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Définition de : ORNEMENT, musique

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Article publié par Encyclopaedia Universalis ORNEMENT, musique En musique, l'art de l'ornementation a pour origine l'art oratoire, ainsi que son outil propre, la rhétorique, c'est-à-dire l'ensemble des techniques destinées à convaincre. Dans le monde occidental, les premières manifestations écrites e de l'ornementation remontent au xvi siècle, et font preuve d'une notation très précise des ornements. On appelle ornements des fioritures destinées à enrichir ou à décorer une ligne mélodique. À toutes les époques, on a tenté, en notant un chant, d'en représenter les ornements par des signes conventionnels. Ceux-ci ont considérablement varié au fil du temps et selon les pays, et ils n'ont e commencé à être codifiés qu'au début du xvii siècle, sans que l'on parvienne réellement à les unifier. Évolution de l'ornementation Au Moyen Âge, dans le chant grégorien, certains neumes (symboles) spéciaux incluent déjà des éléments d'ornementation. Ainsi, la répétition d'une même note sur une seule voyelle produit comme une sorte d'écho, et l'auditeur a parfois tendance à n'entendre qu'une seule note. Par ailleurs, un neume comme le quilisma (par exemple do-ré-mi) est une véritable ornementation de la ligne mélodique.
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ORNEMENT, musique

En musique, l'art de l'ornementation a pour origine l'art oratoire, ainsi que son outil propre, la rhétorique, c'est-à-dire l'ensemble des techniques destinées à convaincre. Dans le monde occidental, les premières manifestations écrites de l'ornementation remontent au xvie siècle, et font preuve d'une notation très précise des ornements.

On appelle ornements des fioritures destinées à enrichir ou à décorer une ligne mélodique. À toutes les époques, on a tenté, en notant un chant, d'en représenter les ornements par des signes conventionnels. Ceux-ci ont considérablement varié au fil du temps et selon les pays, et ils n'ont commencé à être codifiés qu'au début du xviie siècle, sans que l'on parvienne réellement à les unifier.

Évolution de l'ornementation

Au Moyen Âge, dans le chant grégorien, certains neumes (symboles) spéciaux incluent déjà des éléments d'ornementation. Ainsi, la répétition d'une même note sur une seule voyelle produit comme une sorte d'écho, et l'auditeur a parfois tendance à n'entendre qu'une seule note. Par ailleurs, un neume comme le quilisma (par exemple do--mi) est une véritable ornementation de la ligne mélodique. Il existe plusieurs sortes de quilisma mais ici la note figurée par le quilisma, , est légère : elle est une sorte de note de passage qui ne doit pas être très appuyée, sur laquelle on ne doit pas s'attarder et que l'on doit chanter, rapidement et légèrement, pour aller vers la note suivante.

Durant les xve et xvie siècles, les musiciens élaborent un certain nombre de techniques qui leur permettent d'inventer en improvisant de la musique polyphonique. Les conventions d'exécution de l'époque autorisent les chanteurs et les instrumentistes à orner, selon leur goût, une musique déjà composée (motets, madrigaux, chansons). Ces ornements vont être compilés dans des méthodes d'ornementation de la musique écrite en usage au xvie siècle grâce à des ouvrages écrits en Italie, entre 1535 et la fin du siècle, par des instrumentistes, des compositeurs comme Diego Ortiz, auteur du Trattado de glosas (1553), ou des chanteurs. Les exécutants du xvie siècle ornaient couramment la musique écrite en appliquant sur une mélodie de base des motifs ornementaux continus nommés diminutions, passagi ou gorgie. En d'autres termes, ils substituaient aux notes longues ou aux groupes de notes d'une composition musicale des formules rapides stéréotypées pour produire une variation mélodique. Il faut faire la distinction entre les ornements spécifiques, qui affectent une seule note, et, à l'opposé, les passages continus plus longs, plus libres, qui viennent se substituer aux intervalles fondamentaux plus lents d'une mélodie.

Les principaux ornements en usage étaient le tremolo (alternance rapide entre une note principale et son auxiliaire supérieur ou inférieur d'un ton ou d'un demi-ton) et le groppo, qui est une cadence en forme de trille sur la note sensible.

Principaux ornements de l'époque baroque au XXe siècle

Au début du xviie siècle, les instrumentistes commencent à codifier strictement et à utiliser les signes d'ornementation – les agréments, comme disent les Français –, signes qu'ils empruntent à la musique vocale. Cela ne va pas sans une prolifération anarchique qui conduit rapidement clavecinistes et organistes à établir leurs propres tables d'ornements, qui d'ailleurs, diffèrent entre elles. À partir du xviiie siècle, l'usage des ornements va se restreindre dans la musique instrumentale, et le compositeur, prudent, les transcrira de plus en plus en notes et en valeurs réelles. Certains signes conventionnels ont cependant survécu jusqu'au xixe siècle, et même au-delà pour quelques-uns. Ce sont l'appoggiature, le gruppetto, le mordant et le trille.

