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Définition de : PROJECTION /INTROJECTION, psychanalyse

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Article publié par Encyclopaedia Universalis PROJECTION /INTROJECTION, psychanalyse La projection est le mécanisme qui consiste à attribuer à une personne ou à un objet extérieur à soi des caractéristiques que l'on ignore en soi et qui, si elles étaient conscientes, seraient sources d'angoisse ou de culpabilité. Deux notions corollairesDeux notions corollaires C'est en 1895 que Sigmund Freud mentionne pour la première fois l'idée d'une projection vers l'extérieur d'un excès d'excitation ainsi que des affects qui lui sont liés. Puis, en 1896, dans « Nouvelles Remarques sur les psychonévroses de défense », il présente un cas de délire paranoïaque, qui l'amène à préciser la notion. Le reproche que voulait s'épargner la malade est « refoulé sur la voie qu'on peut désigner comme projection et le symptôme de défense qui est érigé est celui de la méfiance à l'égard des autres ». La projection permet donc l'accès à la conscience de ce que le refoulement interdit de s'attribuer à soi-même. De même, dans la phobie, la réalité extérieure incarnera le danger pulsionnel : « Le moi se comporte comme si le danger d'un développement d'angoisse ne venait pas d'une motion pulsionnelle, mais d'une perception, et il est donc fondé à réagir contre ce danger extérieur par les tentatives de fuite que sont les évitements phobiques » (1915).
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PROJECTION /INTROJECTION, psychanalyse

La projection est le mécanisme qui consiste à attribuer à une personne ou à un objet extérieur à soi des caractéristiques que l'on ignore en soi et qui, si elles étaient conscientes, seraient sources d'angoisse ou de culpabilité.

Deux notions corollaires

C'est en 1895 que Sigmund Freud mentionne pour la première fois l'idée d'une projection vers l'extérieur d'un excès d'excitation ainsi que des affects qui lui sont liés. Puis, en 1896, dans « Nouvelles Remarques sur les psychonévroses de défense », il présente un cas de délire paranoïaque, qui l'amène à préciser la notion.

Le reproche que voulait s'épargner la malade est « refoulé sur la voie qu'on peut désigner comme projection et le symptôme de défense qui est érigé est celui de la méfiance à l'égard des autres ». La projection permet donc l'accès à la conscience de ce que le refoulement interdit de s'attribuer à soi-même. De même, dans la phobie, la réalité extérieure incarnera le danger pulsionnel : « Le moi se comporte comme si le danger d'un développement d'angoisse ne venait pas d'une motion pulsionnelle, mais d'une perception, et il est donc fondé à réagir contre ce danger extérieur par les tentatives de fuite que sont les évitements phobiques » (1915). L'introjection est introduite par Sandor Ferenczi en 1909 : « Alors que le paranoïaque projette à l'extérieur les émotions devenues pénibles, le névrosé cherche à inclure dans sa sphère d'intérêt une part aussi grande que possible du monde extérieur pour faire l'objet de fantasmes conscients ou inconscients. Je propose d'appeler ce processus inverse de la projection : introjection ». Quelques années plus tard, Ferenczi étend la notion en considérant que tout amour objectal constitue une introjection, chez l'individu normal comme chez le névrosé, en tant qu'il est « l'extension au monde extérieur de l'intérêt, à l'origine auto-érotique, par l'introduction des objets extérieurs dans la sphère du moi [...]. L'homme ne peut aimer que lui-même, et lui seul ; aimer un autre équivaut à intégrer un autre dans son propre moi ». La conséquence en est que le transfert est une maladie introjective, mais aussi qu'on peut « classer les systèmes métaphysiques en systèmes introjectifs et projectifs. Le matérialisme qui dissout totalement dans le monde extérieur représente un cas extrême de projection ; le solipsisme, qui incorpore le monde entier au moi, l'introjection la plus poussée » (« Le Concept d'introjection », 1912). Dans Pulsions et destin des pulsions (1915), Freud reprend ces notions dans le cadre de la description de l'évolution du moi. Lorsqu'à la phase auto-érotique du moi succède un rapport avec le monde extérieur, « le moi prend en lui, dans la mesure où ils sont source de plaisir, les objets qui se présentent, il les introjecte et, d'un autre côté, expulse hors de lui ce qui, à l'intérieur de lui-même, provoque du déplaisir ».

