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Définition de : POPULATION, géographie

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Article publié par Encyclopaedia Universalis POPULATION, géographie En 1970, Pierre George définissait la population de façon restreinte en tant qu'« ensemble des habitants d'un territoire défini par des limites administratives, politiques ou géographiques » (Dictionnaire de la géographie). Vingt ans plus tard, dans Les Mots de la géographie (Roger Brunet, Robert Ferras et Hervé Théry, 1992), la définition du terme commence par une approche généraliste, « ensemble d'individus ou d'objets quelconques », mais reprend et adapte la perspective de Pierre George pour l'acception spécifique « ensemble des personnes humaines d'un lieu, d'un espace ». Démographie et géographie de la population Ces deux approches suggèrent que l'on peut opérer n'importe quel regroupement d'individus sans prendre en compte leur diversité. Cette définition permet aux sciences sociales de traiter la somme des individus sur le mode des objets des sciences de la nature. Mais cela reste surtout la raison d'être de la démographie, avec laquelle la géographie entretient des rapports étroits au travers de la géographie de la population. La démographie, étude statistique des populations humaines, utilise les recensements pour mesurer leurs évolutions. Natalité, mortalité, fécondité, répartition par classes d'âge et sexe, migrations... constituent autant de paramètres d'observation des espaces habités.
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POPULATION, géographie

En 1970, Pierre George définissait la population de façon restreinte en tant qu'« ensemble des habitants d'un territoire défini par des limites administratives, politiques ou géographiques » (Dictionnaire de la géographie). Vingt ans plus tard, dans Les Mots de la géographie (Roger Brunet, Robert Ferras et Hervé Théry, 1992), la définition du terme commence par une approche généraliste, « ensemble d'individus ou d'objets quelconques », mais reprend et adapte la perspective de Pierre George pour l'acception spécifique « ensemble des personnes humaines d'un lieu, d'un espace ».

Démographie et géographie de la population

Ces deux approches suggèrent que l'on peut opérer n'importe quel regroupement d'individus sans prendre en compte leur diversité. Cette définition permet aux sciences sociales de traiter la somme des individus sur le mode des objets des sciences de la nature. Mais cela reste surtout la raison d'être de la démographie, avec laquelle la géographie entretient des rapports étroits au travers de la géographie de la population. La démographie, étude statistique des populations humaines, utilise les recensements pour mesurer leurs évolutions. Natalité, mortalité, fécondité, répartition par classes d'âge et sexe, migrations... constituent autant de paramètres d'observation des espaces habités. Complémentairement, la géographie affine les approches de la population en analysant les phénomènes qui modifient les formes de peuplement : exode rural, colonisation, tourisme, urbanisation en sont parmi les figures les plus fréquemment évoquées.

La géographie de la population s'est constituée très tôt – et dans tous les pays qui se dotent d'un outillage statistique – en composante de la géographie humaine face à l'autonomisation de la géographie physique. Ses centres d'intérêt (étude des densités, différenciation par âge et sexe, répartition spatiale...) préfigurent l'éclosion d'un grand nombre de domaines de recherche de la géographie actuelle. Parmi ceux-ci, les rapports entre l'homme et le milieu fondent une géographie de la répartition de la population à diverses échelles, dont celle du monde. Une approche quantitative identifie les grandes aires de densité comparable et alimente un imaginaire cartographique lié à la représentation des différences. Celles-ci sont dues à des facteurs physiques – influence du climat, du relief – et historiques – ancienneté du peuplement, migrations, influences des progrès économiques et diffusion de l'innovation (Daniel Noin, Géographie de la population, 1979).

Les facteurs physiques perdant de leur valeur explicative dans les contextes de milieux peu contraignants, les géographes se sont alors interrogés sur les acquis techniques des populations (Pierre Gourou, Les Pays tropicaux, 1948) puis, peu à peu, sur leurs composantes ethniques, linguistiques et religieuses. Se construit ainsi une géographie des civilisations rurales et de leurs modes d'évolution (Asie, Afrique...).

Cette géographie de la population est rapidement débordée par la complexité de l'industrialisation et de ses conséquences. Dès lors, les populations entretiennent des liens plus aléatoires avec les ressources locales, et leur étude justifie l'utilisation de nouveaux concepts. La géographie de la population s'approprie alors ceux de mobilité (sociale, spatiale, professionnelle...), de développement et de relations sociales pour mieux cerner les facteurs de causalité des répartitions et des évolutions.

