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Définition de : PRINCIPE DE PLAISIR /PRINCIPE DE RÉALITÉ

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Article publié par Encyclopaedia Universalis PRINCIPE DE PLAISIR /PRINCIPE DE RÉALITÉ Ces deux principes sont complémentaires dans l'économie du processus psychique dont ils régissent le fonctionnement et l'équilibre. Ils ne sont pas nécessairement en opposition. La diversité de leurs relations possibles est porteuse de la pluralité des expériences et des perceptions du monde. Ainsi, les différents troubles de la perception correspondent à différentes modalités du rapport entre le moi et le monde extérieur. La névrose, par exemple, répond à une perte temporaire et consciente de la relation à la réalité, détachant du moi une partie de la réalité psychique ; alors que la psychose concerne une séparation du moi et du réel où la distinction entre principe de plaisir et principe de réalité n'existe plus. Mécanisme de production et articulation Le principe de plaisir désigne la recherche fondamentale de la satisfaction des désirs ou de la satisfaction pulsionnelle ; il agit aussi comme une évacuation ou une fuite du déplaisir, comme une tentative, dans la sublimation, de contrecarrer la réalité. Le principe de réalité, quant à lui, exige que la satisfaction soit différée. Il révèle en quelque sorte la capacité du sujet à tolérer les résistances, les difficultés, les contraintes imposées par la vie avec les autres. Les principes de plaisir et de réalité ne sont pas exclusifs l'un de l'autre mais plutôt corrélatifs.
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PRINCIPE DE PLAISIR /PRINCIPE DE RÉALITÉ

Ces deux principes sont complémentaires dans l'économie du processus psychique dont ils régissent le fonctionnement et l'équilibre. Ils ne sont pas nécessairement en opposition. La diversité de leurs relations possibles est porteuse de la pluralité des expériences et des perceptions du monde. Ainsi, les différents troubles de la perception correspondent à différentes modalités du rapport entre le moi et le monde extérieur. La névrose, par exemple, répond à une perte temporaire et consciente de la relation à la réalité, détachant du moi une partie de la réalité psychique ; alors que la psychose concerne une séparation du moi et du réel où la distinction entre principe de plaisir et principe de réalité n'existe plus.

Mécanisme de production et articulation

Le principe de plaisir désigne la recherche fondamentale de la satisfaction des désirs ou de la satisfaction pulsionnelle ; il agit aussi comme une évacuation ou une fuite du déplaisir, comme une tentative, dans la sublimation, de contrecarrer la réalité. Le principe de réalité, quant à lui, exige que la satisfaction soit différée. Il révèle en quelque sorte la capacité du sujet à tolérer les résistances, les difficultés, les contraintes imposées par la vie avec les autres.

Les principes de plaisir et de réalité ne sont pas exclusifs l'un de l'autre mais plutôt corrélatifs. À travers l'énonciation, Sigmund Freud dégage des lois du psychisme là où certains seraient tentés de concevoir le plaisir comme le pôle de l'extrême subjectivité et la réalité comme celui d'une indiscutable objectivité. Ces deux principes constituent un binôme dont l'équilibre assure le fonctionnement psychique de l'homme pouvant désirer au sein d'une réalité parfois contraignante, contrariante, voire adverse.

Les hiatus entre les désirs du sujet et la réalité alimentent le processus psychique et contribuent dans la formation d'un sujet au développement d'un moi.

Nécessité d'un principe de réalité et élaboration théorique

L'énonciation d'un principe de réalité semble plus pratique que descriptive. En effet, l'idée d'un environnement conçu comme un ensemble d'éléments donnés, tout constitués, se heurte à cette autre idée qu'il n'y a pas de perception du monde sans un sujet percevant – ce sujet n'étant pas transparent à lui-même, mais porteur de zones d'ombres, travaillé par un inconscient qui n'est pas une conscience sous la conscience. Si un tel principe est bien nécessaire, c'est parce qu'on ne peut se passer d'un référent commun avec les autres sans tomber dans le solipsisme. Simplement ce référent n'est pas donné, il n'est pas une chose que nous aurions à retrouver. C'est plutôt la rencontre de résistances et l'émergence possible de frustrations qui en signalent la proximité. « Principe » désigne alors le réquisit pour entrer en relation avec les autres. Si à son propos on conçoit des degrés, la folie n'est pas la limite de ce postulat, mais sans doute sa suspension ou sa perte partielle ou totale.

Un principe de constance serait au fondement de l'économie psychique. Ce postulat visant à l'équilibre ou à la régularité d'un degré d'excitation aurait pour inspiration un principe de stabilité (énoncé dès 1873 par Gustav Fechner). Il s'agit de l'idée d'une conservation d'énergie. En fait, le principe de constance garantirait la persistance d'une certaine intensité du principe de plaisir quelles que soient les difficultés rencontrées dans la réalité. Dans L'Interprétation des rêves (1900), où le système inconscient est caractérisé par l'évacuation libre des quantités d'excitation, Freud évoque alors le principe de constance comme une donnée venant inhiber cet écoulement.

Dans le rêve, tout ne relève pas du principe de plaisir, mais le rêve apparaît le plus court chemin permettant au sujet d'être satisfait. Ainsi, le nourrisson qui continue tout en dormant de téter, comme il le faisait à l'état fœtal, se réveille parce que son hallucination ne suffit pas à le sustenter. En cela, le principe de réalité vient au secours du besoin ou compléter et soutenir le principe de plaisir. Le réveil du nourrisson peut alors, dans ce cas, être provoqué par la faim. Inversement, non satisfait par son alimentation, il peut, du fait d'une expérience traumatique, rêver qu'il mange. Le rêve comme tentative de l'accomplissement d'un souhait serait une des formes de l'économie libidinale du sujet. La réalité étant perçue comme région ou loi de l'insatisfaction pulsionnelle.

Dans les Nouvelles Conférences sur la psychanalyse (1932) et dans les Trois Essais sur la théorie de la sexualité (1905), à partir d'une étude du moi dans son rapport au réel et de la répartition en principe de plaisir et principe de réalité, Freud opère une classification des processus psychiques. Le principe de réalité tient lieu de dehors pour le psychisme par rapport aux renoncements, aux compromis requis par la vie parmi les autres.

Paradoxalement, une poussée naît de ces hiatus entre des désirs et leur réalisation, une énergie est inaugurée par ces béances. C'est ainsi que la sublimation semble être une des réponses à ces ratages ou impossibilités, notamment sous la forme de la création artistique, mais aussi dans toute entreprise ou ambition pour modifier quelque chose du réel.

C'est dans un article intitulé « Les deux principes du processus psychique » (1911) que Freud articule le principe de plaisir et le principe de réalité. La sublimation y apparaît comme la transformation majeure de la frustration, de la carence ou de pulsions perverses inconciliables avec une vie sociabilisée. Elle constitue un mode de conciliation des pulsions aboutissant à l'enrichissement de la perception du réel. Le principe de plaisir, qui au départ s'institue contre une réalité insatisfaisante, devient, partagé par d'autres, une dimension de la réalité.

Le principe de réalité joue le rôle de régulateur, de correcteur ou de contrôle quand le principe de plaisir incarne celui de transformateur.

Auteur: Stéphanie MÉNASÉ
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