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Définition et synonyme de : ACADÉMISME

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Article publié par Encyclopaedia Universalis ACADÉMISME Le terme académisme n'est apparu en France que dans le dernier quart du e xix siècle (en 1876, selon le dictionnaire), pour désigner une « observation étroite des traditions académiques », un « classicisme étroit ». Il vient ainsi rejoindre l'adjectif « académique », entendu en un sens tardif, péjoratif et non plus simplement descriptif, comme il l'était à l'origine, lorsqu'il marquait la relation à une académie. Apparu en 1839, ce sens renvoie à ce qui « suit étroitement les règles conventionnelles, avec froideur ou prétention » – synonyme en cela de « compassé », « conventionnel ». Cette approche sémantique permet de constater, d'une part, que le terme possède d'emblée une connotation nettement négative ; d'autre part, qu'il est e largement postérieur à la création des académies – dès le xvi siècle en Italie, e et dans le courant du xvii en France (1635 pour l'Académie française, 1661 pour l'Académie royale de peinture et de sculpture, 1666 pour l'Académie des sciences). C'est dire qu'il signale plutôt le déclin du système académique, ou du moins le moment où son crédit, au mieux, se relativise, au pire, s'effondre. De l'académie... Le mouvement académique, si puissant à la Renaissance et à l'âge classique, ne laissait nullement présager une si funeste inflexion.
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ACADÉMISME

Le terme académisme n'est apparu en France que dans le dernier quart du xixe siècle (en 1876, selon le dictionnaire), pour désigner une « observation étroite des traditions académiques », un « classicisme étroit ». Il vient ainsi rejoindre l'adjectif « académique », entendu en un sens tardif, péjoratif et non plus simplement descriptif, comme il l'était à l'origine, lorsqu'il marquait la relation à une académie. Apparu en 1839, ce sens renvoie à ce qui « suit étroitement les règles conventionnelles, avec froideur ou prétention » – synonyme en cela de « compassé », « conventionnel ».

Cette approche sémantique permet de constater, d'une part, que le terme possède d'emblée une connotation nettement négative ; d'autre part, qu'il est largement postérieur à la création des académies – dès le xvie siècle en Italie, et dans le courant du xviie en France (1635 pour l'Académie française, 1661 pour l'Académie royale de peinture et de sculpture, 1666 pour l'Académie des sciences). C'est dire qu'il signale plutôt le déclin du système académique, ou du moins le moment où son crédit, au mieux, se relativise, au pire, s'effondre.

De l'académie...

Le mouvement académique, si puissant à la Renaissance et à l'âge classique, ne laissait nullement présager une si funeste inflexion. Créées à l'origine sur le modèle de l'akademia de Platon, les académies permirent à des lettrés, à des savants et à des artistes de mettre en commun leurs connaissances et de donner un minimum d'institutionnalisation à leurs activités, sans être soumis aux contraintes de l'université ni à la superficialité des salons mondains. Elles aidèrent également des arts considérés traditionnellement comme « mécaniques », donc inférieurs, à revendiquer un niveau « libéral », digne de l'attention des meilleurs esprits. Certaines d'entre elles purent même se ménager un soutien du pouvoir politique, auquel elles conféraient en retour un supplément de prestige – et rendaient, accessoirement, quelques services.

Cette « académisation » des activités intellectuelles et artistiques s'accompagna d'un double mouvement de professionnalisation. Pour les sciences et les lettres, traditionnellement « libérales », elle marqua une sortie de l'amateurisme, vers un mode d'activité plus spécialisé et rémunéré. Pour la peinture, la sculpture, l'architecture, réputées « mécaniques », elle permit le basculement du régime artisanal – celui du métier – au régime professionnel – celui des professions libérales. Désormais, les arts du dessin s'exercèrent, dans le cadre académique, sur le modèle de la médecine ou du droit, en tant que compétences intellectuelles (et non plus manuelles), rémunérées comme des services (et non plus comme des biens), faisant l'objet d'un enseignement collectif et théorique (plutôt que d'un apprentissage de personne à personne) sanctionné par un diplôme d'État (et non plus par la production d'un « chef-d'œuvre »), dans le cadre d'associations spécifiques dotées de règles déontologiques (et non plus de corporations) et selon une inversion des rapports de pouvoir permettant au praticien d'avoir autorité sur son client.

Or en France, l'apogée de ce système alla de pair avec sa perte. Supprimées après la Révolution en tant que vestiges de l'Ancien Régime, les académies furent très vite reconstituées, au tout début du xixe siècle, sous la forme de l'Institut, divisé en plusieurs classes d'activités. Mais le numerus clausus imposé pour maintenir son prestige, corrélé à l'élévation de l'âge d'entrée de ses membres, contribua à accentuer les tendances de toute institution à la rigidification des codes, à l'orthodoxie doctrinale, à la transmission des traditions héritées du passé plutôt qu'à l'innovation. Et paradoxalement, c'est le prestige de l'institution qui, peu à peu, causa son déclin. En matière littéraire, l'Académie française fut de plus en plus convoitée, et rejointe par des personnalités n'ayant qu'un lointain rapport avec l'activité d'écrivain, mais qu'attiraient ce statut devenu honorifique. En matière artistique, le souci d'observer la hiérarchie traditionnelle des genres, et les codes picturaux associés au « grand genre » de la peinture d'histoire, firent dériver la production institutionnelle vers les « grandes machines » (ce qu'on appellera plus tard la peinture « pompier »), tandis que se développaient à la marge les nouveaux courants de la modernité.

