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Définition de : NORMAL /PATHOLOGIQUE, psychiatrie

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Article publié par Encyclopaedia Universalis NORMAL /PATHOLOGIQUE, psychiatrie Les notions de normal et de pathologique jalonnent une partie des réflexions menées par plusieurs disciplines des sciences médicales, sociales et humaines. L'évaluation des critères de normalité y fait toujours l'objet de débats largement suivis et diffusés. En physiologie humaine, la normalité se définit en fonction du principe d'homéostasie (ou constance) du milieu intérieur. Elle correspond à une série de valeurs statistiques (moyennes) déterminées pour chacun des paramètres indispensables à la vie (taille et poids à différents âges, taux de cholestérol dans le sang, etc.). Cette moyenne est définie pour une population donnée en tenant compte de son patrimoine génétique et de ses habitudes culturelles, assortie d'écarts types qui constituent les limites de la normalité. La définition de la normalité repose donc sur des données quantifiables et des examens médicaux spécifiques. L'identification d'une pathologie s'appuiera alors sur l'observation de signes fonctionnels, biologiques et /ou physiques, accompagnés ou non d'une étiologie connue, permettant de poser un diagnostic. Si cette distinction ne se pose pas dans les mêmes termes en psychopathologie, elle revêt une importance tout aussi cruciale dans le travail régulier du psychologue qui est, le plus souvent, confronté à des comportements déviants. Il doit à la fois leur donner du sens et décider de leur statut normal ou pathologique.
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NORMAL /PATHOLOGIQUE, psychiatrie

Les notions de normal et de pathologique jalonnent une partie des réflexions menées par plusieurs disciplines des sciences médicales, sociales et humaines. L'évaluation des critères de normalité y fait toujours l'objet de débats largement suivis et diffusés. En physiologie humaine, la normalité se définit en fonction du principe d'homéostasie (ou constance) du milieu intérieur. Elle correspond à une série de valeurs statistiques (moyennes) déterminées pour chacun des paramètres indispensables à la vie (taille et poids à différents âges, taux de cholestérol dans le sang, etc.). Cette moyenne est définie pour une population donnée en tenant compte de son patrimoine génétique et de ses habitudes culturelles, assortie d'écarts types qui constituent les limites de la normalité. La définition de la normalité repose donc sur des données quantifiables et des examens médicaux spécifiques. L'identification d'une pathologie s'appuiera alors sur l'observation de signes fonctionnels, biologiques et /ou physiques, accompagnés ou non d'une étiologie connue, permettant de poser un diagnostic.

Si cette distinction ne se pose pas dans les mêmes termes en psychopathologie, elle revêt une importance tout aussi cruciale dans le travail régulier du psychologue qui est, le plus souvent, confronté à des comportements déviants. Il doit à la fois leur donner du sens et décider de leur statut normal ou pathologique. Il n'existe pas de définition univoque et consensuelle de la normalité psychique. Envisager la pathologie dans le champ de la psychologie revient principalement à décrire différents troubles psychiques dont on cherche à spécifier les signes cliniques, les modes évolutifs et les facteurs étiologiques. Les notions de normal et de pathologique, à la base de la définition d'une bonne ou mauvaise santé mentale, s'inscrivent dans la temporalité et n'ont pas un caractère immuable. Les modifications de leur définition au cours des dernières décennies en sont la preuve. Elles sont actuellement définies sur la base d'un continuum : les conduites pathologiques constitueraient des exagérations de conduites naturelles et adaptées.

La normalité renvoie nécessairement à la notion de norme (du latin norma, « règle »), à un ensemble de règles sociales et culturelles, voire statistiques. Cette normalité peut s'entendre, sur le plan comportemental, comme application par des individus d'une société donnée de l'ensemble des règles définies, à tel moment de son histoire, par cette société. Les sociétés changent régulièrement leurs règles de fonctionnement : les règles culturelles, éthiques, esthétiques sont réévaluées par le groupe en fonction de ses propres évolutions et de celles des autres sociétés. Définir la normalité psychique suppose par conséquent de prendre en compte ces éléments normatifs, mais également d'autres facteurs tels que le degré d'adaptation du sujet, ses capacités de résilience face aux difficultés internes ou externes, de résistance à une déstructuration profonde de sa personnalité, ainsi que son niveau de souffrance subjective.

La difficulté à établir des frontières claires et définitives entre normalité et pathologique rejaillit sur la description et la définition de la pathologie mentale. Longtemps désignée sous le terme imprécis de « folie », la pathologie mentale se décline aujourd'hui en de nombreuses psychopathologies : celles de l'enfant, de l'adolescent et de l'adulte. Contrairement au champ de la médecine somatique, il n'existe pas en psychopathologie d'examens médicaux systématiques permettant de poser un diagnostic. C'est de cette difficulté à s'accorder sur les critères cliniques retenus pour chaque diagnostic que sont nées les classifications internationales des « troubles mentaux », terme actuellement retenu pour désigner les pathologies mentales. Ces classifications (Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders, D.S.M., produit par l'American Psychiatric Association, et la Classification internationale des maladies, C.I.M., produite par l'Organisation mondiale de la santé) fournissent des critères symptomatiques précis, objectifs, observables et régulièrement actualisés sur la base d'études scientifiques. L'utilisation de ces manuels dans l'établissement des diagnostics psychopathologiques permet au praticien de décider de la nature subnormale ou pathologique des comportements présentés par un patient.

Pour prendre l'exemple très répandu des troubles dépressifs, qui constituent une entité psychopathologique bien connue sur le plan symptomatique, étiologique et thérapeutique, ressentir un état de tristesse ne suffit pas pour étiqueter un individu comme déprimé. En effet, il peut être normal et adapté de ressentir une émotion de l'ordre de la tristesse en réponse à certains événements douloureux. Le contexte global dans lequel survient le ressenti émotionnel est déterminant. Alors que dans la tristesse contextuelle la perception des événements positifs persiste, l'état de tristesse pathologique s'inscrit dans la durée, la permanence et l'immuabilité : les événements extérieurs n'ont aucune prise sur l'état émotionnel du sujet. L'intensité du ressenti émotionnel, l'expression d'une souffrance morale subjective et les autres signes l'accompagnant vont également différencier ces deux états : l'état de tristesse pathologique s'accompagne d'un panel important d'idées pessimistes marquées par une vision négative de soi-même, du monde environnant et de l'avenir pouvant rapidement conduire à la présence d'idées suicidaires associées à un profond sentiment de souffrance psychique ; dans la tristesse passagère, les sujets feront davantage état d'un malaise psychique. Outre la survenue de symptômes cliniquement identifiables, l'intensité, la permanence et la durée des dysfonctionnements ainsi que le degré de souffrance subjective permettent de déterminer la nature pathologique ou non du malaise.

Auteur: Chrystel BESCHE-RICHARD
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