Cette publication est accessible gratuitement
Lire

Définition de : PORTRAIT, arts

De
5 pages
Article publié par Encyclopaedia Universalis PORTRAIT, arts L'effigie individuelle de l'homme a connu au cours des siècles des destinées fort diverses. En dépit des accusations formulées par la théorie artistique, qui lui reprochait de n'être qu'une imitation de la nature, le portrait s'est imposé comme un enjeu capital, et un genre que les grands noms de la peinture, tel Raphaël ou Titien, ont élevé à ses plus hauts sommets. Cependant, l'évolution du portrait peint est loin d'avoir été continue. Tantôt, comme au Moyen Âge, on a paru s'accommoder assez bien de son absence, tantôt sa production a e constitué, comme au xvii siècle en Hollande, la principale occupation des artistes. De plus, la fonction même du portrait a été soumise à d'incessantes transformations. S'il s'agissait à chaque fois de représenter au mieux un être humain, la façon toujours différente dont celui-ci se trouvait restitué à travers son portrait traduisait à la fois la conscience qu'avait le modèle de lui-même, et celle qu'il avait – comme le peintre – du code artistique alors en vigueur. Imitation de la nature ou présence du sujet Chargé avant tout de rendre fidèlement la singularité des individus, le portrait fut vite soupçonné de n'être qu'un simple exercice d'imitation de la nature, dépourvu de tout contenu intellectuel, et auquel il convenait d'accorder au mieux une place secondaire dans la hiérarchie des genres.
Voir plus Voir moins

Vous aimerez aussi

PORTRAIT, arts

L'effigie individuelle de l'homme a connu au cours des siècles des destinées fort diverses. En dépit des accusations formulées par la théorie artistique, qui lui reprochait de n'être qu'une imitation de la nature, le portrait s'est imposé comme un enjeu capital, et un genre que les grands noms de la peinture, tel Raphaël ou Titien, ont élevé à ses plus hauts sommets. Cependant, l'évolution du portrait peint est loin d'avoir été continue. Tantôt, comme au Moyen Âge, on a paru s'accommoder assez bien de son absence, tantôt sa production a constitué, comme au xviie siècle en Hollande, la principale occupation des artistes. De plus, la fonction même du portrait a été soumise à d'incessantes transformations. S'il s'agissait à chaque fois de représenter au mieux un être humain, la façon toujours différente dont celui-ci se trouvait restitué à travers son portrait traduisait à la fois la conscience qu'avait le modèle de lui-même, et celle qu'il avait – comme le peintre – du code artistique alors en vigueur.

Imitation de la nature ou présence du sujet

Chargé avant tout de rendre fidèlement la singularité des individus, le portrait fut vite soupçonné de n'être qu'un simple exercice d'imitation de la nature, dépourvu de tout contenu intellectuel, et auquel il convenait d'accorder au mieux une place secondaire dans la hiérarchie des genres. La peinture historique lui était bien supérieure, et seules la nature morte et la peinture de genre étaient moins prisées encore des théoriciens de l'art. Au milieu du xixe siècle, l'art du portrait put être décrit par la critique comme hésitant entre la liberté d'un art authentique et les contraintes de la servitude. La distinction parfois opérée dans les Salons entre « tableau » et « portrait » exprimait une volonté affirmée de se prémunir contre toute forme de mimétisme en art. Pourtant, le primat de la ressemblance était loin d'être immuable, et l'idéalisation du modèle, son ennoblissement, ou une certaine emphase dans sa représentation furent souvent les véritables objectifs, sinon le devoir du portraitiste. Enfin, la quantité incalculable de portraits conservés prouve à quel point les canons des théoriciens pouvaient être éloignés des aspirations des commanditaires.

Le portrait est avant tout porteur du souvenir du personnage représenté. C'est à son pouvoir d'évocation que le genre doit sa fortune, comme le montre l'un de ses principaux partisans, Leon Battista Alberti, dans son Traité de la peinture (1435, trad. franç., 1992). Pour lui, le portrait ne se borne pas à rendre, en son absence, un sujet présent : il peut aussi redonner vie à des êtres disparus. Le critère de ressemblance joue un rôle primordial dans cette transformation d'une absence réelle en une présence fictive. Au-delà de l'imitation du modèle, c'est la restitution de son caractère qui est recherchée. Les portraitistes se sont toujours efforcés de faire de la nature profonde de l'homme l'objet même de leur art. Le terme « portrait » dérive d'ailleurs de l'ancien verbe « portraire », du latin protrahere, littéralement : « tirer en avant ». Si l'italien préfère le vocable ritratto, du latin retrahere, « tirer en arrière », les deux termes traduisent une identique volonté d'extraire l'essence même du sujet, et renvoient aux qualités invisibles que révèle le tableau.

