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Définition et synonyme de : BOUDDHISME TIBÉTAIN

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Article publié par Encyclopaedia Universalis BOUDDHISME TIBÉTAIN e Le bouddhisme n'apparaît au Tibet qu'au vii siècle, sous le règne de Songtsen Gampo (Srong-btsan sGam-po, 590-650) qui charge son ministre Thon-mi Sambhota de forger une écriture et une grammaire tibétaines facilitant la traduction des textes sanskrits. Cependant, le bouddhisme ne pénètre guère la société, et les successeurs de Songtsen Gampo lui préfèrent les rites royaux. Sous le règne de Trisong Detsen (Khri-srong Ide-brtsan, 755-797), le bouddhisme devient religion officielle au détriment du Bon-po, l'ancienne religion du Tibet. Faisant appel à l'érudit abbé Sāntaraksita puis au maître tantrique Padmasambhava, le souverain fonde le monastère de Samyé où sont ordonnés les premiers moines et où les traductions s'intensifient sous l'égide de Pagor Vairocana. D'autres maîtres indiens tels que Vimalamitra et Buddhaguhya contribuent à la diffusion du Vajrayāna avec leurs disciples tibétains. Cette « première diffusion » voit fleurir un bouddhisme monastique soutenu par le pouvoir royal et des lignées de yogis tantriques, et se prolonge jusqu'au milieu e du ix siècle. Seconde diffusion du bouddhisme au Tibet Vers 840, le roi Langdarma malmène les institutions monastiques devenues trop puissantes, et après son assassinat vers 845, le Tibet est plongé dans le chaos politique. Le bouddhisme y survivra, préservé par des familles de yogis e et un clergé monastique renaissant.
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BOUDDHISME TIBÉTAIN

Le bouddhisme n'apparaît au Tibet qu'au viie siècle, sous le règne de Songtsen Gampo (Srong-btsan sGam-po, 590-650) qui charge son ministre Thon-mi Sambhota de forger une écriture et une grammaire tibétaines facilitant la traduction des textes sanskrits. Cependant, le bouddhisme ne pénètre guère la société, et les successeurs de Songtsen Gampo lui préfèrent les rites royaux. Sous le règne de Trisong Detsen (Khri-srong Ide-brtsan, 755-797), le bouddhisme devient religion officielle au détriment du Bon-po, l'ancienne religion du Tibet. Faisant appel à l'érudit abbé Sāntaraksita puis au maître tantrique Padmasambhava, le souverain fonde le monastère de Samyé où sont ordonnés les premiers moines et où les traductions s'intensifient sous l'égide de Pagor Vairocana. D'autres maîtres indiens tels que Vimalamitra et Buddhaguhya contribuent à la diffusion du Vajrayāna avec leurs disciples tibétains. Cette « première diffusion » voit fleurir un bouddhisme monastique soutenu par le pouvoir royal et des lignées de yogis tantriques, et se prolonge jusqu'au milieu du ixe siècle.

Seconde diffusion du bouddhisme au Tibet

Vers 840, le roi Langdarma malmène les institutions monastiques devenues trop puissantes, et après son assassinat vers 845, le Tibet est plongé dans le chaos politique. Le bouddhisme y survivra, préservé par des familles de yogis et un clergé monastique renaissant. Au xie siècle débute « la seconde diffusion » au Tibet occidental. Le traducteur Rinchen Zangpo (Rin-chen bZang-po, 958-1055), de retour des Indes chargé de tantra inédits, initie les traductions des « tantra nouveaux ». Puis il invite au Tibet le maître indien Atīsa (982-1054) qui fonde avec son disciple tibétain Dromtönpa (’Brom-ston, 1005-1064) l'école Kadampa (bKa'-gdams-pa), réputée pour sa rigueur et ses enseignements sur la compassion. D'autres traducteurs tibétains se rendent en Inde et en rapportent des textes tantriques différents de ceux de la première diffusion.

De nouvelles écoles en résultent. Dès lors, on distingue l'école Nyingmapa (rNying-ma-pa, « les Anciens ») – issue de la première diffusion –, des écoles Sarmapa (gSar-ma-pa, « nouvelles écoles ») nées lors de la seconde diffusion. Parmi ces nouvelles écoles se distinguent l'école Kagyüpa (bka’-rgyud-pa) fondée par Marpa le traducteur (1012-1096) et son disciple principal, Milarepa, et l'école Sakyapa (sa-skya-pa) fondée en 1073 par Khön Köntchok Gyalpo (dKon-mlhog rGyal-po, 1034-1102). Deux siècles plus tard, à la fin du xive siècle, Tsong-kha-pa (1357-1419) fondera une dernière école inspirée des Kadampa, celle des Guélougpa (dGe-lugs-pa, dits Bonnets jaunes). Comblant le vide laissé par la chute de la dynastie au ixe siècle, les écoles monastiques vont bientôt exercer leur pouvoir sur le Tibet. Les Sakyapa gouverneront sous la protection des Mongols entre le xiiie et le xive siècle, suivis des Phag-mo-gru-pa, une branche des Kagyüpa. Puis les Karma-pa tenteront de prendre le pouvoir, avant d'être chassés par les Mongols qui établiront sur le trône un hiérarque guélougpa, le cinquième dalaï-lama (1617-1682). Désormais, et ce jusqu'en 1959, les dGe-lugs-pa gouverneront le Tibet.

