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Définition de : PRODUCTION, cinéma

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Article publié par Encyclopaedia Universalis PRODUCTION, cinéma La production enveloppe toutes les phases de la fabrication d'une œuvre cinématographique, depuis l'instant où le projet est esquissé jusqu'au moment où commencera la distribution, mais elle exerce sur elles une autorité inégale. De plus, son ascendant varie avec les lieux et les époques. Si le producteur n'a pas toujours l'initiative du film, il lui appartient du moins d'en faire un projet réalisable. Il en prévoit et en assure d'abord le financement et devient moralement et juridiquement responsable de sa mise en œuvre et de son achèvement. Il soutient donc le développement du scénario, qu'il a choisi ou commandité et qui requiert son approbation avant que les tâches de réalisation ne commencent. Puis il contrôle, inspire ou arrête le choix des comédiens et des collaborateurs artistiques et techniques : décorateur, costumier, directeur de la photo ; lorsque les costumes et les décors auront pris une première forme, celle de dessins ou de maquettes, il dépend de lui, en fonction des devis qu'on lui présente, d'en ordonner ou non l'exécution ; son autorité s'applique de la même manière au choix des lieux de tournage en extérieur et à la détermination du temps qu'y passera l'équipe de réalisation ; il lui revient d'établir un budget prévisionnel, puis, le plan de travail dressé, de calculer les dépenses effectives – et bien souvent, au fil de la réalisation, de faire face à des frais imprévus.
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PRODUCTION, cinéma

La production enveloppe toutes les phases de la fabrication d'une œuvre cinématographique, depuis l'instant où le projet est esquissé jusqu'au moment où commencera la distribution, mais elle exerce sur elles une autorité inégale. De plus, son ascendant varie avec les lieux et les époques.

Si le producteur n'a pas toujours l'initiative du film, il lui appartient du moins d'en faire un projet réalisable. Il en prévoit et en assure d'abord le financement et devient moralement et juridiquement responsable de sa mise en œuvre et de son achèvement. Il soutient donc le développement du scénario, qu'il a choisi ou commandité et qui requiert son approbation avant que les tâches de réalisation ne commencent. Puis il contrôle, inspire ou arrête le choix des comédiens et des collaborateurs artistiques et techniques : décorateur, costumier, directeur de la photo ; lorsque les costumes et les décors auront pris une première forme, celle de dessins ou de maquettes, il dépend de lui, en fonction des devis qu'on lui présente, d'en ordonner ou non l'exécution ; son autorité s'applique de la même manière au choix des lieux de tournage en extérieur et à la détermination du temps qu'y passera l'équipe de réalisation ; il lui revient d'établir un budget prévisionnel, puis, le plan de travail dressé, de calculer les dépenses effectives – et bien souvent, au fil de la réalisation, de faire face à des frais imprévus. Après avoir payé les laboratoires de développement, il mène, avec le montage et l'enregistrement de la musique, l'entreprise à son terme, sous la forme d'une copie zéro, qu'il confie à la distribution, laquelle en tirera les copies d'exploitation.

Les studios de production

Le plus ancien mode de production est lié à des firmes de distribution qui possèdent des studios, comme fit, parmi les premières, la Star Film de Méliès, en 1896. Elles financent les films, les tournent et les montrent. Tel était le cas de la Gaumont en France, de la Lux en Italie, de la U.F.A. en Allemagne ou des compagnies qui dominaient Hollywood : M.G.M., Paramount, Warner Bros, Universal, Fox, etc. Loin de ces géants industriels, des nations plus petites n'étaient pas en reste : si, au Danemark, la Nordisk, fondée en 1906, disparut en 1929, sa rivale suédoise, la Svensk Filmindustri produira les œuvres d'Ingmar Bergman jusqu'en 1969.

Le patron de la production, qu'on nomme aux États-Unis executive producer, confie la mise en œuvre et d'abord la gestion comptable d'un projet à un producteur, dont il se réserve d'apprécier et de contrôler le travail ; ce dernier peut à son tour déléguer une partie de ses prérogatives et parfois l'essentiel de ses tâches à un associé (associate producer). Un imbroglio verbal veut que les fonctions de ce dernier correspondent à celles qui sont en français celle du producteur délégué ou producteur exécutif. Dans ce système, le producteur règne sur tous les domaines de la réalisation et dispose des moyens qu'offre le studio : les techniciens qui en sont les employés, les acteurs qui lui sont liés par contrat, les droits d'adaptation d'œuvres littéraires qu'il a achetés, les locaux, les appareils, les accessoires, les décors, la filmothèque. Cela permet l'exploitation la plus rationnelle des ressources matérielles et humaines, et limite l'usage de l'emprunt à des investissements destinés à financer des équipements durables. Mais, surtout, cela garantit aux cinéastes des moyens incomparables, des équipes animées d'un esprit commun, des habitudes de travail rassurantes.

