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Définition de : PERSONNE, anthropologie

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Article publié par Encyclopaedia Universalis PERSONNE, anthropologie Une personne se définit par un ensemble d'éléments qui constituent son identité physique et sociale. Chaque société détient sa propre représentation de la personne ; néanmoins, certaines constantes existent. Pour être une personne, il est généralement nécessaire d'avoir un corps animé, un nom, un statut social, une conscience de soi et d'être reconnu en tant que personne par les autres membres de la société. Cette reconnaissance est fondamentale pour passer du statut d'individu à celui de personne qui a des obligations indépendantes de celles qui répondent directement à ses besoins physiques et psychiques, et dont l'existence dépend en partie des relations établies avec d'autres personnes. La tradition antique et ses prolongements Lorsque le cyclope Polyphème demande au héros de l'Odyssée son nom, ce dernier répond « personne », astuce qui lui permet d'échapper à la mort. Une fois sauvé, Ulysse clame son nom à celui qui désirait le tuer, afin qu'il ne l'oublie pas. Cela suppose qu'une personne doit porter un nom qui la distingue des autres et la fait exister au-delà de sa présence physique. Dans le monde latin persona désigne le masque de théâtre à travers lequel les acteurs disaient leur texte (probablement de l'étrusque phersu, « masque »).
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PERSONNE, anthropologie

Une personne se définit par un ensemble d'éléments qui constituent son identité physique et sociale. Chaque société détient sa propre représentation de la personne ; néanmoins, certaines constantes existent. Pour être une personne, il est généralement nécessaire d'avoir un corps animé, un nom, un statut social, une conscience de soi et d'être reconnu en tant que personne par les autres membres de la société. Cette reconnaissance est fondamentale pour passer du statut d'individu à celui de personne qui a des obligations indépendantes de celles qui répondent directement à ses besoins physiques et psychiques, et dont l'existence dépend en partie des relations établies avec d'autres personnes.

La tradition antique et ses prolongements

Lorsque le cyclope Polyphème demande au héros de l'Odyssée son nom, ce dernier répond « personne », astuce qui lui permet d'échapper à la mort. Une fois sauvé, Ulysse clame son nom à celui qui désirait le tuer, afin qu'il ne l'oublie pas. Cela suppose qu'une personne doit porter un nom qui la distingue des autres et la fait exister au-delà de sa présence physique.

Dans le monde latin persona désigne le masque de théâtre à travers lequel les acteurs disaient leur texte (probablement de l'étrusque phersu, « masque »). À Rome, la personne se distingue non seulement des esclaves, à qui l'on ne reconnaît ni individualité ni statut social, mais aussi des individus sans distinction particulière (biens, pouvoir politique, charisme) qui leur permettrait d'occuper une place de valeur au sein de la cité.

La tradition chrétienne s'inspire des penseurs et des médecins de l'Antiquité gréco-latine et compose la personne d'un corpus périssable (sôma en grec) voué à la résurrection, d'une âme (lat. anima, gr. psychè) et du souffle vital (lat. spiritus, gr. pneuma) qui vient de Dieu. Ces trois éléments incarnent une trilogie qui pendant plusieurs siècles a tenté de supplanter la dualité corpus /anima pour introduire l'élément divin, spiritus, qui fait de l'être humain une personne sur la voie de l'accomplissement divin. Les débats ont dépassé les frontières de la tradition judéo-chrétienne et de nombreux savants musulmans, tel Avicenne (980-1037), participèrent à la réflexion sur la personne. Pour les Arabes, étudiés par Joseph Chelhod (La Face et la personne chez les Arabes, 1957), le corps d'un individu est également animé d'une âme végétative, nafs, qui s'installe au cours du quatrième mois de la gestation et d'une âme souffle, rûh, qui pénètre le nouveau-né au moment de la naissance. Cette représentation est exposée dans le Coran.