Ainsi, la notion de population est insérée dans le cadre plus général des relations entre individus, groupes, sociétés et espaces. Omettre, dans sa définition, l'expérience sensible de l'espace ne permet pas de rendre compte de la richesse des travaux géographiques qui ont la population pour objet d'étude.

Population et développement

Identifiant les enjeux qui conditionnent la pérennité des établissements humains, ces recherches confrontent la notion à celles de développement et de société. Les années 1960 constituent un tournant décisif pour les géographes qui l'abordent par le biais du sous-développement (Yves Lacoste, Géographie du sous-développement, 1965) dont les formes d'approche s'inspirent du marxisme. Il s'agit aussi d'éviter l'éparpillement de la notion entre les divers secteurs d'activité des hommes tels que les transports, l'industrie, l'agriculture, dont la prise en compte participe à l'explication géographique des populations. La forte croissance de la population et son état de santé déficient dans les pays sous-développés sont envisagés comme des manifestations du phénomène plus global de mondialisation du développement. Cette vision globale n'empêche pas la poursuite de travaux de géographie régionale en milieux tropicaux plus enclins à faire apparaître les blocages internes, propres aux sociétés locales. Yves Lacoste (Unité et diversité du tiers-monde, 1980) reconnaît la nécessité de ne pas négliger la spécificité des contextes d'un sous-développement défini comme « accentuation de la distorsion entre une très rapide croissance des besoins et la croissance des moyens et ressources dont les populations disposent effectivement pour les satisfaire ».

Aujourd'hui, les travaux qui portent sur le monde en développement insistent sur cette diversité des situations et combinent, au sein d'une même analyse, causes internes et externes. La question des relations entre populations et développement est maintenant traitée en prenant en compte les médiations culturelles qui définissent les opportunités offertes à certains groupes sociaux de valoriser leur place et leurs ressources. Certains volumes (Amérique latine, Les Afriques au sud du Sahara par exemple) de la dernière Géographie universelle (dirigée par Roger Brunet, 1990-1996) renvoient d'ailleurs à cette orientation de recherche.

Géographie sociale des populations

Selon Robert Marconis (Introduction à la géographie, 1996), c'est, paradoxalement, en raison de l'intérêt de certains géographes pour la notion de système que, en France, la curiosité s'est élargie à la diversité des manières dont on peut analyser les relations entre des éléments de la population et l'espace. Cette démarche vers des centres d'intérêt nouveaux a été plus précoce chez les géographes anglo-saxons. Face au courant de l'analyse spatiale, qui considère la population comme une variable d'un système, deux approches se sont développées à la fin des années 1960. Celle de la géographie radicale (Radical Geography), d'inspiration marxiste, qui se place non plus du côté des dominants mais aux côtés des opprimés et travaille, par exemple, sur les questions de ségrégation. Et celle de la géographie humaniste, intégrant les apports de l'ethnologie, de la sociologie, de la psychologie, qui insiste sur les spécificités de l'expérience des lieux et des significations qui leur sont associées dans une perspective subjective. Dans leur prolongement, d'autres champs d'études se sont développés : géographie des minorités, féministe, postcoloniale, nourrissant une géographie postmoderne (Jean-François Staszak dir., Géographies anglo-saxonnes : tendances contemporaines, 2001).

En France, à la suite des travaux d'Alain Reynaud (Société, espace et justice : inégalités régionales et justice socio-spatiale, 1981), la géographie centre son regard sur les rapports sociaux et leurs dimensions territoriales. Une géographie sociale s'élabore sur les acquis d'une géographie de la population, acquis repris dans une perspective plus large, plus en phase avec les grandes interrogations du monde contemporain. L'ouvrage Géographie sociale (Armand Frémont, Jacques Chevalier, Robert Hérin et Jean Renard, 1984) en pose les jalons dans l'ordre des principes, des méthodes, des démarches et des espoirs. De nombreux colloques tentent ensuite d'asseoir les fondements théoriques et méthodiques de cette nouvelle géographie sans cesse remise en question. Complémentairement, Guy Di Méo (Géographie sociale et territoires, 1998) propose une approche par le territoire, qui serait fondateur des relations entre les hommes ainsi que de l'organisation des sociétés. À ses côtés, une géographie culturelle (revue Géographie et cultures) se dessine sur des bases plus proches de l'anthropologie. Géographie sociale et géographie culturelle construisent ainsi, en France, le champ contemporain d'une géographie des populations.

Auteur: Regis KEERLE ;Laurent VIALA ;Jean-Paul VOLLE
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