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Définition de : SONATE (FORME)

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Article publié par Encyclopaedia Universalis SONATE (FORME) On fait remonter aux Sonates wurtembergeoises de Carl Philipp Emanuel Bach, éditées en 1744, une innovation plus importante encore que celle de la fugue pour le développement de la musique instrumentale : l'utilisation généralisée d'un second thème dans ce qu'on appellera, faute de mieux, la forme sonate, une notion qui dépasse cependant beaucoup le cadre de la seule sonate instrumentale et qui donnera aux musiciens de l'ère classique viennoise une syntaxe générale qui servira de référence, même si elle ne sera pas toujours respectée à la lettre. L'ancienne sonate pour violon et basse continue, dans laquelle chaque mouvement mettait en œuvre un seul thème, était en effet parvenue à un degré d'organisation qui ne pouvait guère plus être dépassé sans risque de lassitude ou de confusion. Cependant, l'histoire de la forme sonate est plus complexe qu'il n'y paraît. Carl Philipp Emanuel Bach a eu des prédécesseurs, parmi lesquels son père Jean-Sébastien Bach ou encore Domenico Scarlatti. Par ailleurs, le bithématisme – utilisation de deux thèmes – ne deviendra jamais une règle absolue. Joseph Haydn et Wolfgang Amadeus Mozart en resteront très souvent à l'usage d'un thème unique, et il faudra attendre Ludwig van Beethoven pour que la technique de développement sur deux thèmes prenne e l'importance qu'elle conservera jusqu'au début du xx siècle.
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SONATE (FORME)

On fait remonter aux Sonates wurtembergeoises de Carl Philipp Emanuel Bach, éditées en 1744, une innovation plus importante encore que celle de la fugue pour le développement de la musique instrumentale : l'utilisation généralisée d'un second thème dans ce qu'on appellera, faute de mieux, la forme sonate, une notion qui dépasse cependant beaucoup le cadre de la seule sonate instrumentale et qui donnera aux musiciens de l'ère classique viennoise une syntaxe générale qui servira de référence, même si elle ne sera pas toujours respectée à la lettre. L'ancienne sonate pour violon et basse continue, dans laquelle chaque mouvement mettait en œuvre un seul thème, était en effet parvenue à un degré d'organisation qui ne pouvait guère plus être dépassé sans risque de lassitude ou de confusion.

Cependant, l'histoire de la forme sonate est plus complexe qu'il n'y paraît. Carl Philipp Emanuel Bach a eu des prédécesseurs, parmi lesquels son père Jean-Sébastien Bach ou encore Domenico Scarlatti. Par ailleurs, le bithématisme – utilisation de deux thèmes – ne deviendra jamais une règle absolue. Joseph Haydn et Wolfgang Amadeus Mozart en resteront très souvent à l'usage d'un thème unique, et il faudra attendre Ludwig van Beethoven pour que la technique de développement sur deux thèmes prenne l'importance qu'elle conservera jusqu'au début du xxe siècle.

La musique baroque avait déjà accoutumé l'auditeur au jeu des contrastes et des répétitions : aria da capo, forme rondeau, retour d'un thème après une modification de timbre, d'intensité ou même de mélodie. Alternance et opposition sont des principes fondamentaux de toute construction baroque et la structure ABA semble se rencontrer de façon universelle ; d'ailleurs, elle n'est jamais que la rationalisation de l'opposition vif-lent des premières suites de danses. Les combinaisons sont nombreuses, mais elles ne sont pas en nombre illimité et elles peuvent engendrer une certaine monotonie. C'est pourquoi l'utilisation d'un second thème contrastant avec le premier a permis d'enrichir considérablement le discours musical.

Manière d'écrire, facture plus que schéma, méthode de construction d'une œuvre, quelle que soit la forme de celle-ci, mais surtout pas modèle, la forme sonate caractérise le style classique. Sa mise en œuvre est à l'origine des genres instrumentaux caractéristiques du style classique : la sonate proprement dite – pour piano ou pour violon et piano –, le quatuor à cordes, d'autres formations de musique de chambre (trio, quintette, sextuor...), la symphonie, le concerto, l'opera buffa.

La caractéristique principale de la forme sonate est la dramatisation du discours, c'est-à-dire la succession d'événements bien articulés, qui est l'équivalent d'une action dramatique, avec la mise en place d'une intrigue (l'exposition), son déroulement (le développement) et son dénouement (la réexposition).

La forme sonate exige un plan tonal très précis. Le schéma initial est simple : une exposition du premier thème dans la tonalité principale est suivie par l'exposition du second thème dans une tonalité différente. Lorsque viendra la réexposition, les deux thèmes seront repris dans la tonalité principale. En principe, les deux thèmes sont de caractères différents : le premier est plutôt volontaire et rythmique, le second mélodique, ou inversement.

Entre ces deux épisodes constitués par l'exposition et la réexposition se place un développement, dont les règles restent propres à chaque œuvre, mais où domine le principe d'opposition, aussi bien des thèmes que des tonalités, en jouant sans cesse sur la modulation (changement de tonalité) pour éviter le retour à la tonalité principale, qui ne doit se produire qu'avec la réexposition. Dans cette section médiane de développement, les deux thèmes peuvent êtres combinés, variés ou encore escortés de thèmes accessoires.

Cette entrée en scène d'un second thème a apporté un changement considérable, allant bien au-delà d'un enrichissement du discours musical. Il appartiendra à Beethoven de faire de ces contrastes le véritable ressort de la sonate bithématique, en donnant à ces deux thèmes le relief de personnages antagonistes, agités de sentiments aussi différents que ceux des interprètes d'une action dramatique.

Auteur: Juliette GARRIGUES
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