Cette publication est accessible gratuitement
Lire

Définition et synonyme de : BRUITISME

De
3 pages
Article publié par Encyclopaedia Universalis B R U I T I S M E e Jusqu'au début du xx siècle, les révolutions musicales avaient toujours conservé le matériau existant, même lorsqu'elles le compliquaient et l'ordonnaient différemment. En revanche, avec l'arrivée du bruitisme dans les années 1910, c'est tout l'héritage musical, non seulement de l'Occident, mais encore de toutes les autres cultures connues, que l'on jette par-dessus bord : ces cultures, jugées maniéristes, doivent s'effacer au profit d'une liberté illimitée. Les compositeurs « bruitistes » trouvaient qu'une musique sans rapport avec la réalité manquait d'authenticité. C'est l'Italien Luigi Russolo (1885-1947), le plus influent des compositeurs futuristes, qui réclama une musique dynamique et stridente, appropriée aux sons et aux rythmes des machines qui composaient désormais l'univers de la vie moderne. Le 11 mars 1913, il publia L'Arte dei rumori (« L'Art des bruits »), manifeste consacré à la rénovation de la musique, selon sa propre expression. Il souhaitait une musique en prise directe avec la vie quotidienne, moderne, ses machines et ses symboles, comme l'automobile ou l'aviation.
Voir plus Voir moins
BRUITISME

Jusqu'au début du xxe siècle, les révolutions musicales avaient toujours conservé le matériau existant, même lorsqu'elles le compliquaient et l'ordonnaient différemment. En revanche, avec l'arrivée du bruitisme dans les années 1910, c'est tout l'héritage musical, non seulement de l'Occident, mais encore de toutes les autres cultures connues, que l'on jette par-dessus bord : ces cultures, jugées maniéristes, doivent s'effacer au profit d'une liberté illimitée.

Les compositeurs « bruitistes » trouvaient qu'une musique sans rapport avec la réalité manquait d'authenticité. C'est l'Italien Luigi Russolo (1885-1947), le plus influent des compositeurs futuristes, qui réclama une musique dynamique et stridente, appropriée aux sons et aux rythmes des machines qui composaient désormais l'univers de la vie moderne. Le 11 mars 1913, il publia L'Arte dei rumori (« L'Art des bruits »), manifeste consacré à la rénovation de la musique, selon sa propre expression. Il souhaitait une musique en prise directe avec la vie quotidienne, moderne, ses machines et ses symboles, comme l'automobile ou l'aviation. Pourtant, avant lui, à la fin de 1910, le musicien Francesco Balilla Pratella avait réclamé la création d'une musique futuriste et publié le 11 mai 1911 à Milan un Manifesto tecnico della musica futurista (« Manifeste technique de la musique futuriste ») qui eut le mérite de réintroduire les questions musicales dans une problématique avant-gardiste : le quotidien, la machine, le mouvement.

Ces différents manifestes étaient une invitation à écouter et à redécouvrir le monde sonore qui nous entoure, trop longtemps occulté et peu considéré – les bruits de la nature comme ceux de la ville ou de milliers de machines –, sans aucun a priori et, surtout, sans sélection.

Songeant à élaborer des instruments capables de reproduire mécaniquement ces bruits, Russolo commença par effectuer une classification des bruits fondamentaux en catégories : grondements, sifflements, ronflements et murmures, stridences, bruits percutés, voix d'hommes et cris d'animaux, rires, sanglots...

À la suite de ce manifeste, et pour répondre à ses détracteurs, Russolo entreprit de construire, avec l'aide du peintre Ugo Piatti, des instruments spécifiques, appelés « bruiteurs » (intonarumori), et pour lesquels il écrivit plusieurs pièces : Convegno d'automobili e d'aeroplani (« Rendez-vous d'autos et d'aéroplanes », 1913-1914), Il risveglio di una grande città (« Le Réveil d'une grande ville », 1913-1914), Si pranza sulla terrazza del Kursaal (« On dîne à la terrasse du Kursaal », 1913-1914). Le 21 avril 1914 à Milan, un premier concert de musique bruitiste fut donné, lors duquel vingt-trois bruiteurs exécutèrent plusieurs pièces de Russolo ; la représentation fit un tel scandale que la tournée européenne prévue fut annulée !

En 1927, Russolo mit au point le rumorarmonio, regroupant, sous l'aspect d'un piano droit, divers bruiteurs. Fuyant la montée du fascisme en Italie, il partit pour Paris et gagna sa vie avec ce rumorarmonio en réalisant en direct des accompagnements sonores de films muets d'avant-garde. Russolo continua ses expériences jusqu'au début des années 1930, puis son intérêt s'émoussa. Il laissa ses instruments bruiteurs à Paris, où ils furent détruits pendant la Seconde Guerre mondiale. Il ne reste de ses travaux qu'un enregistrement sur 78-tours.

Il est clair que les différents manifestes, et notamment celui de Russolo, dépassent de beaucoup la musique bruitiste, dont il ne reste pratiquement rien. Après la guerre, Russolo, qui était quelque peu tombé dans l'oubli, fut redécouvert et son manifeste réédité. En 1955, lors de l'inauguration du Studio di fonologia musicale de Milan, Luciano Berio le présentera comme le précurseur de toute la musique contemporaine. Par ses recherches, on peut affirmer qu'il est en tout cas le père de la musique concrète, et ce n'est pas un hasard si Pierre Henry lui a rendu hommage en composant en 1975 Futuristie I, « spectacle musical électroacoustique » pour lequel il fit reconstituer des bruiteurs qu'il intégra à la scénographie lors de la création de l'œuvre.

Auteur: ANTOINE GARRIGUES
Un pour Un
Permettre à tous d'accéder à la lecture
Pour chaque accès à la bibliothèque, YouScribe donne un accès à une personne dans le besoin