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Définition de : NORME SOCIALE

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Article publié par Encyclopaedia Universalis NORME SOCIALE Notre époque réserve deux usages distincts à la notion de « norme sociale ». Dans un premier sens, l'expression désigne les règles de droit du travail qui ont vocation à s'imposer dans le cadre des relations d'emploi et qui sont renforcées et sanctionnées par les institutions internationales. Toutefois, il ne s'agit là que d'un sens limité et dépendant du sens plus général qui correspond, pour sa part, à l'ensemble des règles prescrivant un comportement déterminé dans une société donnée, prescription renforcée par la possibilité de sanctions en cas de transgression. Définitions Pour définir les normes sociales, il faut les considérer de deux points de vue. D'une part, on tend, depuis Talcott Parsons, à les faire dériver de valeurs partagées par tout ou partie de la société : les normes correspondent à des applications particulières de valeurs sociales, qui ont une plus grande généralité. Les normes déterminent alors les rôles et les attentes qui conditionnent les interactions entre les individus. D'autre part, les normes sont confortées par l'éventualité de sanctions qui relèvent soit du jugement du public ou de certains publics, soit, plus spécifiquement, de l'action d'institutions chargées du respect des normes juridiques. De ce point de vue, on peut distinguer entre les normes morales ou éthiques, qui sont en général sanctionnées par l'opinion publique (favorable ou non au divorce, à l'avortement, etc.
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NORME SOCIALE

Notre époque réserve deux usages distincts à la notion de « norme sociale ». Dans un premier sens, l'expression désigne les règles de droit du travail qui ont vocation à s'imposer dans le cadre des relations d'emploi et qui sont renforcées et sanctionnées par les institutions internationales. Toutefois, il ne s'agit là que d'un sens limité et dépendant du sens plus général qui correspond, pour sa part, à l'ensemble des règles prescrivant un comportement déterminé dans une société donnée, prescription renforcée par la possibilité de sanctions en cas de transgression.

Définitions

Pour définir les normes sociales, il faut les considérer de deux points de vue. D'une part, on tend, depuis Talcott Parsons, à les faire dériver de valeurs partagées par tout ou partie de la société : les normes correspondent à des applications particulières de valeurs sociales, qui ont une plus grande généralité. Les normes déterminent alors les rôles et les attentes qui conditionnent les interactions entre les individus. D'autre part, les normes sont confortées par l'éventualité de sanctions qui relèvent soit du jugement du public ou de certains publics, soit, plus spécifiquement, de l'action d'institutions chargées du respect des normes juridiques. De ce point de vue, on peut distinguer entre les normes morales ou éthiques, qui sont en général sanctionnées par l'opinion publique (favorable ou non au divorce, à l'avortement, etc.), et les normes juridiques qui prescrivent, par l'intermédiaire d'institutions spécifiques, les comportements qui doivent être évités et ceux qui doivent ou peuvent être sanctionnés.

Toutefois, par-delà l'attention à prêter aux modes suivant lesquels ces normes sont renforcées socialement, il faut insister sur le fait que, fondamentalement, elles portent sur des domaines différenciés. On peut distinguer en gros trois domaines. D'abord, les normes portant sur ce qu'il convient de tenir pour vrai (par exemple les critères de scientificité). Un deuxième groupe de normes porte sur la répartition des actions légitimes dans une société donnée ; cela va des considérations très générales déterminant le statut des individus (Déclaration des droits de l'homme) jusqu'au détail des réglementations particulières régissant telle ou telle situation (par exemple une profession), et prescrivant un comportement aux acteurs. Enfin, on peut délimiter un troisième domaine, qui est celui des normes régissant les styles de vie à l'intérieur d'une société donnée : comme l'avait montré Émile Durkheim, il existe des normes à l'intérieur d'un groupe donné, qui indiquent aux membres de celui-ci la manière dont ils doivent s'habiller, se saluer, se parler, construire leurs habitations, etc. Cela ne relève généralement pas d'un choix individuel purement libre, mais dépend de normes qui prescrivent des usages, de manière plus ou moins marquée.

