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Définition de : OBJET /SUJET

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Article publié par Encyclopaedia Universalis OBJET /SUJET La prise en considération philosophique du couple objet /sujet est relativement récente, puisqu'on en détermine l'origine seulement chez les philosophes médiévaux (Thomas d'Aquin et Guillaume d'Ockham), même si les termes sont déjà évoqués dans la Grèce Antique (Aristote). Ils ont respectivement pour origine les mots latins objectum, qui qualifie l'existence en soi de quelque chose indépendamment de ce que des individus peuvent en penser, et subjectum, qui indique la soumission de l'être à la réflexion. e Jusqu'au xviii siècle, l'analyse des rapports entre objet et sujet est essentiellement dichotomique, l'objet étant ce qui est perçu par les sens, notamment la vue, le sujet relevant d'une attitude réflexive vis-à-vis de l'objet. Étymologiquement, celui-ci est ce qui est « jeté devant », ce qui frappe le regard ; il est associé à un spectacle ou un aspect d'une chose, qui en fournit l'apparence, alors que le sujet correspond à l'existence effective et réelle de cette chose. L'objet semble une donnée immédiate, une représentation seulement intelligible par le pouvoir intellectif du sujet, comme l'envisage Descartes lorsqu'il affirme cogito ergo sum. Le philosophe des Méditations métaphysiques (1641) certifie que le sujet « je » a, à lui seul, la capacité de définir l'objet par sa conscience réflexive. L'objet devient ce vers quoi doit tendre l'individu pensant, c'est-à-dire un « objectif ».
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OBJET /SUJET

La prise en considération philosophique du couple objet /sujet est relativement récente, puisqu'on en détermine l'origine seulement chez les philosophes médiévaux (Thomas d'Aquin et Guillaume d'Ockham), même si les termes sont déjà évoqués dans la Grèce Antique (Aristote). Ils ont respectivement pour origine les mots latins objectum, qui qualifie l'existence en soi de quelque chose indépendamment de ce que des individus peuvent en penser, et subjectum, qui indique la soumission de l'être à la réflexion.

Jusqu'au xviiie siècle, l'analyse des rapports entre objet et sujet est essentiellement dichotomique, l'objet étant ce qui est perçu par les sens, notamment la vue, le sujet relevant d'une attitude réflexive vis-à-vis de l'objet. Étymologiquement, celui-ci est ce qui est « jeté devant », ce qui frappe le regard ; il est associé à un spectacle ou un aspect d'une chose, qui en fournit l'apparence, alors que le sujet correspond à l'existence effective et réelle de cette chose. L'objet semble une donnée immédiate, une représentation seulement intelligible par le pouvoir intellectif du sujet, comme l'envisage Descartes lorsqu'il affirme cogito ergo sum. Le philosophe des Méditations métaphysiques (1641) certifie que le sujet « je » a, à lui seul, la capacité de définir l'objet par sa conscience réflexive. L'objet devient ce vers quoi doit tendre l'individu pensant, c'est-à-dire un « objectif ». Le rapport sujet /objet est ainsi dialectique, puisqu'il se constitue comme un processus allant de la représentation de l'objet à son intellection grâce au sujet afin de comprendre l'objet en soi.

L'unité du couple se transforme ensuite, objet et sujet étant rapportés à objectivité et subjectivité. Dans la Critique de la raison pure (1781), Kant formule que l'objet et le sujet sont en relation de dépendance. La nature du sujet pensant est de structurer les impressions sensibles, et l'objet est le contenu possible de toute pensée : « La pensée d'un objet en général ne peut devenir en nous une connaissance par le moyen d'un concept pur de l'entendement, qu'autant que ce concept rapporte à des objets des sens. » Si Kant envisage l'objet en lien avec la subjectivité, Fichte dans les Principes de la doctrine de la science (1804), renforce le rôle du sujet dans la constitution de l'objet de connaissance, et déclare que la subjectivité en est le fondement. Au regard de ce positionnement, on peut se demander comment aborder un objet s'il est déterminé par des subjectivités aux pensées contradictoires. Dans la Philosophie de l'esprit (posthume, 1845), Hegel apporte une réponse en distinguant objet et conscience individuelle, relative au sujet. On pourrait ainsi comprendre le sujet comme subjectivité particulière, et l'objet comme conscience objective, valable pour tous.

Mais avec Edmund Husserl (1859-1938), le rapport du sujet à l'objet n'est plus d'opposition et leur scission disparaît pour établir une relation. L'objet est ce qui doit être atteint intentionnellement. Dans un compte rendu de Philosophie der Aritmetik de Frege, Husserl précise que les objets sont des représentations et explique que la fracture entre subjectif et objectif s'estompe, le premier prenant l'apparence du second.

Gottlob Frege, quant à lui, établit dans Objet et concept (1891), qu'« un objet est ce qui peut être la dénotation d'un sujet », en prenant appui sur l'exemple : « l'étoile du matin est Vénus ». Il montre que « étoile du matin » et « Vénus » sont deux noms propres, qui s'appliquent au même objet. Vénus n'est pas le prédicat du sujet étoile du matin, mais un objet le dénotant. Pour éclaircir la notion d'objet, Ludwig Wittgenstein, dans le Tractacus logico-philosophicus (1921), appelle « objets » les éléments ultimes, c'est-à-dire non décomposables et non descriptibles puisque réduits à eux-mêmes, et qui peuvent simplement être désignés.

Parallèlement à ce point de vue, il est possible d'envisager la relation objet /sujet dans une réflexion visée par la pragmatique : si l'on veut atteindre un but (objet) objectivement, il est sans doute nécessaire de le construire avec d'autres pour qu'il soit réalisable. Dans cette perspective, la relation objet /sujet devient interactionnelle, l'objet devient ce qui est visé ensemble et qui est construit en commun, le sujet correspondant à l'ensemble des « personnes » engagées dans la mise en fonctionnement de l'objet.

Auteur: Marie GAUTIER
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