfin, au niveau politique, la sédentarisation des nomades est imposée par les programmes de développement de certains États (par exemple, en ex-U.R.S.S., ou en Algérie, avec la troisième phase de la révolution agraire).

Toutefois, la persistance des groupes nomades, quelles que soient leurs activités, tend à montrer que la désertification n'élimine pas complètement l'homme. Le nomadisme, fondé sur l'utilisation extensive de l'espace, est tout autant un mode de vie qu'une manière de produire dans une situation de pénurie pour satisfaire au moins partiellement les besoins alimentaires de populations déshéritées et marginalisées par les systèmes économiques et politiques dominants. Les sociétés qui l'exercent ont ainsi créé une civilisation nomade.

Auteur: André BOURGEOT
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