Dès lors, l'étude des normes révèle leur manifeste diversité : très tôt, les historiens, les philosophes puis les sociologues se sont consacrés à la mise en évidence de cette diversité des normes observables dans la pluralité des sociétés. Cette diversité peut d'abord donner lieu à une recension et à une observation, qui insistera soit sur la convergence tendancielle entre certaines normes (hostilité à l'inceste par exemple), soit sur leur opposition définitive, avec néanmoins des évolutions historiques repérables ainsi que des regroupements possibles entre grands ensembles de normes. Alexis de Tocqueville avait ainsi décrit le contraste entre un ensemble de normes de type hiérarchique (ou aristocratique), régissant les sociétés traditionnelles, et les normes à caractère démocratique, d'inspiration égalitaire, qui régissent les sociétés que l'on a ensuite qualifiées de « modernes ».

La formation des normes

Mais pourquoi les normes varient-elles, et comment interpréter leur mise en place et leur évolution ? À cet égard, la tradition des sciences sociales a été marquée par l'influence du positivisme, avec l'opposition entre fait et valeur : la science met en évidence les lois régissant les faits, elle n'émet pas de jugements de valeur. Comment rend-elle compte alors de l'émergence des normes reposant sur des valeurs dans les sociétés ?

À la limite, l'analyse refusera de se prononcer sur l'origine de ces normes, se contentant de mettre en évidence l'existence d'ensembles culturels variés, structurés de manière interne mais incommensurables. L'anthropologie tend fréquemment à adopter cette position qui peut être interprétée en termes relativistes. La mise en évidence du caractère arbitraire des normes peut favoriser leur interprétation comme moyen de domination d'un groupe sur un autre.

Pourtant, l'effort d'explication des grandes normes sociales a tendu à revêtir fondamentalement trois grands aspects. Dans une première tradition, associée au nom de Durkheim, les normes sociales s'expliquent par les réquisits propres aux nécessités de l'organisation sociale, qui exige en particulier une cohésion, ou une solidarité entre ses membres, pour dépasser les inévitables conflits d'intérêts. Dans le prolongement de ce courant d'analyse se situent toutes les explications fonctionnalistes qui font reposer l'existence des normes sur des contraintes du système social, indépendamment des décisions individuelles.

Par contraste, les explications naturalistes insistent plutôt sur la convergence de certaines normes dont le respect est alors directement attribué à une nature humaine, cette dernière faisant elle-même l'objet d'une description évidemment plus ou moins univoque. Chez Vilfredo Pareto par exemple, c'est en fonction de la nature humaine que l'on peut observer aussi bien des propensions à agir selon son intérêt que des propensions à l'altruisme. Les différentes normes mises en place reflètent ces différents aspects fondamentaux de la nature humaine. L'interprétation naturaliste des normes a connu un regain d'intérêt avec le succès du néo-darwinisme, qui considère les émotions humaines (par exemple la culpabilité) comme des mécanismes naturels sélectionnés dans une évolution et favorisant la coordination et le respect des normes.

Enfin, un troisième style d'analyse, présent aussi bien dans la tradition des sciences sociales que dans leur pratique contemporaine, tend à interpréter les normes à partir de différentes motivations préalables dont la poursuite est associée à l'idée de rationalité. Dans la tradition héritée de la philosophie des Lumières, les normes sociales procèdent souvent de l'intérêt que les individus ont à les adopter. Cette référence à l'intérêt a donné lieu à des tentatives de systématisation de l'interprétation des normes. Pourtant, deux difficultés typiques interviennent : d'une part, il semble difficile d'expliquer entièrement par l'intérêt (en le réduisant à son sens économique) le respect de certaines normes (l'intérêt égoïste incitant plutôt à la tricherie et à la transgression et ne rendant pas compte des sentiments moraux proprement dits) ; d'autre part, la diversité des intérêts fait que le recours explicatif à ceux-ci est souvent tautologique. C'est pour cela que, dans la tradition de la sociologie compréhensive, la recherche du sens des actions joue un rôle déterminant dans l'explication des normes, sans que cette notion de sens, et la rationalité qui peut lui être associée, soit réductible à la recherche de l'intérêt individuel.

Auteur: Pierre DEMEULENAERE
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