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Définition et synonyme de : ARBITRAGE, économie

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Article publié par Encyclopaedia Universalis ARBITRAGE, économie Dans le langage courant, arbitrer c'est choisir entre plusieurs alternatives. Mais la notion d'arbitrage est sous-tendue par l'idée d'avis, de jugement : la décision est ici raisonnée tandis qu'un simple choix peut être instinctif ou passionnel. La notion d'arbitrage est souvent associée au sport, où l'arbitre doit veiller au respect des règles mais aussi décider de leur application. Le terme arbitrage est aussi utilisé en politique, lorsque la puissance publique tranche en faveur de telle ou telle revendication. La notion est également courante en droit. Il s'agit d'une procédure particulière qui constitue une alternative au procès : les deux parties confient à des personnes privées le soin de trouver une solution à leur différend et, le cas échéant, de trancher le litige qui les oppose (arbitration en anglais). En économie, l'arbitrage ne met pas forcément en jeu une tierce personne : c'est à chacun d'arbitrer. Chaque individu arbitre entre acheter tel bien ou tel autre, entre un peu plus de revenus ou un peu plus de loisirs... Chaque entreprise arbitre entre investir dans l'achat de nouveaux équipements ou employer davantage de salariés, entre solliciter un crédit ou émettre des titres... Le gouvernement arbitre, à court terme, entre déficit public et augmentation des impôts, entre augmentation des cotisations retraite et baisse des pensions...
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ARBITRAGE, économie

Dans le langage courant, arbitrer c'est choisir entre plusieurs alternatives. Mais la notion d'arbitrage est sous-tendue par l'idée d'avis, de jugement : la décision est ici raisonnée tandis qu'un simple choix peut être instinctif ou passionnel. La notion d'arbitrage est souvent associée au sport, où l'arbitre doit veiller au respect des règles mais aussi décider de leur application. Le terme arbitrage est aussi utilisé en politique, lorsque la puissance publique tranche en faveur de telle ou telle revendication. La notion est également courante en droit. Il s'agit d'une procédure particulière qui constitue une alternative au procès : les deux parties confient à des personnes privées le soin de trouver une solution à leur différend et, le cas échéant, de trancher le litige qui les oppose (arbitration en anglais).

En économie, l'arbitrage ne met pas forcément en jeu une tierce personne : c'est à chacun d'arbitrer. Chaque individu arbitre entre acheter tel bien ou tel autre, entre un peu plus de revenus ou un peu plus de loisirs... Chaque entreprise arbitre entre investir dans l'achat de nouveaux équipements ou employer davantage de salariés, entre solliciter un crédit ou émettre des titres... Le gouvernement arbitre, à court terme, entre déficit public et augmentation des impôts, entre augmentation des cotisations retraite et baisse des pensions... L'arbitrage est général et permanent : l'homo œconomicus est une machine à faire des choix rationnels. C'est l'un des principes fondateurs de cette discipline, que l'on ne retrouve pas avec autant d'emprise en sociologie ou en psychologie. C'est un principe si puissant, qu'il peut parfois conduire à des dérives. Notamment lorsqu'on cherche à démontrer, par exemple, que le choix du nombre d'enfants par foyer résulte exclusivement d'un arbitrage coût /bénéfice.

Une stratégie financière

Dans le domaine de la finance, le terme arbitrage renvoie à une pratique qui ne laisse aucune place au jugement de valeur. Dans l'acception la plus large, arbitrer, en finance, signifie choisir parmi plusieurs stratégies similaires la plus avantageuse. Par extension, ce terme évoque la possibilité de réaliser un gain sans risque. Une opportunité d'arbitrage se définit comme une stratégie d'investissement financier qui, en combinant plusieurs opérations, assure un profit et ne nécessite aucune mise de fonds initiale.

