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Définition et synonyme de : ATHÉISME

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Article publié par Encyclopaedia Universalis A T H É I S M E Si le français « athéisme » (1555) calque bien le grec atheos, dans lequel l'alpha privatif ne se laisse pas ignorer, cela ne nous dit pas s'il s'agit plutôt de privation ou de négation. Or l'histoire de l'athéisme montre que l'on oscille entre les deux, en fonction du contexte dans lequel on se situe. En ce sens, l'antithéisme – négation ouverte de l'existence de Dieu –, n'est qu'un moment bien particulier de l'athéisme, auquel on le réduit souvent. C'est pourquoi, pour le comprendre pleinement, il importe d'expliciter les différents niveaux de signification de celui-ci. L'athéisme de la relation prévaut dans le paganisme antique mais on peut encore le découvrir aujourd'hui dans le monde. Cette forme d'athéisme est forcément relative, puisque les dieux sont ici les principes qui régissent le monde et qui sont à l'œuvre à travers les forces de la nature. Il est donc inévitable qu'ils viennent à manquer, ne serait-ce que parce que chaque peuple a ses dieux. Mais ils font essentiellement défaut aux hommes si ces derniers ne satisfont pas au culte qui leur est dû. À ce stade, l'« athée » est avant tout un impie. L'épicurisme a pu être accusé d'athéisme, non parce qu'il niait l'existence des dieux, mais parce que l'indifférence aux hommes qu'il leur attribue rendait leur culte vain.
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ATHÉISME

Si le français « athéisme » (1555) calque bien le grec atheos, dans lequel l'alpha privatif ne se laisse pas ignorer, cela ne nous dit pas s'il s'agit plutôt de privation ou de négation. Or l'histoire de l'athéisme montre que l'on oscille entre les deux, en fonction du contexte dans lequel on se situe. En ce sens, l'antithéisme – négation ouverte de l'existence de Dieu –, n'est qu'un moment bien particulier de l'athéisme, auquel on le réduit souvent. C'est pourquoi, pour le comprendre pleinement, il importe d'expliciter les différents niveaux de signification de celui-ci.

L'athéisme de la relation prévaut dans le paganisme antique mais on peut encore le découvrir aujourd'hui dans le monde. Cette forme d'athéisme est forcément relative, puisque les dieux sont ici les principes qui régissent le monde et qui sont à l'œuvre à travers les forces de la nature. Il est donc inévitable qu'ils viennent à manquer, ne serait-ce que parce que chaque peuple a ses dieux. Mais ils font essentiellement défaut aux hommes si ces derniers ne satisfont pas au culte qui leur est dû. À ce stade, l'« athée » est avant tout un impie. L'épicurisme a pu être accusé d'athéisme, non parce qu'il niait l'existence des dieux, mais parce que l'indifférence aux hommes qu'il leur attribue rendait leur culte vain. En ce sens, il représente une forme primitive d'athéisme existentiel, dont certaines sagesses (par exemple le bouddhisme) ne sont pas si éloignées.

C'est l'impact du judaïsme, suivi en cela par le christianisme, qui va faire apparaître l'athéisme de l'identité divine : il n'y a qu'un seul Dieu, et seul ce Dieu est Dieu. En conséquence, les païens sont sans Dieu, donc « athées ». L'athée n'est plus considéré cette fois comme un impie mais comme un « insensé » (Psaume 14). Or comme les juifs et les chrétiens se refusaient de leur côté à reconnaître les dieux et à leur offrir des sacrifices, ils étaient également tenus pour athées. En témoigne le récit que fait Justin du martyre de l'évêque Polycarpe : alors que la foule des païens hurlait « à bas les athées ! » à propos des chrétiens jetés dans l'arène, l'évêque levant les yeux sur cette foule s'écria « à bas les athées ! ».

Le nouveau Dieu qui s'affirme dans le monothéisme est d'une nature telle qu'il requiert la foi de la part de l'homme. Or la foi est bien davantage que la croyance, qui exprime seulement une adhésion psychologique. L'athéisme comme incroyance peut donc recouvrir l'absence de foi, la croyance négative, une autre croyance, ou une foi contraire. Comme la foi authentique se réduit alors à celle qui vise le « vrai » Dieu, l'athéisme acquiert en retour une fonction polémique : est tenu pour athée celui qui s'avoue sans foi, ou celui qui fait allégeance à une confession différente. C'est pourquoi Luther, Calvin, Spinoza, les libertins comme les déistes des Lumières ont été qualifiés d'athées à un moment ou à un autre.

L'athéisme de l'existence ou l'antithéisme est la dimension la plus courante de l'athéisme et, pour certains, sa seule expression authentique. Pourtant, elle n'a de sens que si le Dieu qu'on nie est ainsi conçu qu'il doit d'abord exister pour être Dieu. Et elle n'en a aucun si l'on identifie Dieu et la nature, dont l'existence est évidente, ou encore si l'on réduit Dieu à une simple « valeur ». Très répandue, cette forme d'athéisme se retrouve cependant chez fort peu d'auteurs (Jean Meslier, le baron d'Holbach...). Il est vrai qu'on peut se demander quel sens il y aurait à affirmer la non-existence de ce qui n'existe pas. C'est pourquoi cet athéisme se formule d'abord comme une opposition au théisme, c'est-à-dire à la thèse affirmant l'existence d'un Être suprême, version réductrice du Dieu chrétien au temps des Lumières.

La non-existence de Dieu laissant intacte l'existence de la religion, l'athéisme militant se réduit à une construction purement humaine, élaborée pour servir des objectifs de pouvoir. Ce type d'athéisme a connu sa forme la plus virulente avec le marxisme-léninisme : dans cette perspective idéologique, la religion est l'« opium du peuple ». Dieu ne représente plus que la clé de voûte d'une entreprise de domination du peuple par la classe qui, pour mieux l'exploiter, le nourrit de rêves anesthésiants et d'espérances fantasmagoriques. Ce qui aboutit à un athéisme persécuteur, invoqué à l'appui de structures sociopolitiques officiellement antireligieuses, même si elles n'en tendent pas moins à prendre à leur tour des formes quasi religieuses.

Enfin, l'athéisme de la culture, développé par Ludwig Feuerbach (L'Essence du christianisme, 1841), repose sur l'idée que la religion a du sens puisqu'elle existe de manière massive. Mais ce sens étant aliéné, il faut interpréter la religion de manière critique pour découvrir que Dieu n'est rien d'autre que l'objet du désir infini de l'homme, objet illusoirement érigé en Autre absolu alors qu'il désigne en réalité le genre humain. Dès lors on peut récupérer tous les contenus de la religion, indûment projetés dans le Ciel, pour leur faire place sur la Terre. Au culte, on va donc substituer la culture, qui en rétablit la version authentique. Telle est la matrice de ces diverses formes d'athéisme qui n'ont même plus à se proférer comme telles, quand tout se retrouve enfermé dans l'immanence d'un monde strictement humain.

Auteur: DOMINIQUE FOLSCHEID