Modes de défense ou d'identification ?

On voit que ces deux notions débordent l'opposition initiale névrose /paranoïa. Ces textes, qui datent de la période d'élaboration de la pensée psychanalytique, montrent que « projection » et « introjection » sont appelées à varier selon la spécification de l'extension donnée au moi (d'après Ferenczi, il est « dilaté » chez le névrosé, « rétréci » chez le paranoïaque), de l'espace intérieur et de l'espace extérieur complémentaire, du sens et de la fonction attribués à l'objet ainsi que du caractère pathologique ou non de ces processus. Par ailleurs, les deux notions peuvent avoir l'une et l'autre une fonction défensive et une fonction élaborative. Ainsi l'intervention du système perceptif est-elle nécessaire à la distinction espace du moi /monde extérieur. Or il est tout à fait possible d'halluciner une perception sensorielle et d'organiser des perceptions délirantes ; inversement, il y a une activité nécessaire des processus de projection et d'introjection qui, chez l'enfant, mais aussi chez l'adulte, collaborent avec le système perceptif pour construire le réel. Pour Freud, projection puis introjection sont des réactions aux excitations pulsionnelles internes, et appartiennent au registre défensif. Dans le cas du président Schreber, la projection est appelée à rendre compte de la formation des symptômes paranoïaques de persécution qui sont une défense contre les pulsions homosexuelles : « La proposition “je le hais” se transforme, grâce à la projection, en cette autre “il me hait” (me persécute), ce qui alors justifie la haine que je lui porte. Ainsi, le sentiment interne qui est le véritable promoteur fait son apparition en tant que conséquence d'une perception extérieure : “Je ne l'aime pas – je le hais – parce qu'il me persécute” » (1911). Pour Ferenczi, l'introjection semble au contraire procéder d'un mouvement naturel d'expansion du moi, et relever d'une position active.

Ce que Ferenczi dit des systèmes métaphysiques, on pourrait le penser des principes psychanalytiques, et se demander si Freud n'est pas porté à s'intéresser davantage aux processus de projection (le mauvais est en dehors de moi). Dans Totem et tabou (1912), le primitif projette dans le monde extérieur ce qu'il ressent comme terrifiant ou intolérable. Ferenczi, quant à lui, donnerait aux processus d'introjection une importance plus grande (tout ce qui est intérieur devient bon), comme en témoigne l'analyse qu'il fera de l'identification avec l'agresseur par introjection du sentiment de culpabilité de l'adulte par l'enfant dans les cas d'agression sexuelle (« Confusion de langues entre les adultes et l'enfant », 1932). Le couple projection /introjection ne serait peut-être pas à comprendre comme l'expression d'un antagonisme, mais comme l'indication des deux axes parallèles et différenciants de la construction des identifications, l'une des voies étant défensive, et l'autre intégrative. Selon Freud, au moment de la phase de déclin du complexe d'Œdipe, « l'autorité paternelle introjectée dans le moi y forme le noyau du sur-moi, lequel emprunte au père sa sévérité, perpétue son interdit contre l'inceste et assure ainsi le moi contre le retour de l'investissement d'objet libidinal » (1924). La distinction entre identification et introjection est du reste parfois délicate, dans la mesure où l'introjection peut correspondre à l'identification d'un objet à une partie clivée du moi (Deuil et mélancolie, 1915).

Dans une direction ferenczienne, Karl Abraham et Maria Torok feront de l'introjection un principe de l'élaboration psychique, qui accompagne la rencontre de l'objet plus que sa perte, et dont l'échec est l'incorporation. C'est aussi la direction des processus d'identification qui a été suivie par Melanie Klein dans son étude des mécanismes de défense primitifs. Selon elle, projection et introjection entrent en jeu dès le commencement de la vie postnatale. Le monde extérieur, les situations vécues par le nourrisson et les objets qu'il rencontre sont introjectés, et deviennent partie intégrante de la vie fantasmatique intérieure. Inversement, elle voit chez l'enfant un phénomène de projection lorsqu'il attribue à son entourage toutes sortes de sentiments, parmi lesquels prédominent l'amour, la haine et l'envie.

Auteur: Odile BOMBARDE
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