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Définition de : PAYS

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Article publié par Encyclopaedia Universalis PAYS Diois, Baronnies, Cerdagne, Grands Causses, Auvergne..., France, de quel « pays », de quelle échelle veut-on ou entend-on parler dans l'analyse géographique ? Dans l'usage courant, les habitants se réfèrent à différents espaces vécus, bien qu'il y ait une hiérarchie entre eux : un pays suprême, la nation, et l'endroit où l'on est né, celui où l'on vit, celui dont on se dit. Sans minimiser l'importance du premier sens, l'approche géographique a donné et donne encore une place importante au second dans une approche sociale et culturelle des processus de construction des référents territoriaux par les habitants. En privilégiant cette échelle de l'unité de vie, d'action et de relation, les géographes utilisent le terme pays dans un sens proche de la notion de territoire. Ce rapprochement conceptuel est relativement récent puisqu'il date du début des années 1980. Le pays est une notion que l'on retrouve également dans l'engagement des citoyens, des politiques, des militants, des scientifiques. Pourquoi un tel engouement, si ce n'est que nous avons affaire à une transcription de l'idée d'espace vécu, approprié ? Et pourquoi une telle permanence au cours du temps ? Le pays, un outil du politique Le terme de pays est issu du latin médiéval pagensis qui, jusqu'à la fin du e ix siècle, désigne l'habitant du pagus (petite unité rurale), le compatriote, le campagnard.
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PAYS

Diois, Baronnies, Cerdagne, Grands Causses, Auvergne..., France, de quel « pays », de quelle échelle veut-on ou entend-on parler dans l'analyse géographique ? Dans l'usage courant, les habitants se réfèrent à différents espaces vécus, bien qu'il y ait une hiérarchie entre eux : un pays suprême, la nation, et l'endroit où l'on est né, celui où l'on vit, celui dont on se dit. Sans minimiser l'importance du premier sens, l'approche géographique a donné et donne encore une place importante au second dans une approche sociale et culturelle des processus de construction des référents territoriaux par les habitants. En privilégiant cette échelle de l'unité de vie, d'action et de relation, les géographes utilisent le terme pays dans un sens proche de la notion de territoire. Ce rapprochement conceptuel est relativement récent puisqu'il date du début des années 1980.

Le pays est une notion que l'on retrouve également dans l'engagement des citoyens, des politiques, des militants, des scientifiques. Pourquoi un tel engouement, si ce n'est que nous avons affaire à une transcription de l'idée d'espace vécu, approprié ? Et pourquoi une telle permanence au cours du temps ?

Le pays, un outil du politique

Le terme de pays est issu du latin médiéval pagensis qui, jusqu'à la fin du ixe siècle, désigne l'habitant du pagus (petite unité rurale), le compatriote, le campagnard. Il désigne ensuite un territoire, « une région géographique habitée, plus ou moins nettement délimitée » (Alain Rey, Dictionnaire historique de la langue française, 1998). Il y a confusion entre un lieu et ceux qui peuvent s'en revendiquer. Le pays, qui plus tard donnera naissance au « paysan », se distinguerait donc par des limites, elles-mêmes définies par un groupe social.