... à l'académisme

Ce que l'on nomme alors, péjorativement, « académisme », consiste donc à la fois en un genre et en une certaine conception de l'art. Le genre, c'est la peinture d'« histoire », c'est-à-dire toute représentation d'un récit – historique au sens propre, ou encore mythologique, biblique, romanesque –, inscrivant les images dans un cadre fortement imprégné de littérature et, plus généralement, de discours, comme en témoignent les titres à rallonge et les gloses accompagnant inévitablement les notices dans les livrets des Salons. La conception est celle qui privilégie à la fois la reproduction des canons ou la tradition collective, plutôt que l'invention individuelle, l'idéalisation des formes plutôt que le rendu du réel, ainsi que le dessin et la composition plutôt que la couleur. En ce sens, la peinture « académique » – celle que taxeront d'« académisme » tous ceux qui ne se reconnaîtront plus dans ce paradigme classique – est tout sauf un respect mimétique de la nature. C'est, au contraire, le mépris de l'« effet de réel » propre aux genres mineurs – portrait, paysage et, surtout, scène de genre et nature morte –, au profit de l'exaltation des grands sentiments, des nobles attitudes, des drapés à l'antique et des décors théâtralisés.

L'impressionnisme balaiera cette conception en même temps qu'il abandonnera définitivement la peinture d'histoire – et ce n'est pas un hasard si l'apparition du dépréciatif « académisme » est exactement contemporaine de l'apparition de ce mouvement. Désormais, se verront privilégiés les sujets les plus propices à la recherche d'un effet de réel plutôt que d'une restitution des codes représentatifs, à l'invention de nouvelles formes de figuration plutôt que d'une transmission de la tradition, à l'exploration des possibilités plastiques plutôt qu'à la mise en forme de scènes idéales, à l'expression de la vision intérieure de l'artiste plutôt qu'à son habileté à se couler dans les canons. L'originalité deviendra un atout et non plus une déviance, la singularité sera désormais synonyme de qualité suprême et non plus de bizarrerie inqualifiable. Ce sera, en un mot, le triomphe du « régime de singularité », qui gouverne encore aujourd'hui notre appréciation de l'art, périmant définitivement le « régime de communauté » dont relevait la tradition académique.

Un académisme sans académie ?

La notion d'académisme renvoie donc moins à des propriétés objectives – puisque les mêmes caractéristiques peuvent être perçues, selon les cas, comme une qualité ou comme un défaut – qu'au regard porté sur les œuvres. Cependant ce regard n'a rien de subjectif, d'individuel. Il est fonction de l'état d'une culture collective, d'un horizon d'attente, du paradigme artistique propre à l'époque où se forme le jugement – et non pas à l'époque de la création. Est-ce à dire qu'il peut y avoir académisme en dehors du système académique ?

La question se décline de deux façons : avant et après les académies. Avant la Renaissance, lorsque l'art s'exerçait en corporations (ou, exceptionnellement, en vertu de privilèges de cour), il existait bien en effet des conventions transmises de génération en génération, une suprématie de la peinture religieuse, une tendance à l'idéalisation des formes et des sujets, ainsi qu'un privilège accordé à la culture commune, tant iconographique que plastique. En témoigne, par exemple, la multiplication des Vierges à l'enfant ou des Annonciations, obéissant à un programme précis. Toutefois, le nombre et la variété des commanditaires ou des acquéreurs, ainsi que la dispersion géographique des artistes, autorisaient probablement de larges variations, des innovations personnelles – ce qui ne sera plus le cas au xixe siècle, lorsque les chances de reconnaissance officielle (et notamment l'accès aux Salons de peinture parisiens) dépendront d'un tout petit nombre de pairs, contrôlant étroitement la conformité des productions à la norme académique.

Qu'en est-il enfin aujourd'hui, où l'Institut n'exerce plus aucun magistère, et où même la vénérable Académie de France à Rome, fondée en 1666, s'est convertie à l'art contemporain ? Les détracteurs de ce dernier l'accusent parfois de n'être – insulte suprême – qu'un « académisme », un nouvel avatar de l'art « officiel » ayant fait autrefois de Gérôme ou Bouguereau les grands artistes de leur temps, alors qu'ils incarnent aujourd'hui l'art « pompier ». C'est là un paradoxe, car rien n'est bien sûr plus opposé à la convention académique que la singularité triomphante, l'invention constante de nouvelles formes d'expression, la subversion des codes, l'exploration des expériences subjectives propres au monde de l'art contemporain. Toutefois, pour peu que l'on se place non plus à l'intérieur mais à l'extérieur de ce monde, alors le nouveau peut apparaître comme relevant d'une « tradition du nouveau », selon l'expression du critique américain Harold Rosenberg, et l'impératif de transgression comme une forme de convention, étayée par une intense production discursive et largement soutenue par les institutions d'État – exactement comme l'était la peinture d'histoire du temps des Salons. Là encore, c'est affaire de point de vue, c'est-à-dire de contexte de perception et d'énonciation.

Mais l'on n'est déjà plus là dans le domaine de l'analyse historique. S'il s'agit de demeurer sur le plan de la connaissance, il faut alors abandonner la dénomination d'« académisme », pour la réserver aux débats d'opinion.

Auteur: NATHALIE HEINICH
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