De tout temps, le portrait, lorsqu'il témoignait d'une perte, a fait office de substitut. Sa fonction de représentation l'a rendu indispensable. Le genre peut aujourd'hui être considéré comme une forme d'incantation, opposant une icône à la mort tant de fois annoncée de l'individu soumis à l'uniformisation de la société de masse. À l'inverse, l'individualité des personnages représentés, quand elle ne résiste pas au temps, perd de son pouvoir évocateur. Elle est alors remplacée avec profit par la force de l'œuvre d'art elle-même, dont la pérennité tient beaucoup à ses vertus propres, qui dépassent alors sa seule qualité de portrait.

Enjeux et pouvoirs du portrait

Si l'on s'est parfois soucié d'établir des distinctions entre différentes catégories de représentations d'individus, une véritable théorie du portrait fait défaut. De récentes études, telle celle d'Édouard Pommier (Théories du portrait : de la Renaissance aux Lumières, 1998), sur les diverses théories exprimées successivement de la Renaissance à nos jours, ont montré la nécessité de prendre en compte, pour élaborer le cadre nécessaire à l'étude du portrait, les points de vue les plus divers. Après plusieurs siècles de réflexions abstraites, qui se poursuivent encore aujourd'hui, force est de constater que le caractère a priori irréalisable du portrait (rendre une présence humaine ou figurer la vie en deux dimensions) n'a jamais empêché les artistes de créer des œuvres de premier plan. Il suffit de considérer les noms de Van Eyck, Dürer, Holbein, Hals, Van Dyck, Velázquez, Rembrandt, Goya et Ingres, ou, plus près de nous, Van Gogh, Picasso, Warhol ou Richter... Leurs œuvres correspondent à différents types de portraits : portraits officiels et portraits d'apparat, portraits intimistes ou portraits de groupe, autoportraits et portraits en buste, à mi-corps ou en pied. Mais comme le montrent les analyses d'historiens de l'art portant sur différentes périodes (Enrico Castelnuovo, Portraits et société dans la peinture italienne, 1973, trad. franç., 1993 ; Lorne Campbell, Portraits de la Renaissance : la peinture des portraits en Europe aux XIVe, XVe et XVIe siècles, 1990, trad. franç., 1991 ; Andreas Beyer, L'Art du portrait, 2002, trad. franç., 2003), l'ensemble que forment ces tableaux symbolise à la fois les limites et les possibilités infinies de l'art, les conventions observées comme l'invention des artistes lorsqu'ils tentent de saisir, à travers l'image qu'ils donnent de l'homme, sa personnalité propre. Or représenter un individu, au-delà de la restitution de sa physionomie, c'est aussi, comme on le voit chez Hans Holbein le Jeune (1497-1543), le mettre en scène dans un cadre pertinent et le doter d'accessoires caractéristiques, qui feront partie intégrante du portrait achevé.

Déchargé de sa fonction d'image commémorative par l'avènement de la photographie, au cours de la seconde moitié du xixe siècle, le portrait peint manifeste au siècle suivant, dans le vocabulaire de la modernité, la possibilité de refléter des conditions humaines différentes, avec une certaine distanciation par rapport à l'image fidèle, et l'incarnation, au-delà de la physionomie, d'une idée, fut-ce au prix de distorsions, chez Picasso ou Bacon, ou d'un passage à l'abstraction comme chez l'artiste allemand Imi Knoebel (né en 1940).

Parallèlement à l'évolution du portrait s'est développé l'autoportrait. À partir de la Renaissance, une aspiration à la gloire conduit les peintres à postuler pour une plus grande reconnaissance de l'artiste, comme représentant des arts libéraux. Elle passe par sa personnification de plus en plus marquée, qui trouve son origine dans l'Antiquité, avec les figures d'Apelle, de Zeuxis ou de Parrhasios d'Éphèse, célébrées par Pline. Souvent l'autoportrait est créé pour mettre en évidence, lorsque l'artiste se présente à son commanditaire, la correspondance entre l'« original » et sa « copie ». Au xixe siècle, et en particulier dans la tradition romantique, l'autoportrait (tel celui de Philip Otto Runge, Selbstbildnis im blauen Rock, en 1805) et les « tableaux d'artistes » (par exemple, Un coin de table par Henri Fantin-Latour, en 1872, où figurent notamment Paul Verlaine et Arthur Rimbaud) deviennent un véritable genre, constituant un document singulièrement éloquent sur les conditions humaines et sociales de la production artistique du temps.

Auteur: Andreas BEYER
Un pour Un
Permettre à tous d'accéder à la lecture
Pour chaque accès à la bibliothèque, YouScribe donne un accès à une personne dans le besoin