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Définition de : PROPORTIONS, arts

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Article publié par Encyclopaedia Universalis PROPORTIONS, arts Les théoriciens travaillant sur les canons de proportions en usage dans l'art occidental se situent au carrefour entre science, art et métaphysique. Les concepts de mesure et d'échelle se trouvent sans cesse confrontés à la question de la représentation du corps humain, comme à celle de l'ensemble des formes figurées. er Selon Diodore de Sicile (i s. av. J.-C.), les artistes égyptiens auraient eu l'usage d'une grille pour construire des figures humaines suivant une trame proportionnelle préétablie. Ce canon consistait en une formule fixe dont témoignent quelques œuvres égyptiennes inachevées, qui révèlent la préexistence d'un réseau de carrés égaux. Un tel système de structure abstraite est tout à fait étranger à la conception grecque classique incarnée par Polyclète (480 av. J.-C. env.-env. 420 av. J.-C.). Ce sculpteur contribua de façon exceptionnelle à la réflexion sur les proportions, par le lien qu'il établit entre théorie et pratique. Il conçut en même temps, et de manière indissolublement liée, un traité de proportions et une statue répondant tous deux au nom de « canon ». La sculpture fut aussi désignée sous le titre de Doryphore. Cette définition qui n'est connue que par quelques fragments antiques rapportés notamment par Galien (131 env.-env. 201), a été largement commentée par les e théoriciens du beau idéal, qui, jusqu'au xx siècle, ont donné une place centrale au corps humain.
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PROPORTIONS, arts

Les théoriciens travaillant sur les canons de proportions en usage dans l'art occidental se situent au carrefour entre science, art et métaphysique. Les concepts de mesure et d'échelle se trouvent sans cesse confrontés à la question de la représentation du corps humain, comme à celle de l'ensemble des formes figurées.

Selon Diodore de Sicile (ier s. av. J.-C.), les artistes égyptiens auraient eu l'usage d'une grille pour construire des figures humaines suivant une trame proportionnelle préétablie. Ce canon consistait en une formule fixe dont témoignent quelques œuvres égyptiennes inachevées, qui révèlent la préexistence d'un réseau de carrés égaux. Un tel système de structure abstraite est tout à fait étranger à la conception grecque classique incarnée par Polyclète (480 av. J.-C. env.-env. 420 av. J.-C.). Ce sculpteur contribua de façon exceptionnelle à la réflexion sur les proportions, par le lien qu'il établit entre théorie et pratique. Il conçut en même temps, et de manière indissolublement liée, un traité de proportions et une statue répondant tous deux au nom de « canon ». La sculpture fut aussi désignée sous le titre de Doryphore.

Cette définition qui n'est connue que par quelques fragments antiques rapportés notamment par Galien (131 env.-env. 201), a été largement commentée par les théoriciens du beau idéal, qui, jusqu'au xxe siècle, ont donné une place centrale au corps humain. Elle affirme en effet une adéquation entre la beauté et l'ordre proportionnel, et témoigne d'une conception radicalement opposée à celle du canon égyptien, en ce qu'elle rejette toute échelle extérieure à la figure, et trouve sa source dans son propre objet, c'est-à-dire dans le corps même. Erwin Panofsky, en analysant la portée de ce nouveau canon, a remarqué que « Polyclète exprimait constamment la mesure d'une plus petite partie par la fraction d'une quantité plus grande ». Il s'agit donc d'une recherche d'équilibres et de rapports qui ne sont ni d'ordre géométrique ni d'ordre arithmétique.

Au Moyen Âge et à la Renaissance, en revanche, deux modèles dominants s'imposent pour la représentation du corps humain. Le premier, issu du De architectura de Vitruve (fin du ier s. av. J.-C.), s'inspire d'une analogie avec les proportions idéales d'un édifice architectural et se fonde sur un principe de fractions de la hauteur totale du corps. Le second, attribué au « pseudo-Varron », procède, à rebours, par multiplication d'un module principal (le visage) ou annexe (le nez). À ces deux principaux modes de construction canonique s'ajoute le premier canon empiriste, dû à Leon Battista Alberti, qui, dans le De statua (1430-1460, trad. franç., 1868), refuse tout système conçu en dehors de l'observation de corps réels et adopte un point de vue anthropométrique. En outre, il ne se contente pas de mesures planimétriques, mais prend en compte le volume, adaptant de nouveaux outils de mesure pour considérer la troisième dimension. La dimension anthropométrique de l'enquête sur les proportions atteint sa pleine mesure avec l'inventaire produit par Albrecht Dürer (Traité des proportions, 1528, trad. franç., 1557), qui, selon Panofsky, « pose les fondations de l'anthropométrie scientifique ».

La question des proportions est traitée avec d'autant plus d'ardeur pendant la Renaissance qu'elle constitue une des interrogations théoriques les plus intéressantes dans un contexte humaniste et idéaliste. L'analogie entre microcosme et macrocosme n'est pas absente des spéculations d'un Pomponius Gauricus ou d'un Léonard de Vinci, au tout début du xvie siècle. La solution classique apportée au problème du canon s'inspire, quant à elle, de l'importance croissante des antiques mis au jour par l'archéologie à partir du xviiie siècle. La mesure des antiques devient l'un des passages obligés de l'académisme, au même titre que le dessin d'après le modèle vivant. Au-delà de la Renaissance et du classicisme, la quête d'un canon de proportions perdure néanmoins. La naissance et le développement des sciences humaines permettent, aux xviiie et xixe siècles, l'autonomisation et le développement de l'anthropométrie, qui propose aux beaux-arts de substituer à l'idéal canonique une théorie de « l'homme moyen ». À l'opposé, subsiste chez certains la quête mythique d'une combinatoire mathématique transcendante, au service d'un renouvellement du vocabulaire formel de la représentation. Ainsi l'idée de canon resurgit-elle avec une particulière acuité dans les théories constructivistes ou chez Le Corbusier, au moment où l'art occidental connaît de profondes remises en cause.

Auteur: Claire BARBILLON
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