Héritage du bouddhisme indien

Ces luttes politiques n'éclipsent toutefois en rien l'élévation spirituelle et l'érudition dont nombre de maîtres tibétains ont fait preuve durant toute l'histoire tibétaine. Longtemps affublé en Occident du nom de « lamaïsme », laissant entendre qu'il s'agit là d'une forme bâtarde et adultérée du bouddhisme, le bouddhisme tibétain est en fait l'héritier fidèle du bouddhisme indien tardif.

On y retrouve tous ses aspects : la discipline monastique des moines (Vinaya) et l'enseignement des abhidharma issus du bouddhisme ancien ; la philosophie du Grand Véhicule ou Mahāyāna ; et les méthodes tantriques du Vajrayāna. À côté des traductions canoniques du Kangyour et du Tengyour, une abondante littérature exégétique témoigne du génie spirituel du bouddhisme tibétain. Si certaines formes rituelles incluent des éléments des anciennes traditions religieuses autochtones, ce phénomène, facilité par la plasticité du Vajrayāna, n'est pas unique au Tibet.

Quant à l'insistance sur le maître spirituel ou lama, elle est le reflet de l'importance du guru dans le Vajrayāna indien, renforcée, il est vrai, par une forme de féodalisme monastique proprement tibétain. D'où l'institution des tülkou ou « réincarnations » de lamas, qui témoigne d'un double souci : la transmission fidèle d'une lignée spirituelle jointe à celle d'un patrimoine monastique qui échappe ainsi aux aléas d'un héritage familial.

Caractéristiques des principales écoles

Les Nyingmapa pratiquent les tantra anciens et se réclament de l'héritage de Padmasambhava, d'où la tradition des « trésors spirituels » ou terma, enseignements cachés par ce maître à l'époque impériale et révélés au fil de l'histoire par des découvreurs prédestinés ou tertön. L'enseignement comprend neuf véhicules dont les plus spécifiques sont les tantra du Mahāyoga et de l'Anuyoga, et surtout le Dzogchen (« Grande Perfection »), une voie directe non tantrique. À côté d'un clergé monastique, des yogis laïcs mariés perpétuent les lignées tantriques. Parmi les grandes figures, citons Longchen Rabjam (1308-1363) le codificateur de l'école, Orgyen Terdak Lingpa (1646-1405) et Jou Mip'am (1846-1912).

Les Kagyüpa (« l'école de la lignée de transmission orale ») s'appuient sur les tantra nouveaux, notamment sur le Cakrasamvaratantra et les Six Yoga de Nāropa hérités de l'Inde, sur le Mahāmudrā (« Grand Symbole ») et sur des enseignements kadampa. Bien qu'appartenant aux écoles Sarmapa, ils partagent une partie de l'héritage des Nyingmapa. Ils sont subdivisés en nombreuses branches et sous-branches dont les plus importantes sont les Karma kagyü, les Droukpa kagyü et les Drikoung kagyü. Parmi les maîtres éminents figurent Milarépa le yogi-poète (1040-1123), Gampopa (1079-1153), l'érudit Pema Karpo (1527-1592) et Jamgön Kongtrül le grand (1811-1899), ainsi que les hiérarques karmapa, dont le premier qui inaugura la première lignée de tülkou. Proche des Kagyüpa mais distincte, l'école Shangpa kagyü fondée par Khyoungpo Neldjor (978-1079) possède sa proche tradition des Six Yoga, dite de Niguma.

Les Sakyapa (« école de la terre claire ») sont rattachés à leurs origines indiennes par l'enseignement du Lamdré (« la voie et le fruit ») axé sur le Hevajratantra et hérité du mahāsiddha Virupa. Ils pratiquent en outre les « treize dharma d'or » et Vajrakīlaya, un enseignement partagé avec les Nyingmapa. Avec des maîtres érudits tels que Sakya Pandita (1182-1251) et Gorampa (1429-1490), l'école Sakyapa fait montre d'une solide tradition philosophique. Plutôt que le système des tülkou, elle privilégie une transmission yogique familiale d'oncle à neveu.

Les Guélougpa (« les vertueux ») constituent l'école la plus tardive, forgée au Tibet même à partir de la tradition monastique et mahayaniste des premiers kadampa et des éléments tantriques des traditions sarmapa. Son originalité tient à la pensée philosophique de Tsong-kha-pa et de ses successeurs. L'école insiste sur de longues études scolastiques, sur le Lamrim (« voie graduelle ») et sur la pratique des tantra de Guhyasamāja, Vajrabhairava, Vajrayoginī et Kālacakra. Elle privilégie le système monastique et c'est dans cette école que l'on trouve les plus grands monastères comme Ganden, Sera et Drépoung. Dominante au Tibet depuis le xviie siècle, elle l'est aussi en Mongolie. Outre Tsong-kha-pa, les maîtres les plus marquants sont ses deux disciples, Khédroupdjé (1385-1438), à l'origine des lignées des panchen lama, et Guendün droup (1391-1474), le premier des dalaï-lamas.

Malgré ces distinctions, les écoles tibétaines ne sont pas imperméables les unes aux autres et partagent de nombreux enseignements communs. Persécuté par l'occupant chinois, le bouddhisme survit malgré tout au Tibet et conserve sa vitalité dans les régions limitrophes et en exil. Il connaît depuis les années 1970 une diffusion en Occident et dans le monde entier.

Auteur: PHILIPPE CORNU
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