Cette notion d'usage ancien a repris de l'importance avec les dernières lois d'orientation sur l'aménagement du territoire (1995 et 1999), le législateur ayant fait du pays l'une des unités de base de gestion des espaces, notamment ruraux. On rencontre fréquemment ce dernier dans des projets politiques : ceux portés par la Fédération française régionaliste à la fin du xixe siècle, celui du régime pétainiste ou encore la politique d'aménagement du territoire conduite en France après la Seconde Guerre mondiale qui n'a cessé d'utiliser la notion de pays. Le pays intéresse, le pays mobilise. En témoignent les états généraux des pays qui se sont tenus à Mâcon en 1982, dans la continuité du slogan occitan : Volèm viure al païs (« Nous voulons vivre au pays »). Ces pays-là sont ceux qui résultent de la cristallisation de mouvements sociaux, reprenant d'anciens découpages, évoquant eux-mêmes un événement historique. Ils acquièrent une dimension symbolique, dont la signification est moins géographique que culturelle et politique. Ces territoires sont des lieux d'appropriation, d'appartenance, utilisés pour porter à l'extérieur des revendications. L'usage en est à la fois identitaire (le nom devient emblématique, mobilisateur) et publicitaire (il offre une image de marque au lieu). Dès la fin du xixe siècle, la littérature touristique va construire la base de ces pays, même si les appellations changent au fil du temps. À titre d'exemple, le spéléologue Édouard-Alfred Martel va populariser le terme de Causses majeurs (Les Causses majeurs, 1936) après avoir lancé cette idée en 1884 dans un article célèbre sur le grand canyon du Tarn. En 1935, Paul Marres traitera des Grands Causses dans sa thèse d'État de géographie. Quelques décennies plus tard, le Larzac, l'un des quatre Grands Causses, viendra sur le devant de la scène comme symbole d'un lieu de résistance au pouvoir central et, en 1995, un parc naturel régional des Grands Causses verra le jour. Ses limites traduisent une appropriation politique de cet espace dans le respect des dimensions départementales. Plusieurs modes d'appropriation peuvent s'affronter, entre une forme spontanée née des réactions populaires et une appropriation imposée par les pouvoirs publics. Cet exemple témoigne d'une construction intellectuelle des pays qui nous paraît aujourd'hui aller de soi, mais dont on voit bien la nécessité de décortiquer l'histoire.

Le pays, résultat de choix imposés ou consentis

Il n'y a pas toujours accord sur le sens de la notion de pays, ce qui en fait un véritable enjeu politique, constamment renouvelé. La finalité du pays serait donc d'approcher la bonne échelle de gestion des territoires. Pour autant, en raison de sa polysémie, le terme est devenu banal et flou. La taille de l'espace politique des projets de développement local est variable selon les lieux et les moments. De plus, le pays est positionné par les différents protagonistes entre le passé, la tradition et le folklore d'une part, le progrès, l'innovation et la modernité d'autre part. Ce choix est fondamentalement idéologique mais révèle aussi la façon dont les acteurs locaux envisagent le devenir de leur pays. S'agit-il d'une communauté culturelle au sein des limites qu'elle s'est construite ? S'agit-il d'un comportement de repli ou d'un moment de mobilisation autour d'un projet ? Les réponses à ces questions ne s'imposent pas une fois pour toutes, car les pays connaissent des variations d'échelle et de sens au cours de leur propre histoire.

Le pays, espace appropriable, apparaît cependant, en particulier dans les périodes marquées par des crises, comme une notion qui rassurerait et stabiliserait le rapport à l'espace et au temps. Il devient alors synonyme d'une certaine continuité prenant appui sur un ensemble de caractères qui le définissent et l'individualisent : un paysage, une population, un système spécifique de mise en valeur... Les stratégies d'intégration et d'exclusion seraient donc inhérentes à la définition des pays : le pays intègre, mais en même temps il exclut ceux qui n'en font pas partie. Son unité affirmée résulte d'une décision politique et de l'accord formel de ses citoyens.

L'identification des pays relève de différents mécanismes. Ainsi, la loi d'orientation pour l'aménagement et le développement du territoire de 1995 privilégiait une approche spatiale, en définissant les pays comme des territoires présentant une cohésion géographique, culturelle, économique et /ou sociale. Les limites devaient être fixées là où les éléments de cohérence s'infléchissaient. C'était sans compter sur la vigueur et la force d'éléments relevant d'autres registres, comme le politique. La loi d'orientation de 1999, quant à elle, prévoit la constitution de pays autour de projets de développement durable s'articulant sur les solidarités entre les villes et les campagnes. Cette approche paraît plus en accord avec les réalités sociales et économiques des espaces vécus, même si elle se révèle difficile à mettre en pratique tant la campagne a été définie par ses handicaps et ses retards. Le fait politique enregistre la vitalité de la notion de pays plus comme un écho que comme une anticipation. C'est certainement dans le profond de la vie sociale que s'élaborent les représentations des pays en tant que points d'ancrage pour des populations en quête de repères.

Auteur: Lucette LAURENS
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