Les conceptions anthropologiques

En anthropologie, la notion de personne est devenue un sujet de réflexion dès le début du xxe siècle avec la parution des travaux de Lucien Lévy-Bruhl sur La Mentalité primitive (1922) qui placent l'indigène dans la phase prélogique de l'évolution humaine, alors que la personne moderne occupe la phase logique caractérisée par l'affirmation de l'individualité. Séduit par cette pensée, Marcel Mauss fait, en 1938, une communication sur « la notion de personne » dans laquelle il tente de synthétiser les données historiques et ethnographiques disponibles. Il s'efforce de trouver un ordre logique aux catégories de la pensée sur cette question, sans y parvenir cependant tout à fait. Malgré son positionnement évolutionniste, Mauss ouvre un nouveau champ de recherche et conduit une génération de jeunes chercheurs à étudier précisément la constitution d'une personne.

Au milieu du xxe siècle, les études des ethnologues africanistes, en particulier celles de Marcel Griaule et de Germaine Dieterlen, offrent de nouveaux éléments de réflexion grâce aux données recueillies chez les Dogon et les Bambara du Mali. La personne y apparaît comme la somme d'une multiplicité de composantes matérielles (physiques) et immatérielles (spirituelles). La pensée mythique, qui explique la genèse de la société, permet ici d'objectiver l'Univers et de transposer son organisation aux structures politiques et sociales. Les techniques, comme le tissage, l'agriculture, les greniers à céréales, sont également à l'image de l'harmonie cosmique qui a succédé au chaos. Aucune phase de la naissance de la personne n'est omise. Lors de la conception, le fœtus reçoit des principes héréditaires qui passent par les humeurs des parents biologiques (sang, sperme, lait) ainsi que plusieurs principes spirituels venant des aïeux et des ancêtres mythiques. Lors de l'accouchement, le nouveau-né doit se séparer de son jumeau, représenté par le placenta ou l'ombre. Il reçoit ensuite un ou plusieurs noms, dont certains secrets, qui peuvent changer au fil des années en fonction de son développement. Pour qu'un individu devienne une personne accomplie il doit passer par un long modelage physique et psychique, ce dernier se produisant essentiellement lors des initiations adolescentes qui correspondent pour les garçons à la circoncision et pour les filles à l'apparition des menstrues. De ce fait, il est important de considérer les âges de la vie comme un processus participant à l'individuation, notamment dans les sociétés à classe d'âge.

À partir de ces travaux, des chercheurs, notamment Françoise Héritier, développent une réflexion anthropologique sur le corps, sa fabrication « biologique » et symbolique et son imbrication dans les systèmes de parenté. La personne est avant tout un individu porteur d'une destinée dépendante de son sexe. L'étude de la circulation des fluides du corps participe à la compréhension de l'émergence des relations de genre, de parenté et d'alliance. En Mélanésie, le contrôle des humeurs corporelles permet d'affirmer un pouvoir masculin et de produire des « grands hommes » (Maurice Godelier).

Les chercheurs anglo-saxons (Mary Douglas) et américains (David Schneider) s'intéressent davantage à la naissance sociale de la personne et à sa construction culturelle. Pour Meyer Fortes, la société est la source de la personne qui est indépendante de l'individu et peut être tout aussi bien humaine qu'animale.

Les recherches sur les sociétés amérindiennes mettent, de leur côté, l'accent sur l'aspect divisible et en perpétuel déséquilibre de la personne qui est séparée de son double animal ou végétal. La personne vêtue d'une enveloppe corporelle humaine est sujette à toutes sortes de prédations matérielles et immatérielles qui mettent en péril son intégrité (Eduardo Viveiros de Castro). Chez les Kwakiutl, étudiés par Franz Boas, le chef est l'un des individus qui peuvent atteindre tous les degrés leur permettant de devenir des personnes complètes.

Actuellement, influencé par les travaux de Marilyn Strathern, l'intérêt porte sur les réseaux de relations et les devoirs collectifs qui permettent à la personne d'exister. Une autre dimension apparaît également à travers l'étude des affects et des processus cognitifs (conceptualisation du monde, taxinomie) sous-jacents à l'émergence d'une personne.

L'ensemble de ces réflexions participe à l'étude de la notion de personne engagée par des chercheurs qui s'intéressent aux problèmes que pose le développement des nouvelles formes de parentalité comme l'adoption et la procréation médicalement assistée.

Auteur: Cristina FIGUEIREDO-BITON
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