L'arbitrage le plus simple consiste à acheter un actif (une action, une obligation, une devise, etc.) sur une place financière avec la certitude de le revendre immédiatement, et plus cher, sur une autre place. Un autre arbitrage élémentaire consiste à emprunter à taux fixe pour prêter instantanément à un taux fixe plus élevé. Avec la libéralisation des mouvements de capitaux et le développement des moyens de communication, des arbitrages aussi simples sont devenus de plus en plus rares. Certes, on peut encore parfois trouver de petites différences de prix entre deux actifs financiers identiques, mais cela ne signifie pas que l'on puisse à coup sûr faire un profit sans risque ; il faut encore tenir compte des coûts de transaction (de la même manière qu'en vertu de la loi du prix unique, un même bien vendu sur deux marchés doit avoir le même prix, au coût de transport près). Que l'on trouve de moins en moins d'écarts de prix entre les marchés ne signifie pas que les arbitragistes perdent désormais leur temps. Le développement des marchés s'est accompagné d'une sophistication accrue des produits, mais il est encore possible, au prix de stratégies parfois fort complexes, de profiter de certaines imperfections de marché. Et même si les gains sont modestes relativement aux montants engagés, l'arbitrage reste une activité fort répandue au sein des salles de marchés.

Si, en théorie, l'investisseur qui fait une opération d'arbitrage ne peut faire de pertes, en pratique, de telles stratégies peuvent se révéler risquées : les actifs ne sont pas toujours parfaitement comparables ; il faut tenir compte du risque de défaillance des contreparties ; les opérations ne se font jamais de manière parfaitement simultanée, etc. La frontière entre arbitrage et spéculation – activité qui consiste à prendre position sur un actif en espérant dégager un profit futur – devient alors assez floue, et le terme d'arbitrage est parfois utilisé, de manière un peu abusive, pour désigner une stratégie d'investissement peu risquée.

L'arbitrage et le bon fonctionnement des marchés

Hélas pour les investisseurs, les opportunités de gain sans risque ne peuvent perdurer indéfiniment. Sitôt une opportunité d'arbitrage décelée, elle tend à disparaître. Il existe, en effet, sur les marchés, des intervenants spécialisés, les arbitragistes qui sont à l'affût de telles opportunités (dans le jargon financier on parle de free lunch, ou « repas gratuit »). Par exemple, pour profiter d'une différence de prix sur un même actif coté sur deux places financières, il suffit aux arbitragistes d'acheter cet actif là où il coûte le moins cher pour le revendre là où il est le plus cher. En raison de la loi de l'offre et de la demande, le prix de l'actif sur le premier marché va augmenter, tandis que sur l'autre marché son prix va diminuer. En cherchant à tirer partie des éventuelles imperfections entre les prix, les arbitragistes contribuent ainsi à restaurer l'équilibre. Tout comme la spéculation, l'arbitrage est une activité indispensable au bon fonctionnement des marchés.

Le simple fait que les opportunités d'arbitrage, sitôt décelées, soient corrigées, a des conséquences particulièrement importantes. Dans les modèles théoriques, cette propriété donne naissance à l'hypothèse d'absence d'opportunité d'arbitrage. Il s'agit d'une hypothèse clé en finance, où elle est omniprésente. Cette hypothèse implique des relations plus ou moins strictes entre le prix des actifs, ce qui permet d'évaluer :

– les actions dans le cadre de l'Arbitrage Pricing Theory (modèle A.P.T.) due à Stephen Ross en 1976 ;

– les contrats à terme fermes à partir de la relation de parité des taux d'intérêt couverte, formulée par John Maynard Keynes en 1923, et développée par John Hicks en 1939, dans le cadre du modèle de cash and carry (modèle de « coûts de portage ») ;

– les options à la suite des travaux de Robert C. Merton, Fisher Black et Myron Scholes en 1973.

Le respect de la condition d'absence d'opportunités d'arbitrage est d'ailleurs présenté par la théorie moderne de la finance comme une condition nécessaire à l'efficience des marchés. Cette hypothèse joue également un rôle important lorsqu'il s'agit de déterminer la structure financière optimale des entreprises (à la suite des travaux de Franco Modigliani et de Merton Miller en 1958). Enfin, si l'appétit des arbitragistes pour les repas gratuits suffit à garantir une certaine homogénéité des prix, force est d'admettre que, sur les marchés de capitaux, sans mise initiale, il est impossible de gagner de l'argent sans prendre un minimum de risques : qui ne risque rien n'a rien !

Auteur: Gunther CAPELLE-BLANCARD
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