Inspiré des concentrations industrielles, ce mode de production, courant dès les années 1910, a disparu en Europe, faute de capitaux suffisants et de marchés linguistiques propres, mais principalement à la suite des guerres mondiales. Il a fonctionné plus longtemps au Japon, malgré la faillite de la Daiei en 1971, ou aux États-Unis ; il se maintient en Inde ou à Hong Kong. Les régimes totalitaires ont adopté des structures analogues, à cette réserve près que l'État y détient le monopole du financement des films et que le Parti décide de leur diffusion. Ce système se vit pourtant contesté, à partir de 1960, aux États-Unis, où des cinéastes, des acteurs, des producteurs, des scénaristes épris de liberté créatrice tentèrent l'aventure de la production indépendante, dont les pouvoirs d'innovation brillèrent vingt ans durant, aux dépens de l'académisme hollywoodien, mais aussi de l'assise propres aux grands studios, que leur rentabilité incertaine privait en même temps peu à peu de leur autonomie.

Le producteur indépendant

Dans ce second mode de production, le producteur doit réunir lui-même les capitaux et les moyens matériels et humains nécessaires à la réalisation d'un film. Il sera donc tenté d'en diminuer les coûts. L'indépendance entraîne l'instabilité. Rares sont ceux qui, comme le Français Pierre Braunberger, ont poursuivi leur carrière de l'époque du muet à celle de la Nouvelle Vague, avec autant de prudence dans les investissements que d'heureuse hardiesse dans les choix artistiques. Le producteur, dans sa rigueur, apparaît alors souvent comme une sorte de censeur des ambitions artistiques. Une véritable légende s'est développée autour du combat entre l'homme au cigare, forcément grossier et inculte, et le metteur en scène, toujours inspiré et dévoué à son art : elle a beaucoup alimenté la presse, quelque peu aussi les scénarios.

Si la décision créatrice, et parfois l'initiative de faire le film, sont assurées au producteur indépendant, l'indépendance de la production s'arrête devant les pouvoirs financiers. Comme les coûts augmentent sans cesse, en dépit de tentatives périodiques de révisions à la baisse, les heurts ont fait place aux compromis. En Europe, soucieux d'éviter une trop grave précarité, le producteur saurait d'autant moins s'autofinancer qu'il ne lui revient guère que le cinquième des recettes ; inquiet du surcroît de charges qu'entraînent les emprunts à court terme, il recherche des soutiens publics et des associés ou des commanditaires : les chaînes de télévision, sans l'aval desquelles il est devenu impossible en Europe de rassembler les fonds, mais qui n'achètent les œuvres par avance que sous les conditions qui leur conviennent ; les organismes européens ou nationaux, qui avancent une partie des sommes nécessaires à la production ; ce viatique assuré, le financement devient plus facile. À Hollywood, son scénario en main, le producteur indépendant sollicite l'appui d'un studio ou d'une firme de distribution ; il leur présente un budget et un programme de réalisation exhaustifs ; parfois même, il se contentera d'exécuter le projet que lui confie une compagnie de distribution. Dans ces négociations, la possession des droits sur un livre ou un scénario et l'accord d'une vedette sont des arguments de poids. Les indépendants ne peuvent donc subsister qu'en s'associant entre eux et en obtenant la garantie d'institutions plus solides. Aux États-Unis, ils servent de laboratoires de recherche des idées et des talents aux grandes compagnies dont ils restreignent ainsi les risques financiers. En Europe, les producteurs conservent une plus grande indépendance, au prix d'une grande fragilité, et parfois à l'aide de procédés financiers éloignés de l'orthodoxie comptable. Les avantages de ce mode de production vont de soi : il exprime fidèlement l'esprit singulier d'une entreprise qui, pour commerciale qu'elle soit, n'en demeure pas moins artistique. Ses inconvénients ne sont pourtant pas négligeables : l'affrontement entre les puissances financières et les artisans ne tourne-t-il pas toujours à l'avantage des premières ? Et les cinéastes se plaignent de plus en plus du temps qu'ils perdent à tenter, souvent en vain, de monter leur projet, faute de pouvoir s'adresser à des instances de production à la fois stables et ouvertes aux idées neuves.

Production américaine, production européenne

Quel que soit cependant le mode de production, le producteur apparaît dans la tradition américaine comme le maître d'œuvre du film. Propriétaire d'un livre ou d'un scénario, il a souvent lancé le projet ; les droits moraux aussi bien que matériels seront sa propriété. Cela n'implique pas qu'il contrôle le tournage. Certains réalisateurs refusaient à leur producteur l'accès au plateau ; un David Selznick bombardait ses collaborateurs de notes impérieuses, ses interminables memos ; Arthur Freed se contentait de réunir les équipes les plus aptes à réaliser un film donné. Dans tous les cas, cependant, le producteur américain décide du montage définitif. Si différentes que soient les pratiques, la fonction exigeant des qualités multiples et contradictoires, souplesse et fermeté, prudence et audace, confiance et rigueur, il reste le maître, et le cas échéant, c'est à lui que sera remis l'oscar du meilleur film.

Les producteurs européens, sauf à s'aventurer dans de coûteuses opérations de prestige – des films internationaux qui adoptent de plus en plus souvent la langue américaine –, prennent rarement l'initiative. On ne les considère pas comme des auteurs. Ils favorisent des projets qu'ils ont choisis, ou qui sont ceux de metteurs en scène associés d'entrée à l'entreprise, et qui n'admettent guère que des décisions soient prises sans leur accord. Leur rôle consiste donc à soutenir ou à limiter des ambitions artistiques parfois désordonnées, afin qu'elles ne compromettent pas par avance la rentabilité de l'œuvre. Un rôle qui exige autant de mesure que d'audace.

Auteur: Alain MASSON
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