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Définition de : PRÉVENTION

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Article publié par Encyclopaedia Universalis P R É V E N T I O N L'idée de prévenir la maladie par des mesures individuelles ou collectives n'est pas propre aux sociétés modernes. Dès l'Antiquité, les individus étaient invités à se soucier de leur santé en respectant des règles de vie touchant l'alimentation, l'activité physique, l'hygiène. Les grandes épidémies suscitèrent très tôt des mesures d'isolement et de quarantaine. Mais c'est vers 1880 que le terme « prévention » acquiert son sens actuel, faisant référence à un ensemble systématisé de mesures mises en œuvre par l'État pour réduire la fréquence de certaines maladies. L'invention de la vaccination fut sans doute une étape importante dans le développement de la notion moderne de prévention. Mais ce n'est que beaucoup plus tard que la généralisation, parfois obligatoire, des vaccinations efficaces prendra une place importante dans les mesures de prévention des maladies infectieuses. Dès l'époque de Pasteur, en revanche, les mesures prônées par les hygiénistes et visant à agir sur l'environnement – assainissement des eaux, fosses septiques, aération des maisons – ou sur l'hygiène de vie individuelle et l'alimentation contribuèrent autant au déclin des maladies infectieuses que les vaccinations.
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PRÉVENTION

L'idée de prévenir la maladie par des mesures individuelles ou collectives n'est pas propre aux sociétés modernes. Dès l'Antiquité, les individus étaient invités à se soucier de leur santé en respectant des règles de vie touchant l'alimentation, l'activité physique, l'hygiène. Les grandes épidémies suscitèrent très tôt des mesures d'isolement et de quarantaine. Mais c'est vers 1880 que le terme « prévention » acquiert son sens actuel, faisant référence à un ensemble systématisé de mesures mises en œuvre par l'État pour réduire la fréquence de certaines maladies. L'invention de la vaccination fut sans doute une étape importante dans le développement de la notion moderne de prévention. Mais ce n'est que beaucoup plus tard que la généralisation, parfois obligatoire, des vaccinations efficaces prendra une place importante dans les mesures de prévention des maladies infectieuses. Dès l'époque de Pasteur, en revanche, les mesures prônées par les hygiénistes et visant à agir sur l'environnement – assainissement des eaux, fosses septiques, aération des maisons – ou sur l'hygiène de vie individuelle et l'alimentation contribuèrent autant au déclin des maladies infectieuses que les vaccinations.

Au xxe siècle, l'action de l'État se focalisera sur les cancers et les maladies cardio-vasculaires, car après 1950 le succès des antibiotiques avait reléguer au second plan les grandes maladies infectieuses (tuberculose, syphilis) dans les politiques de santé. Pour les cancers, dès le milieu du xixe siècle, les données statistiques inquiètent déjà : on cherche, comme on le fait encore aujourd'hui, dans l'alimentation, l'alcoolisme, les conditions de vie « stressantes » et surtout l'utilisation accrue par l'industrie de produits toxiques la cause de l'augmentation du taux de cancers.

Le cas des maladies cardio-vasculaires est différent : les compagnies d'assurance américaines jouent un rôle déterminant dans ce domaine en analysant les données de santé de leurs assurés. Elles observent que les sujets présentant une pression sanguine élevée ont un taux de mortalité plus grand que celui de la moyenne de la population étudiée. C'est un souci économique qui est ici à l'œuvre dans la distinction entre populations, normale et hypertendue, la seconde catégorie de patients devenant potentiellement moins rentable que la première. Mais le souci économique n'est pas absent des politiques d'État, et le coût des innovations thérapeutiques en cancérologie devient rapidement prohibitif. En France, l'État crée des institutions spécialisées dans le dépistage et le traitement des tumeurs malignes, et s'efforce d'orchestrer des campagnes de prévention du cancer fondées avant tout sur la vigilance individuelle, non sans engendrer une « cancérophobie » dont se plaindront rapidement les médecins. Dans les années 1960, la prévention de l'avortement non médicalisé a ouvert la voie à l'acceptation de l'I.V.G. et à une médicalisation de la reproduction humaine. Enfin, avec l'émergence du sida à partir de 1980, l'État devra mettre au point de nouvelles stratégies de communication pour tenter d'enrayer le fléau. Récemment, les médias se sont fait l'écho des problèmes posés par la résistance croissante des souches microbiennes aux antibiotiques et la gravité des maladies nosocomiales, sensibilisant le grand public aux questions de prévention dans le domaine des maladies infectieuses (revenues ainsi au premier plan). À cela est venu s'ajouter la question des pathologies d'origine environnementale ou technologique qui ont inspiré le principe de précaution.

La notion de prévention pose d'une manière aiguë la question de la définition du normal et du pathologique. Comment, en effet, décider des chiffres à partir desquels on qualifiera de pathologique un chiffre de pression artérielle, un taux de glycémie ou un taux de cholestérol sanguin ? Vers 1920, quand les assurances américaines publient leurs données, la question paraît simple. Est considérée comme anormale une pression artérielle qui s'accompagne de troubles évidents, signalés par l'assuré. On divise donc les populations en « hypertendus » et « normotendus ». Des recherches ultérieures montrent que des lésions « silencieuses » peuvent exister chez les sujets hypertendus et qu'ils doivent être traités pour réduire l'incidence de complications cardio-vasculaires. De fil en aiguille, on en vient à proposer de traiter des hypertensions de plus en plus modérées. De même, parce que le diabète sucré est une cause connue de troubles cardio-vasculaires, on invente le « prédiabète » caractérisé par une hyperglycémie modérée mais souvent néfaste à long terme. Quant à l'attitude à adopter face à l'hypercholestérolémie, elle a donné lieu à des controverses pendant plus de trente ans.

Les grands essais cliniques « randomisés », c'est-à-dire sur des échantillons aléatoires, sont considérés comme décisifs pour établir des normes à partir desquelles il faut traiter ou non une population. Mais leurs résultats sont souvent contestés, car persiste le problème de fond qui est celui des critères de séparation entre le normal et le pathologique. La norme statistique n'est en effet que secondaire par rapport à la norme comme valeur, et renvoie à la question des choix sociaux qui valorisent telle ou telle norme. La gestion d'une politique de santé publique est donc difficile. Naviguant entre deux écueils, trop en faire ou pas assez, la prévention publique, qu'elle soit de type primaire (s'attachant à prévenir l'apparition des maladies), secondaire (visant des populations dites à risque) ou tertiaire (intervention sur les lésions infra cliniques) doit, sous peine d'être inefficace, braver l'impopularité (la lutte contre le tabagisme par exemple).

Auteur: Christiane SINDING