De l'italien appoggiare, qui signifie littéralement « appuyer », l'appoggiature est un ornement qui fait partie des agréments de la musique des xviie et xviiie siècles ; elle est souvent indiquée par une petite note dont la durée dépend de celle de la note de résolution. Dans l'exécution, l'appoggiature doit, ainsi que son nom l'indique, être appuyée plus fortement que la note qui la suit. Bien qu'une certaine liberté soit laissée à son interprétation (différente, par exemple, chez François Couperin et chez Rameau), les auteurs des traités s'accordent, vers le milieu du xviiie siècle, sur trois règles qui n'excluent pas, cependant, des exceptions assez fréquentes : précédant une note binaire, l'appoggiature prend la moitié de la valeur de la note principale ; précédant une note ternaire (valeur pointée), elle prend les deux tiers de la valeur de la note principale ; si elle se trouve devant une note de même hauteur, elle prend toute la valeur de la première. Les appoggiatures écrites en petites notes se trouvent couramment chez Bach, Haydn, Mozart, Beethoven ou Schubert. Après ce dernier, sauf exception, les compositeurs les écriront en notes de taille normale, et en valeur réelle. Il ne faut pas confondre ce type d'appoggiature avec l'appoggiature brève, notée par une petite note barrée qui s'exécute très rapidement et qui est toujours en usage dans la notation actuelle.

Le gruppetto (« petit groupe », en italien) est un ornement mélodique en usage depuis le xvie siècle, constitué par un groupe rapide de trois ou quatre notes qui entourent la note principale de ses notes conjointes inférieures ou supérieures. Au xixe siècle, la rédaction du gruppetto en petites notes deviendra de plus en plus fréquente ; des compositeurs romantiques comme Schumann ou Mendelssohn l'intégreront à la ligne mélodique et en valeurs mesurées.

Le mordant est un battement très rapide sur deux notes conjointes : la première est la note principale, la seconde est son degré conjoint supérieur ou inférieur et cela au ton ou au demi-ton (do--do ou do-si-do). Joué sur le temps aux xviie et xviiie siècles, on l'exécute de plus en plus souvent, à partir du xixe siècle, avant le temps. Chez les compositeurs « à cheval » sur les deux siècles (Haydn, Beethoven, Schubert), il est parfois difficile d'opter pour l'une ou l'autre solution ; le mouvement et le caractère rythmique de la pièce, sa date de composition peuvent être des indications pour savoir comment interpréter cette fioriture.

Le trille est un ornement qui consiste en l'alternance rapide d'une note principale et de sa note conjointe au ton ou au demi-ton. Dans la musique baroque et jusqu'à la fin du xviiie siècle, l'emploi du trille est souvent lié à la résolution d'une dissonance, ce qui implique son attaque par la note supérieure. Cependant, faute de règle absolue, l'interprète n'est pas tenu d'appliquer aveuglément ce principe : il doit tenir compte du style du compositeur et, surtout, de la place du trille dans la phrase musicale. Dans la musique du xxe siècle, l'écriture des trilles se complique. On peut en effet observer des trilles à intervalles disjoints (Scarbo de Gaspard de la nuit de Maurice Ravel, 1908) ; dans les Trois Petites Liturgies de la Présence divine d'Olivier Messiaen (1943-1944), on trouve un exemple de trille qui s'agrandit d'un ton sur chaque temps (mi-fa, dièse-fa dièse, -sol). Les battements d'un trille étant, par définition, très rapides, leur nombre est, de ce fait, impossible à contrôler sur des valeurs longues ; il n'en est pas de même sur des valeurs courtes.

L'ornementation en jazz

En jazz, l'ornementation est directement liée à l'acte d'improvisation. L'ornement le plus usité dans toute l'histoire du jazz reste l'arpège. On appelle ainsi un accord dont on égrène rapidement les notes, au lieu de les faire entendre simultanément. Éprouvé par des générations de jazzmen de toutes les époques et de tous les styles (de King Oliver et Louis Armstrong à Joe Lovano, Joshua Redman, Pat Metheny, Michel Petrucciani ou Wynton Marsalis, en passant par Art Tatum, Benny Goodman, Duke Ellington, Lester Young, Stan Getz, Dizzy Gillespie, Sonny Rollins...), l'arpège s'impose comme l'un des symboles pérennes de l'influence de la musique occidentale sur la musique afro-américaine. Il est vrai que son utilisation peut varier : suivant le contexte et la personnalité de l'artiste, elle peut servir tantôt à stabiliser le discours improvisé, tantôt à engendrer une tension passagère. Cette technique trouve un écho particulier chez les saxophonistes, car elle sert plus volontiers le côté mobile et sinueux de leurs lignes mélodiques ; propice à l'expression de la puissance de l'instrument, ce procédé joue un rôle non négligeable dans la solidité formelle de leurs improvisations.

Auteur: Antoine GARRIGUES